ANATOMIE COMPARÉE. TOME VIII. PAIlW. — IMPRIMERIE DE BOURGOGNE ET MARTINBT, rue Jacob, 3o. LEÇONS D'ANATOMIE COMPARÉE TOME HUITIÈME, CONTENANT LES ORGANES DE LA GÉEliATM Eï DES ÉMIONS , AVEC UNE LEÇON COMPLÉMENTAIRE DES ORGANES ' DÉ RELATIONS } TA P. GEORGES CUVIER ET «. -Ii, DUVERKOl, Professeur au Collée de Franco. SECONDE ÉDITION, CORRIGÉE ET AUGMENTÉE. paris FORTIN, MASSON ET C ie , libraires des sociétés savantes p'tès le ministère de l'instruction publique, place de l'école-de-médecine; meme maison, chez l. mlçhelsen , a leipzig. 18â6, V* Hftêl^&*t?1 /Uf :s=e AVERTISSEMENT. Je termine, avec ce volume, la tâche longue et difficile de mettre au courant de la science actuelle, après quarante années de progrès, la seconde livraison ou les trois derniers tomes de l'ouvrage auquel on accorde généralement le mérite d'avoir constitué, comme science, l'anatomie comparée (1). Ce travail sera probablement, encore quel- que temps, très ingrat pour la juste apprécia- tion des services que celui qui Ta entrepris a pu rendre à la science. 11 a dû cependant y consommer une grande partie des derniers efforts de sa vie , afin de l'exécuter conscien- cieusement et comme il le devait _, pour ré- pondre, à la fois^ à ce que M. Cuvier, qui le lui avait demandé, attendait de lui, au dévoue- ment sans bornes qu'il conserve à sa mémoire, et aux besoins actuels de la science. Cette science n'a cessé d'avancer de i8o5 à ]845. M. Cuvier, qui a marqué et commencé, (1) La première livraison , composée de deux volumes rédigés par M. Duméril, avait paru en 1800. VI À.VEBTISSEMENT. dès l'ouverture de sou premier cours, au Jardin des Fiantes, il y a précisément un demi-siècle, l'époque physiologique de l'ana- tomie comparée, a continué de marcher à sa tête jusqu'à l'année malheureuse de i83^ , et de lui imprimer, du moins dans quelques unes de ses parties, la puissante impulsion de son incessante activité- Je ne puis entrer ici dans les détails des changements, des perfectionnements que ces progrès ont rendus nécessaires, et que j'ai pris sur moi d'introduire dans cette nouvelle édi tion; changements qui lui donnent une tout autre physionomie, et pour le fond et pour la forme. Je ne reviendrai pas sur la part que j'avais eue à la première édition, et sur laquelle je me suis expliqué, avec sincérité, dans plusieurs occasions solennelles (2) ; ni sur l'espoir que j'avais, en acceptant la proposition de M- Gu- vier (5) d'entreprendre ce grand travail de (1) Ce discours d'ouverture est imprimé dans Je Magaz'm encyclopé- dique de Millin, etc., t. V, p. 145 et suiv., l'an îv (1796). (2) Voir ma Notice adressée à l'Académie des sciences en juillet 1882, et celle de 1 844-» p. 11-17, et ' e premier fascicule de mes Leçons au Collège de France, Paris, 18J9, surtout le post-seriptuin de la p. 104 et suiv. (3) Voir la note qu'il m'a adressée à Strasbourg déjà ie 5 novembre 1827, et dont j ai fait faire un fac-similé , qui doit être joint aux exemplaires de cette seconde édition. AVERTISSEMENT. VU révision et de refonte, de le faire avec lui [il s'était réseivé les deux premiers volumes de la première édition), à côté de lui, et avee tous les secours si précieux que sa position lui donnait , et qui m'aurait permis de multiplier, sans perte de temps, comme pour la première „ édition, les observations les plus nombreuses et les plus nouvelles. Mais il sera facile de comprendre les droits que me donnait ma première coopération, et les devoirs que m'imposait la promesse que j'avais faite à Yi. Cuvier; devoirs que je n'ai pu remplir qu'avec beaucoup de lenteur, par suite de la fatalité qui m'a éloigné de cette position si favorable, dont je viens de parler. En résumé , la première édition des Leçons présentait , avec le premier ensemble de con- naissances précises, suffisamment développées, sur l'organisation des animaux; un certain nombre de notions encore en germe, ou peu dé- veloppées, qui devaient mûrir plus tard avec les progrès de la science , et dont le public savant avait le droit de chercher le tableau dans l'édi- tion actuelle. Aussi a-t-elle pris des proportions telles, que les trois volumes de mon ancienne rédaction ne font pas le tiers du texte des six volumes (1) (j) Ces volumes font 0892 pages, comprenant chacune plus de texte VHI AVERTISSEMENT. correspondants que j'ai publiés pour cette nou- velle édition; lesquels traitent de même essen- tiellement des organes de nutrition et de gé- nération chargés d'entretenir la vie indivi- duelie et la vie de l'espèce. L'ancien texte a été conservé scrupuleu- sement et distingué du nouveau texte par les crochets qui séparent celui-ci; il ne faut pas le perdre de vue; en se rappelant encore que toutes les notes ^ à deux exceptions près, sont nouvelles. Ce tome VIII e et dernier (le VI e volume de marédaction), dont le titre explique suffisam- ment le contenu , renferme près de 5oo pages d'augmentations. Elles ont été employées, en grande partie, à donner aux trois embranche- ments inférieurs du Règne animal, pour la des- cription de leurs organes de la génération , le même développement proportionnel qu'à l'embranchement des vertébrés. M. Cuvier avait décrit ces organes dans 36 pages seulement de notre première édition ; il y en a 289 d'employées, sur le même sujet, dans l'édition actuelle; non compris ce que j'ai écrit dans la xxxvm e leçon, des organes que celles de la première édition; de sorte que les î393 pages de celle-ci, n'en font que i 2a5 de la nouvelle. AVERTISSEMENT. IX d'incubation extérieure, appartenant aux ani- maux de ces trois embranchements. Les quatre types du Règne animal ont ac- quis, dans cette édition, d'importants complé- ments , suite des observations microscopiques sur la structure intime des organes prépara- teurs des ovules et du sperme et sur leurs produits, particulièrement sur le développe- ment des ovules et des spermatozoïdes. 11 était intéressant de montrer que ce double développement suit les mêmes lois et les mêmes phases , dans tous les animaux où il a été ob- servé. La dénomination de spermatozoïdes, que j'ai proposée le premier, paraît devoir être gé- néralement adoptée. Je dois en être flatté, parce qu'elle indique une heureuse révolution dans les idées , que j'ai provoquées de toutes mes forces dans mes enseignements et clans mes écrits ; en combattant l'opinion qui les en- visageait comme des animalcules parasites de la semence , comme le produit d'une généra- tion dite hétérogénie ; et en cherchant à dé- montrer, au contraire, que ce sont des ma- chines animées, chargées de porter à l'ovule l'élément complémentaire du germe. J'ai ajouté à l'article qui traite des sécré- tions en général, la doctrine de l'endosmose, X AVERTISSEMENT. qui a répandu un si grand jour sur ce sujet , depuis que l'esprit investigateur de M. Dutro- chet a nommé et distingué ce phénomène, et qu'il en a montré toute l'importance par ses expériences aussi ingénieuses que variées. Cette leçon sur les sécrétions comprend en- core de notables perfectionnements sur les glandes de la sueur chez l'homme et les ani- maux domestiques; sur le byssus des mollus- ques acéphales; sur la structure intime des or- ganes électriques , etc. Enfin la xl c et dernière leçon , complémen- taire des organes de re la tions 9 traite , dans une première section, de la vessie natatoire, et dans une seconde des organes de la voix et des bruits. Ce rapprochement, qui peut paraître singulier, a besoin d'être justifié. Le classement des organes, adopté dans tout l'ouvrage d'après leurs fonctions , ne per- mettait plus de placer la vessie natatoire dans les sécrétions, puisqu'elle ne sécrète pas in- contestablement, dans tous les cas, l'air qu'elle renferme, et que sa fonction la plus générale est d'aider à la station du poisson, à telle ou telle profondeur des eaux qu'il habite. Mais les belles découvertes de M. E.-H. Wtber, que j'ai vérifiées, en y ajoutant quel- ques détails, étendues encore à d'autres pois- sons par les observations de M. Cuvier, on AVERTISSEMENT. XI montré que, dans beaucoup de cas, ia vessie natatoire peut être encore un organe acces- soire de l'audition. Elle n'a même plus que celte dernière fonc- tion dans les Loches , où elle est devenue une sorte de caisse du tympan. Cette double considération m'a déterminé h placer son histoire dans une leçon complémen- taire, avec les organes de la voix et des bruits; dont les rapports avec l'audition ; non plus comme auxiliaires, mais comme produisant les impressions de ce sens, pour les relations des animaux entre eux, sont incontestables. j'ai introduit dans l'exposition successive des faits anatomiques , d'après l'ordre de la méthode naturelle , un certain nombre de changements notables, qui feront connaître quelques modifications que j'ai cru devoir faire aux classifications adoptées dans le Règne animal. La méthode naturelle n'est qu'un principe , dont les applications doivent varier, en premier lieu, avec les progrès dans la con- naissance de l'organisation , qui nous font avancer, pour ainsi dire chaque jour, dans la connaissance de l'ensemble des rapports que les animaux ont entre eux. Ces progrès réels sont dus à un grand nombre d'anatomistes, devenus célèbres par XII AVERTISSEMENT. d'importantes découvertes. Je me suis fait un devoir de les citer, dans le double but de la reconnaissance qui leur est due , et d'indiquer au lecteur les sources où il pourra puiser des détails plus étendus que ne le comporte un ou- vrage qui embrasse le tableau général de la science. Puisse ce tableau , le seul complet qui existe dans notre langue, ne pas être trop au-des- sous de ce qu'il aurait été avec laide et sous les auspices de son premier et principal auteur! En le traçant sans son secours, je l'ai fait comme si j'avais eu la pensée , incessamment présente^ que mon illustre ami n'était pas absent pour toujours ; et qu'à son retour, j'au- rais à lui rendre compte de la parole que je lui avais donnée, et de la manière dont j'avais répondu à sa confiance illimitée. Paris, le 1 er décembre 18/|5. G.-L. DUVERNOY. LEÇONS DANATOMIE COMPARÉE. TRENTE-DEUXIEME LEÇON. PREMIÈRE PARTIE. DE LA GENERATION, EN GENERAL, ET DE SES DIFFÉRENTS MODES DANS TOUT LE RÈGNE ANIMAL, ET CHEZ LES ANIMAUX VERTÉRRÉS, EN PARTICULIER. Les quatrième , cinquième, sixième et septième vo- lumes de cet ouvrage nous ont fait connaître tous les moyens que la nature emploie pour maintenir indivi- duellement chaque animal dans l'état convenable, pendant le temps assigné pour la durée de sa vie. Nous y avons vu comment il prend ses aliments au- dehors; comment il les prépare pour en extraire son fluide nourricier; comment ce fluide nourricier est transporté dans toutes les parties qu'il doit nourrir, et comment, avant d'intercaler ses molécules aux leurs, il est soumis àlaction nécessaire de 1 élément ambiant, seule capable de lui donner sa perfection définitive. Mais cette série de décompositions et de rétahlisse- 8. 1 2 XXXI1« LEÇON. 1ISTBODUCT1CW. ments amène à la longue la cessation de tout mouve- ment clans la machine animale, la mort de l'individu. Nous avons à examiner à présent la fonction qui en- tretient l'espèce , en employant une portion de la vie de chaque individu , pendant quelle est à son plus haut période , à en développer d'autres qui le remplaceront un jour. La génération est le plus grand mystère que nous offre l'économie des corps vivants , et l'on peut dire que sa nature intime est encore couverte des ténèbres les plus absolues. Aucune observation directe ne nous autorise à admettre la formation d'un corps vivant de toutes pièces , c'est-à- dire pour la réunion de molé- cules rapprochées subitement. La comparaison que l'on a voulu faire de la génération avec la cristallisa- tion n'est nullement fondée sur une véritable analo- gie; les cristaux sont formés de molécules similaires qui s'attirent indistinctement , et se collent les unes aux autres parleurs faces, lesquelles déterminent l'or- dre de leurs rangées. Les corps vivants se composent d'une multitude de fibres ou de lamelles, hétérogènes dans leur composition , diversifiées dans leur configu- ration, et dont chacune a sa place marquée; ne pou- vant être que dans un lieu, et entre d'autres fibres ou la- melles déterminées. De plus, dès l'instant où les corps vivants existent, quelque petits qu'ils soient encore, ils ont toutes leurs parties ( 1) ; ce n'est point par l'addition (i) Cette proposition est peut-être trop absolue; il y a , dans la for- mation de l'embryon, une apparition successive des systèmes d'organes, des appareils et des organes, qui semble contraire à l'existence simul- tanée de toutes les parties dont chaque organisme individuel se compose GÉNÉRATION EN GÉNÉRAL. 3 de nouvelles couches qu'ils croissent, mais par le déve- loppement, tantôt uniforme, tantôt inégal, de parties toutes préexistantes à tout accroissement sensible. La seule circonstance commune à toute génération, et par conséquent la seule essentielle, c'est que chaque corps vivant tient, dans les premiers instants où il commence à être visible, à un corps plus grand, de même espèce que lui, v dont il fait partie , et parles sucs duquel il se nourrit pendant un certain temps; c'est sa séparation de ce corps plus grand qui constitue la naissance; mais cette naissance peut être le simple résultat de la vie du grand corps et du développement du petit qui en est la suite , sans qu'il y ait besoin d'aucune action particulière et occasionnelle. Ainsi , dans son essence , la génération n'est encore, dans ce que nous en voyons, que l'apparition d'un petit corps organisé, sur ou dans quelque partie d'un autre corps organisé plus grand , dont il se séparera au bout d'un certain temps , pour avoir une existence propre et isolée. Tous les actes ou organes qu'on voit d'ailleurs co- opérer à la génération, dans certaines classes, ne sont qu'accessoires à cette fonction. La génération , ainsi réduite à sa simplicité essen- tielle, est ce qu'on appelle génération gemmipare ou par bourgeon; c'est ainsi qu'il vient sur les arbres des bourgeons qui se développent en branches, et dont on peut faire d'autres arbres par l'opération de la bouture. définitivement. On pourrait répondre, à la vérité, que leur première ap- parition n'est qu'un développement de leur germe , déjà existant, et ne coïncide pas avec le premier instant de sa formation. D. 4 XXXII* LEÇON. INTRODUCTION. Les polypiers , les actinies [ ont entre autres cette manière] d'engendrer. Quelques vers [intestinaux, certains animalcules homogènes] se multiplient en se partageant, et rentrent dans le même ordre. Cette gé- nération ne suppose ni sexes, ni accouplement, ni même aucun organe particulier. Il y a des êtres qui n'en ont point d'autre ; il y en a qui lui joignent des modes plus compliqués. Les autres modes de génération s'opèrent dans des organes particuliers ; les petits ou les germes n'appa- raissent que dans un endroit fixe du corps , et il faut le concours de certaines opérations pour en déterminer le développement ultérieur. Ces opérations constituent la fécondation, et sup- posent des organes sexuels qui, à leur tour, peuvent être réunis dans le même individu , ou séparés dans deux individus différents. Le sexe fécondé ou fécondable, dans lequel le germe se manifeste , est le sexe femelle; et le sexe fécondant, dont le concours est nécessaire pour que le germe se développe complètement, est le sexe mâle, Le concours du sexe mâle se fait par une liqueur qui se nomme fécondante ou séminale. La manière dont elle concourt au développement du germe est l'objet des disputes des physiologistes. Plusieurs, ne jugeant que d'après l'homme et les mammifères , où les germes sont imperceptibles avant la fécondation, pensent que le germe se forme de toutes pièces du mélange de la liqueur mâle avec celle qu'ils admettent dans la femelle; ou que les germes préexistent dans la liqueur mâle, et que la femelle ne fait que leur donner l'hospitalité. GENERATION EN GENERAL. 5 D'antres consultent l'analogie des autres classes d'a- nimaux, ainsi que des plantes. Dans plusieurs de ces classes, notamment dans les grenouilles, le germe est clairement visible dans l'œuf de la femelle avant toute fécondation fi); dans toutes les autres, on peut conclure sa préexistence, de la manière dont il est orga- niquement uni à l'œuf, quand il commence à y devenir visible; et l'œuf existe, comme tout le monde en con- vient, dans la femelle avant toute fécondatiou, puis- que les poules vierges en pondent : aussi ces physiolo- gistes concluent de cette analogie que ce germe existe d'avance dans toutes les femelles, et que la liqueur fécondante n'est qu'un irritant qui lui donne une vie propre, en le réveillant, en quelque sorte, de l'espèce de léthargie dans laquelle il serait toujours resté sans elle. Quant à l'origine même du germe, et à la manière dont il se place dans la femelle qui le porte; s'il s'en forme journellement de toutes pièces, et par Faction de la vie ; s'ils sont tous préexistants , emboîtés les uns dans les autres, ou bien s'ils sont disséminés, et ont besoin d'être conduits par les circonstances dans le lieu convenable à leur développement, ce sont des questions entièrement insolubles pour nous, dans l'état actuel de nos connaissances; et, quoiqu'elles aient longtemps agité les physiologistes , il semble que l'on soit aujourd'hui convenu d'en abandonner la discus sion. (i) C'est une erreur de Spallanzani, qui avait confondu l'ovule avec !e germe. Celui-ci n'existe dans aucun animal vertébré, etc., sans féconda tion préalable. D. (i \XXII« LEÇON. INTRODUCTION. ïl y a de grandes variétés dans la combinaison des sexes et le mode de fécondation. Dans certaines familles, les deux sortes d'organes sexuels sont réunis dans le même individu, et peuvent se féconder : tels sont les plantes hermaphrodites et monoïques, certains mollusques acéphales, [parmi les échinodermes, les holothuries.] Dans d'autres, chaque individu a les deux sexes, mais il a besoin d'un individu pareil quil féconde, et dont il soit fécondé ; tels sont [plusieurs] mollusques gastéropodes et plusieurs vers [annélides]. Dans d'autres, il y a des individus distincts, mâles et femelles : tels sont les plantes dioïques, tous les ani- maux vertébrés, les mollusques céphalopodes, la plu- part des gastéropodes , plusieurs acéphales bivalves, une partie des vers annélides ou intestinaux (les cavi- taires), les crustacés, les insectes; c'est-à-dire, de beaucoup la plus grande partie des animaux. Quant à la fécondation même, elle s'opère, dans les plantes, par une liqueur (fovilla) contenue dans de pe- tites capsules fines comme de la poussière, le pollen, qui se portent sur les organes femelles, et y éclatent pour y répandre leur liqueur [dans laquelle nagent une infinité de granules. ] Dans les animaux , la liqueur est toujours lancée à nu sur ou autour des germes. Il y en a beau- coup où elle ne se répand que sur des œufs déjà pon- dus : tels sont les poissons osseux et ovipares, les mol- lusques céphalopodes : les mâles et les femelles ne paraissent pas même se connaître dans la plupart des circonstances. Quelquefois, comme dans les grenouilles, il faut des GÉNÉRATION EN GÉNÉRAL. 7 embrassements et des caresses pour déterminer ré- mission des œufs et de la semence; mais la fécondation se fait cependant hors du corps. Enfin, dans le plus grand nombre, le mâle introduit laliqueur dans l'intérieur du corps de la femelle, et va en féconder les œufs avant qu'ils soient pondus. C'est le cas des mammifères, des oiseaux, de la plupart des reptiles, de quelques poissons, des mollusques gasté- ropodes dioïques ou hermaphrodites , des crustacés et des insectes. Cette union des deux sexes est ce qu'on nomme accouplement. Dans toutes ces familles il peut bien y avoir émission dœujs sans accouplement , comme dans celles de l'ordre précédent; mais alors il n'y a point de dévelop- pement ultérieur , et il serait trop tard pour les fécon- der après qu'ils sont pondus. L'effet d'un seul accouplement varie en intensité ; dans la plupart des cas, il ne féconde qu'une seule gé- nération et une seule partie. Quelquefois, comme dans les oiseaux de basse-cour , il féconde plusieurs émis- sions d'œufs,mais pour une seule génération seule- ment. Dans un petit nombre de cas, un seul et même ac- couplement féconde plusieurs générations, qui toutes peuvent ensuite reproduire sans mâle. Dans les puce- rons, on a vu sept à huit générations s'en passer, et dans quelques monades, jusqu'à douze ou quinze. Le germe, une fois détaché de l'ovaire , peut avoir des moyens d'existence plus ou moins complets. Dans le plus grand nombre des animaux, il porte avec lui une masse organisée, à laquelle il tient [par des membranes en premier lieu, ensuite] par dés g XXXII* LEÇON. INTRODUCTION. vaisseaux , et dont l'absorption doit suffire pour le nourrir et le développer jusqu'au moment où il peut paraître au jour : il n'a donc besoin de rien pomper dans le corps de sa mère, et il en est séparé par des enveloppes plus ou moins nombreuses et plus ou moins solides ; l'ensemble du germe, de la masse qui doit le nourrir, et de ses enveloppes, se nomme l'œuf; et les animaux qui produisent ainsi se nomment ovipares. Dans plusieurs d'entre eux, le germe contenu dans l'œuf ne se développe et n'éclôt qu'après que l'œuf est sorti du corps de la mère, ou a été pondu ; soit qu'il le faille encore féconder , comme dans beaucoup de poissons, ou qu'il faille simplement y appliquer une chaleur étrangère, le couver, comme dans les oiseaux; ou au'enfin la chaleur naturelle du climat suffise, comme dans les reptiles, les insectes etc. : ce sont les animaux ovipares proprement dits. Dans quelques uns, l'oeuf, après avoir été fécondé, et s être détaché de l'ovaire, reste dans le corps de la mère jusqu'à ce que le petit se soit développé et éclos : c'est ce qu'on nomme animaux faussement vivipares ou ovovivipares : tels sont les vipères, plusieurs pois- sons, etc. Les vrais vivipares sont seulement les mammi- fères (i); leur germe n'est pourvu d'aucune provision alimentaire; il faut qu'il pompe tout son accroissement (i) llémissole lisse de J. Muller, parmi les poissons, dont l'œuf est pourvu d'un placenta vasculaire, qui s'attache aux parois de la matrice et ne diffère de celui des mammifères qu'en ce qu'il est vitellin, au lieu d'être allantoïdien, est aussi vivipare, sous ce rapport, qu'un mammifère monodelphe , et plus qu'un mammifère didelphe ou monotrème, dont l'œuf ne contracte aucune adhérence avec l'utérus. D. GÉNÉRATION EN GENERAL. 9 dans les sucs de sa mère; pour cet effet, il s'attache à la face interne de la matrice, et quelquefois, par acci- dent, à quelque autre parLie par une sorte de racine, par une ramification infinie de vaisseaux nommée placenta. 11 n'en est donc point entièrement séparé par ses enve- loppes, et il ne vient au jour que tout vivant et lors- qu'il peut jouir dune existence organiquement indé- pendante. Il n'y a donc point d'oeuf dans le sens où nous avons pris ce mot tout-à-1'heure; [ mais il y en a un dans un sens plus large, ainsi que M. Guvier lui- même s'est efforcé de le prouver, après M. Dutrochet, en démontrant l'analogie de composition de l'œuf des mammifères avec celui des oiseaux. ] La génération se compose donc de quatre fonctions partielles, subordonnées en importance et en géné- ralité : La production du germe, qui a toujours lieu; La fécondation, qui n'a lieu que dans les générations sexuelles; L'accouplement, qui n'a guère lieu que dans les générations sexuelles où la fécondation se fait dans le corps; Enfin , la grossesse ou gestation, qui n'a lieu que dans la génération vivipare. Les organes se divisent naturellement d'après celles de ces fonctions partielles auxquelles ils sont affectés. La simple production de germe ou génération gemmipare, pouvant se faire à tous les points du corps, n'a point d'organe qui lui soit propre. La génération sexuelle exige un organe particulier pour la production des germes [des ovules], et un au- tre pour celle de la liqueur fécondante. 10 XXXII» LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS. L'accouplement suppose des moyens d'union. Enfin, la gestation a besoin d'un réceptacle con- venable au séjour des fœtus. Il y a donc des organes producteurs et conservateurs, des organes d'accouplement et des organes éducateurs. Les deux premières classes se divisent en organes mâles et femelles ; la troisième n'appartient qu'aux femelles (1). DEUXIÈME PARTIE. DES ORGANES PRÉPARATEURS ET ÉDUCATEURS INTÉRIEURS CHEZ LES FEMELLES DES ANIMAUX VERTÉRRÉS. Les organes préparateurs sont de deux sortes, suivant qu'ils appartiennent aux mâles ou aux femelles. Les premiers préparent la semence, ou quelque autre humeur avec laquelle celle-ci doit être mélangée , ou la tiennent en réserve. Les seconds servent au déve- (i) Nous verrons que, parmi les poissons de l'ordre des lophobranches, les syngnathes mâles sont chargés de la gestation des œufs, suivant les observations de MM. Eckstrœm, Retzius et Siebolcl. Les généralités que l'on vient de lire sont tout entières de la rédac- tion de M. Cuvier. Je n'ai pas cru devoir y rien changer , sauf quelques désignations devenues trop générales , par suite des découvertes de la science, et les restrictions que j'ai dû exprimer dans les notes que j'ai ajoutées. Mais , comme un intervalle de près de quarante années sépare notre première publication de la seconde, nous croyons devoir ajouter à cette esquisse générale des fonctions de la génération des animaux, telle que la science les concevait en i8o5, un résumé sur ces fonctions et leurs or- ganes, tel que la science de 1 844 P eut I e présenter. On le trouvera à la suite de notre trente-huitième leçon, D-, QBGANES PRÉPABATEURS , ETC. 11 loppement et à la conservation des germes, [ ou du moins des ovules. Les uns et les autres peuvent être considérés comme des organes de sécrétion des deux éléments qui doi- vent entrer dans la composition de l'embryon, et contribuer à son apparition. Ceux qui appartiennent au sexe mâle sont les glandes du sperme, de ce liquide fécondateur, dont Faction sur les ovules, dans la génération sexuelle, est indispensable pour que l'embryon s'y développe. Les autres sont les organes préparateurs de ces ovules, leurs organes de sécrétion; ce sont les glandes ovigenes. Les organes éducateurs des femelles des animaux vertébrés sont les voies intérieures par lesquelles les produits de ces glandes, les ovules ou les œufs, sont portés au-dehors; de là le nom d'éducateurs qui leur a été donné. Nous aurons encore à décrire , comme organes éducateurs extérieurs, dans notre xxxvni 6 leçon, les poches dans lesquelles les œufs de certains poissons ou de certains reptiles sont placés après la ponte pour le développement du fœtus, ou les poches de certains mammifères marsupiaux, et les mamelles de toute la classe Nous étendrons même cette revue comparative clés organes extérieurs auxquels les œufs restent atta- chés pendant le développement du fœtus, à tout le règne animal.] 12 XXXII* LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÈBRES. ARTICLE I er . DES OVAIRES ET DES OVULES DANS LES MAMMIFÈRES. L'existence des organes préparateurs femelles est aussi générale que celle des organes préparateurs mâles. Ce sont deux corps de même forme , grandeur et struc- turent conséquemment symétriques, auxquels les phy- siologistes modernes ont donné le nom à? ovaires , afin d'exprimer avec plus de justesse que leurs prédéces- seurs, qui les appelaient testicules ( testes), la fonction à laquelle ils sont destinés. En effet, si leur structure, considérée simplement dans Y homme ou dans la plu- part des mammifères, pouvait laisser quelques doutes sur leur fonction [avant les derniers progrès de la science ] , il n'est plus possible de la méconnaître dans les autres classes , tant cette structure s'y mon- tre évidente. Dans toutes celles qui suivent la classe des mammifères, l'ovaire ou les ovaires servent évi- demment à l'accroissement et à la conservation des germes, ou du moins des ovules qui doivent les contenir, et qui s'y trouvent déjà tout formés avant les appro- ches du mâle. L'analogie porte à croire que la même chose a lieu dans les mammifères, et c'est ici peut-être un des plus beaux résultats de lanatomie et de la phy- siologie comparées. [Les progrès de lanatomie ont même changé la con- clusion de cette ressemblance, par analogie, en certi- tude. Nous verrons tout-à- l'heure que l'ovaire des mammifères est, comme celui des autres classes du règne animal, l'organe préparateur ou sécréteur des ovules , et dans lequel ils se développent pour l'époque de leur fécondation. ART. I. OVAIRES DES MAMMIFÈRES. 13 Nous aurons donc à examiner dans cet article, i* les organes préparateurs des ovules , ou les ovaires ; 2° leur produit, ou les ovules aux différentes époques de leur développement jusqua leur maturité-] I. Des ovaires. A. Dans V espèce humaine. Les ovaires sont placés de chaque côté , et à quel- que distance de la matrice , dans l'aileron postérieur de son ligament large. Ce prolongement du péritoine les recouvre dans toute leur étendue , excepté du côté inférieur, où ses lames s'écartent pour laisser aux vaisseaux qui s'y rendent ou qui en viennent , un passage libre. Ils tiennent encore à ce viscère par un cordon cylindrique épais, et de nature fibreuse, qui part de chaque côté de la matrice, en suivant le même bord du ligament large dans lequel il est contenu, et se joint à l'extrémité interne de chaque ovaire. Ils ont une seconde enveloppe qui leur est propre, et peut être comparée à Falbuginée des testicules, quoiqu'elle paraisse plus déliée. Leur volume est tou- jours beaucoup plus petit que celui de ces derniers, et varie avec l'âge. Il est petit dans les enfants; il grossit beaucoup à l'âge de puberté, et diminue de nouveau chez les personnes âgées. Leur forme est celle d'un ovale, ou plutôt d'un demi-ovale, dont le bord droit regarde en bas, et dont la partie convexe est supérieure. Ils ont la surface fréquemment inégale, ce qui est dû. à des espèces de cicatrices qui sont plus ou moins nombreuses, suivant les individus, et à des corps ronds que nous décrirons tout-à-1'heure , et qui la rendent bosselée. Les premières ne se trouvent que 14 XXXII» LEÇON. GÉNÉRATION DE VERTÉBRÉS. chez les femmes adultes. On en a conclu qu'elles étaient les traces du passage des germes, sortis hors de l'ovaire dans le moment de la conception. Nous som- mes portés à le croire, quoiqu'on objecte à cette opi- nion que ces cicatrices se trouvent également chez les femmes qui n'ont pas conçu. Nous (1) en avons vu plusieurs , à la vérité , sur les ovaires d'une personne de vingt-sept ans, dans laquelle la membrane de l'hy- men subsistait encore dans toute son intégrité ; mais ne peut-on pas répondre, que chez les femmes, les plai- sirs solitaires peuvent produire quelquefois le même effet que le coït, la sortie des germes hors de lova ire? La même cause détermine chez l'homme l'expulsion de la semence. Bien entendu que, dans ce cas, ces germes se perdent pour n avoir pas été fécondés (2). Pour que l'objection fût valable, il faudrait donc citer des observations analogues chez les animaux. Nous n'en connaissons aucune ; toutes les fois , au contraire , que nous avons eu l'occasion de disséquer des femelles vierges de mammifères, leurs ovaires ne nous ont fait voir aucune cicatrice. L'intérieur des ovaires renferme des vésicules dont le nombre, la disposition et la grandeur varient beau- coup. Quelques anatomistes prétendent en avoir compté jusqu'à cinquante. Haîler n'en a jamais vu plus de quinze à la fois. Elles ne sont pas toutes de même (1) M. Duvernoy. — (2) Voilà, j'espère, d'une manière bien explicite, la ponte sans fécondation , dans l'espèce humaine, que j'avais admise et re- connue dans ma rédaction, et admise positivement, dès i8o5, dans un cas particulier. 11 n'y avait qu'un pas à faire pour l'adopter généralement, à l'époque de la maturité des ovules. D. ART. I. OVAIRES DES MAMMIFÈRES. 15 grandeur; les plus grosses- sont ordinairement placées plus près de la surface , quelles rendent quelquefois très inégale. Ces vésicules contiennent une humeur blanchâtre, rarement jaunâtre , qui se coagule facile- ment par la chaleur, l'alcool et les acides. On les aper- çoit déjà dans les enfants de quelques années. Rare- ment les trouve-t-on vides. Elles se changent fréquem- ment, chez les vieilles personnes, en tubercules durs et comme squirrheux. Outre ces vésicules, dans les- quelles les germes sont probablement renfermés y les ovaires ne paraissent formés que d'une substance spon- gieuse , fibro-celluleuse , sorte de 'gangue des vésicu- les , et d'un grand nombre de vaisseaux sanguins et des nerfs. qui leur donnent îa vie. Leurs artères et leurs veines sont parfaitement ana- logues aux veines et aux artères des testicules chez l'homme. Gomme dans ce dernier, les veines sperma- tiques forment, au sortir de l'ovaire, un plexus très compliqué; mais les artères, qui ont beaucoup moins de chemin à parcourir pour y arriver, sont assez flexueuses dans leur marche. [ La gangue (le stroma des anatomistes allemands), dans laquelle les vésicules de Graaff sont enfouies et se développent, est un tissu fibro-celluleux jaunâtre, composé de fibres arrangées par couches. Les vésicules y sont contenues dans des cavités de même forme et volume qu'elles. Les minuscules des vaisseaux san- guins de l'ovaire pénètrent ce tissu, circonscrivent les dernières cavités et se distribuent sur les parois des vésicules. L'ancien texte qui précède , et que j'avais rédigé d'après ma propre manière de voir, adoptée d'ailleurs 16 XXXII e LEÇON. GÉNEBATIOI* DES VEBTEBBBS. par M. Guvier (1), était bien rapproché des doctrines actuelles de la science. Il exposait clairement la ponte ou la sortie des germes ou des ovules, indépendam- ment de toute fécondation, mais seulement dans un cas déterminé , et conduisait directement et prochai- nement à l'idée de la ponte des ovules, par la rupture spontanée de ces plus grosses vésicules, parvenues à la surface de l'ovaire à l'instant de leur plus grande ma- turité. Il montrait les recherches à faire pour décou- vrir, dans les vésicules de Graaff, remplies d'un li- quide albumineux, ces germes ou ces ovules qui y sont positivement indiqués. Il est démontré, en ce moment, que les vési- cules de Graaff, que nous avions dit renfermer les germes ou les ovules, sont, pour les mammifères, ce aue l'ovule des oiseaux est dans son calice de lo- vaire : seulement , au lieu d'avoir leurs parois appliquées de toutes parts immédiatement sur les ovules, qui sont proportionnellement plus grands chez les oiseaux, les parois de ces follicules renferment un liquide albu- mineux dans lequel est plongé un très petit ovule, qui est loin conséquemment de remplir la cavité de la vésicule. B. Dans les autres Mammifères. Les ovaires ont une structure parfaitement analogue à ceux de la femme , et ne varient guère que dans leur forme et leur volume, ainsi que dans le nombre et la grandeur des vésicules qu'ils renferment. Leur volume proportionnel ne nous a pas semblé plus considérable que dans l'espèce humaine, même chez les animaux (i) Voir page 7. ÀKT. 1. OVAIRES DES MAMMUlUUiS. 17 les plus féconds. Leur forme est souvent plus arrondie, et leur situation plus rapprochée de la matrice ou du sommet de ses cornes. Le nombre des vésicules a paru généralement beau- coup moins considérable dans les ovaires des animaux disséqués pendant la gestation ; on y remarque à cette époque un ou plusieurs corps jaunes, dont le nombre égale toujours celui des fœtus , et qui occupent la place des vésicules qui se sont vidées pour la conception. Ces corps , qui ne semblent d'abord qu'un épais sis sèment des parois des vésicules, grossissent à mesure que la gestation avance, et prennent quelquefois le volume du ne cerise. [Cette dernière assertion , pour être exacte, doit être complétée ou développée. Pour la. sortie des ovules, et après leur expulsion , la vésicule de Graaff éprouve une sur-excitation inflammatoire qui injecte extraordi- nairement ses vaisseaux , la remplit d'un liquide san- guinolent, lui donne une couleur de sang, augmente son volume et l'épaisseur de ses parois. Ces change- ments coïncident avec les premiers temps de la ges- tation ; mais après être parvenue au plus haut degré de cette sur-excitation, la vésicule de Graaff perd peu à peu sa couleur, devient successivement orangée,, jaune clair, en même temps que son volume diminue et finit par ne plus être qu'une légère bosselure, avec une cicatrice (1). (i) M. Pouchet, professeur à Rouen, a mis en évidence tous les détails de ces changements dans de très belles ligures coloriées, faites par lui d'après nature, et qui font partie d'un mémoire qu'il a adressé à l'A- cadémie des sciences au mois d'avril 1 844- ^ ous avons été à même d'en apprécier tout le mérite. D. 8. < 2 18 XXXII e LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS. Nous avons démontré plusieurs fois dans nos cours au Collège de France, sur des ovaires de chatte et de lapine, cet état de sur-excitation des ovaires , à l'époque du rut, et la congestion de leurs vaisseaux sanguins, particulièrement autour des plus grosses vésicules de Graaff . ] Dans plusieurs mammifères nous avons trouvé que les vésicules formaient la très grande partie de l'ovaire. Ce dernier avait , dans la civette , sa surface toute bos- selée, et ne semblait qu'un paquet de petits corps sphé- riques. Celui du hérisson ressemble à une grappe. Cela était encore plus marqué dans le sarigue, dont l'ovaire n'était presque qu'une agglomération des vési- cules de Graaff. [Chez les monotrémes , les ovules de différentes graudeurs , y compris leur capsule , sont encore plus distincts et séparés ; leur ensemble donne à l'ovaire de ces animaux encore une plus grande ressemblance avec celui des oiseaux. Le développement inégal des deux ovaires, dont le droit reste beaucoup moins développé que le gau- che , donne à cette ressemblance un caractère plus singulier ( 1 ) . Les proportions de la substance fibro-celluleuse ( le stroma des physiologistes allemands ) qui entre dans la composition des ovaires , relativement à celle des ovules, varie singulièrement d'un mammifère à l'autre, ,(i) Voir notre mémoire sur les organes de la génération de Yornitho- rhynque et de Xéchidné, imprimé parmi ceux de la Société d'histoire natur. de Strasbourg, t. I, i834« S, ART. I. OVAIRES DES MAMMIFERES. 19 et donne à l'ovaire , à mesure qu'elle diminue, de plus en plus de ressemblance avec celui des oiseaux , en dé- gageant ces corps de la matière qui les enfouit, pour ainsi dire, dans l'ovaire de la femme. C'est cette ressemblance que nous avions indiquée dans le texte qui précède , et qui va en augmentant de la civette au hérisson, et chez les didelphes; qui devient encore plus complète chez les monotrêmes ; c'est encore la présence des corps jaunes, ou des cicatrices chez les filles vierges , qui nous a donné l'idée de la ponte des œufs chez les mammifères , in- dépendamment de toute copulation ; de toute fécon- dation. En parlant, dans notre cours de 1840, leçon du i5 janvier, des oiseaux domestiques qui pondent leurs œufs sans fécondation préalable , le souvenir de ces cicatrices dans les ovaires des filles vierges, et ] analo- gie de composition des ovaires dans les deux classes nous ont déterminé à professer cette doctrine, qui pa- raît devoir être généralement adoptée, et dont plu- sieurs physiologistes revendiquent l'idée première. Elle était en germe , on ne peut le nier, dans notre texte de i8o5 ; la découverte positive des ovules, dans les follicules de Graaff , devait la faire éclore tout na- turellement (1). Les ovaires de beaucoup de mammifères , des carm- (1) Oh la trouve dans une dissertation soutenue à Paris en 18A1 par M. C. Billon , et dans laquelle l'auteur cite MM. Négrier et Gendrin, comme ayant montré que chaque menstruation amène périodi'qaement une vésicule deGraaff àparfaite maturité. M. Pouchet l'a développée dans sa. Théorie positive de la fécondation des mammifères. Paris, 1842, et M. Bischoff l'a démontrée, en 1 843, par l'observation et l'expérience. 20 XXXII e LEÇON. GÉNÉRATION DES VEBTÉBBÉS. yores en particulier, y compris les phoques et ceux des chauves-souris , sont enveloppés dans une poche ou une capsule formée par le ligament du péritoine qui renferme l'oviducte, et qui se déploie autour de l'ovaire. Cette disposition, sur laquelle nous revien- drons en parlant de ce tube conducteur des ovules, met en rapport plus intime son orifice avec les œufs qui se détachent de l'ovaire. Nous avons constaté l'existence de cette capsule dans le chien et le chat. Déjà Albers , en 1806, l'avait indiquée dans le phoque. Plus tard, M. IFeber l'a décrite dans la loutre; Treviranus dans la fouine ; R. Wagner dans X hermine et même dans la chauve-souris (1).] II. Des ovules , produit des glandes ovigènes. [En procédant, co mme nous l'avons fait constamment dans nos comparaisons, de l'espèce humaine et des mammifères, aux oiseaux. ; aux reptiles et aux poissons, nous partions, pour la connaissance des ovules, de l'organisation où ils étaient, à cause de leur extrême petitesse , beaucoup plus difficiles à découvrir et con- séquemment à décrire. Cette connaissance est cepen- dant aussi avancée, en ce moment, que celle des ovules appartenant aux autres classes. Nous aurons à les montrer se développant ? et par- venus à leur dernier degré de maturité, ainsi que leur composition à cette époque , avant l'imprégnation. Les vésicules de Graaff, dont se compose essentielle- ment l'ovaire des mammifères, sont comparables, nous [1) Voir MuHer, Archives de physiol. pour 1826, p. io5; id., IV, p. 7, VIH, p. 366, et Treviranus, Zeltschrift fur PhysioL, t. I, 180, et M. R.Oweri, JProceedings of the commit te e of zool. soc, } 1. 1, 3g. ART. T. OVULES DES MAMMTFÈRES. 21 l'avons déjà dit, aux ovules de différentes grandeurs qui composent la grappe de l'ovaire des oiseaux. L'en- veloppe de ces vésicules, ou la membrane qui con- stitue leurs parois, répond à la capsule qui renferme l'ovule des oiseaux. C'est l'enveloppe nourricière des ovules appartenant à l'ovaire; elle est entourée, à l'ex- térieur, d'un réseau de vaisseaux sanguins; tandis que sa paroi interne est toute veloutée. La capsule de l'ovule, chez les mammifères, ne serre pas de près cet ovule, comme chez les oiseaux ; elle renferme, avec lui, un liquide granuleux, albumineux, dont les grains , réunis par une viscosité, touchent de plus près la sur- face de l'ovule. Les vésicules deGraaff , ou les ovules avec leur cap- sule, paraissent de très bonne heure dans l'ovaire des mammifères. Nous avions dit, dans notre ancien texte, qu'elles sont évidentes chez les enfants de quelques an- nées. La découverte des ovules chez les adultes a con- duit à lès rechercher chez les jeunes animaux, ou même dans l'espèce humaine. On les a trouvés existants chez une jeune fille de quatre ans; chez une autre qui n'avait que dix-huit mois, et même chez un enfant mort quatre jours après la naissance ; enfin chez un fœtus de vache à terme (1). 11 était naturel d'en conclure que les ovules se pré- parent dans l'ovaire , et se forment déjà avant la nais- sance , chez les individus femelles. Nous verrons bientôt que , chez les fœtus de pois- sons, l'ovaire , à peine formé, montre des granulations qui ne peuvent être que des ovules*. (i) M. Carus, Annales n'es sciences naturelles, 2 e série, fc VII, p. 397, 1837. ±1 XXXII e LEÇON. GENERATION DES VERTÉBRÉS. Leur développement semble coïncider avec celui de 1 organe dans lequel ils apparaissent et qui les produit. L'ovule mûr des mammifères se compose, avant l'imprégnation, comme celui des oiseaux , d'une sphère germinative, dans laquelle on remarque un point obscur ou opaque, la tache germinative, tandis que le reste de son contenu est un liquide limpide et transparent , probablement albumineux. L'enveloppe membraneuse de cette sphère intérieure est également transparente. Cette première sphère , en procédant de l'intérieur à l'extérieur, est enveloppée dans une autre plus grande, renfermant un liquide granuleux : c'est la sphère vitel- line ou nutritive. Cette sphère a de même son enve- loppe , sa membrane vitelline. Celle-ci est épaisse, hyaline ,. chez les mammifères, et se présente autour de l'ovule, observé au microscope, sous l'aspect d'une zone transparente : de là le nom de zona pellucida , que lui a donné M. de Baër. L'ovule mûr est adhérent à la partie libre dé la vési- cule de Graaff; on peut l'apercevoir à travers la mem- brane péritonéale de l'ovaire et la paroi propre de cette vésicule. Celle-ci est tapissée, pour ainsi dire, d'une membrane granuleuse, dont les granules , ou plutôt les cellules , plus nombreuses, plus serrées autour du point de con- tact de l'ovule , forment le disais prodigerus de M. de Baër. L'ovule sorti récemment de son calice serait tou- jours avec ce disque ou cette portion de la membrane granuleuse qui lui est adhérente (i). (i) Traité du développement de l'homme et des mammifères, p. 7 et suiv., pur F.-L.-G. Rischoff. Paris, 1843 ; et Mémoire sur la maturation ART. I. OVULES DES MAMMIFÈRES. 23 L'ovule des mammifères, ayant très peu de substance vitelline , se distingue par son extrême petitesse. Il atteint à peine un cinquième de millimètre dans l'espèce humaine , et n'est souvent que d'un huitième ou d'un dixième de millimètre. Dans la brebis et la chienne dépouillées du disque proligère, il n'est que de 1/6 au plus; dans la truie s que de 1/8 de millimètre. La connaissance de l'ovule et de la signification exacte des vésicules de Graaff est une découverte de nos jours, quoique, le célèbre physiologiste hollandais ait mis sur la voie depuis le XVII e siècle. 11 démontra, à cette époque, la conformité de l'o- vaire des mammifères avec celui des oiseaux ; mais il confondit la capsule de l'ovule avec l'ovule lui-même. Avant lui, Y ovaire étaitcomparé au testicule; dénomi- nation erronée, que Buffon avait adoptée de nouveau, en faisant ainsi reculer la nomenclature. Malpigki prévoit l'existence de l'ovule; il dit qu'il apparaît dans le corps jaune et qu'il passe ensuite dans la trompe; il affirme même l'avoir vu une fois. Haller ne parvient à découvrir qu'une gelée dans la trompe. Haigton , dans un mémoire contenant le récit d'ex- périences sur la fécondation des animaux, publié en 1 797 dans les Transactions philosophiques ,a singu- lièrement approché du but. Il a vu chez une lapine , 48 heures après le coït, qu'une matière demi-transpa- rente^ ayant la consistance de la colle, était prête à et la chute périodique de l'œuf de l'homme et des mammifères , etc. , par le même; Annales des sciences naturelles, 3 e série, août et septembre i844« "24 XXXIT* LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTEBRES. sortir des vésicules. Cette matière était certainement un ovule. Soixante heures après le coït, le germe, dit Haigton, était sorti des vésicules : on pouvait intro- duire une soie de cochon par l'ouverture. Dans le précédent article, on a pu se convaincre combien notre description des ovaires et des vésicules de Graaff se rapprochait de l'état actuel de la science. Il fallait cependant montrer ce germe ou cet ovule, que Malpighi disait avoir vu une fois ; que son disciple Valisnïeri n'avait pu trouver ; qir Haigton avait pris pour une gelée demi-transparente. Ce sont certaine- ment MM. Prévost et Dumas qui l'ont aperçu et décrit les premiers, avec son disque proligère (1), sans ce- pendant le reconnaître positivement , mais seule- ment avec doute. C'était en 1824 que ces jeunes sa- vants publiaient cet aperçu si intéressant. En 1827,. M. de Baër observait les ovules hors de la vésicule de Graaff, et leur marche le long des trompes jusque dans la matrice. Il reconnaissait et nommait la zone transpa- re n te , le disque proligère. Il s'agissait enfin , pour compléter la découverte de MM. Prévost et Dumas , et de Baër, de bien déterminer la composition de l'ovule des mammifères et de mon- trer que cette composition était analogue à celle de l'ovule des oiseaux, dans lequel Purkinje avait décou- vert la vésicule germinative et R. Wagner la tache germinative. C'est à M. Coste que la science doit d'avoir reconnu (1) « A la partie supérieure Je l'ovule , on remarque une espèce d'écus- » son cotonneux, plus épais, et marqué d'un grand nombre de petits » mamelons. » Annales des scieiices naturelles , t. III, p. is>5. ART. II. ORGANES ÉDUCATEURS INTÉRIEURS. 25 de même dans l'œuf des mammifères, plus particuliè- rement dans 1 ovule de la brebis et du lapin, la vésicule germinative contenue dans le vitellus. M. Bernhardt, élève de M. Purkinje, publiait, peu de temps après l'annonce de la découverte de M. Goste , beaucoup d'observations sur cet ovule, dans un grand nombre de mammifères, et donnait les mesures de ses différentes parties (1).] ARTICLE II. DES ORGANES ÉDUCATEURS INTERIEURS CHEZ LES MAMMIFÈRES, OU DU CANAL EXCRÉTEUR DES GLANDES OVIGÈNES, C'EST-A-DIRE DE LA VOIE PAR LAQUELLE LES OVULES SONT PORTES DANS L'ORGANE D'INCUBATION, ET DESCRIPTION DE CET ORGANE. [Les organes éducateurs dirigent vers l'ovule la se- mence du.mâle, lorsque la fécondation est intérieure ; ] ils reçoivent le germe ou l'œuf qui s'est détacbé de l'ovaire, le conservent plus ou moins longtemps, servent d'une manière directe ou indirecte à sa crois- sance, et le transmettent au dehors; ou bien enfin ils fournissent une nourriture au petit sorti du sein de sa mère, et servent même à le loger. Ils sont donc inté- rieurs ou extérieurs. En général , les organes éducateurs intérieurs peu- vent aussi être distingués en deux sortes : les uns sont de simples canaux à travers lesquels le germe ou l'œuf doit passer, soit pour être transmis au dehors (l'œuf), soit pour arriver dans les organes de la seconde sorte. Ceux-ci sont des espèces de poches plus ou moins di- (i) Syinfaolre ad ovi inammalium historiam ante praegnationem scripsit Dr. A, Bernhardt. Vrutislaviœ, 1 834. Voir encore, suri'ovule des mammi- fères, un mémoire de M. Kranse (Archives de J. Millier pour i., les changements qu'éprouve l'utérus sont d'autant plus semblables à ceux qui vien- nent d être indiqués qu'il ressemble davantage et pour sa forme et pour sa structure à celui de la femme. Celui des Singes , par exemple, et des Edentês ne doit pas plus en différer dans letat de grossesse que dans celui de vacuité. Dans les matrices à cornes, les changements de forme diffèrent suivant qu'il y a plusieurs petits dans chaque corne, ou qu'il n'y en a qu'un dans une corne, au que l'unique fœtus est contenu à la fois, comme dans la vache, dans une des cornes et dans le col : elles ont, dans le premier cas, des dilatations et des étrangle- ments alternatifs. Quant à la structure, au lieu de de- venir encore plus évidemment musculeuse , les fais- ceaux des fibres musculaires s'amincissent tellement qu'ils deviennent au contraire moins distincts. C'est dans les Didelphes que la matrice pleine diffère le moins de son premier état, ce qui tient an peu de développement qu'y prennent les petits : aussi cet or- gane a-t il des parois beaucoup plus minces que dans tous les autres mammifères. M. Home assure que les orifices des deux eanaux, en forme d'anse, [qui donnent dans la vulve] se ferment après la conception, et qu'il ^0 XXXII'' LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS. se formerait une ouverture au sommet du cul-de-sac de la cavité moyenne qui s'avance entre les deux orifices postérieurs des canaux en forme d'anse. Cette ouverture grandirait à mesure que la gestation avance, et ce serait par cette voie que les petits passent dans le vagin à l'instant de l'accouchement, d'où ils sont transmis au dehors dans la poche extérieure. [En introduisant un stylet dans cette partie qui n'est plus qu'un canal étroit, chez le Kanguroos-Téthys , je n'ai trouvé qu'une membrane très mince qui le séparait de la cavité correspondante du vagin, un peu au-des- sous de l'orifice de l'urètre. L'assertion d'Evr. Home a été cependant contredite par l'observation de M. Kengger, qui a trouvé un fœtus développé sorti de ses enveloppes, dans l'anse vaginale gauche d'une femelle de Didelphis azarœ, qui avait deux fœtus ex- trêmement petits dans sa poche extérieure, et deux embryons moins avancés dans la partie dilatée du con- duit vaginal , avec leur cordon ombilical.] Doit-on décrire comme une matrice double les deux tubes longs, cylindriques, à parois minces et mem- braneuses, seuls organes éducateurs propres aux fe- melles de V ornilhorhynque et de Xéchidné? Chacun de ces tubes a un orifice séparé dans le canal de l'urètre, immédiatement au-dessous du col de la vessie urinaire, et dans un cul-de-sac. Le canal de l'urètre est sem- blable d'ailleurs à celui du mâle, et s'ouvre directe- ment dans le cloaque. Il faudra des observations ulté- rieures pour décider si ces deux tubes doivent être regardés comme de simples oviductes, ce qui est pro- bable, ou si ce sont des matrices.' Nul doute que les oviductes , qui viennent s'ouvrir, chez ces Monotrêmes , comme les déférents , dans ART. III. OVAIRES DES OISEAUX. 41 Foripine du canal de l'urètre pelvien, ne soient les ma- trices bien distinctes de ces animaux. Ces tubes incu- bateurs offrent la circonstance tout-à-fait exception- nelle chez les mammifères, de ne point aboutir à un canal génital particulier ou à un vagin. La place précise où commence cette seconde partie de l'oviducte , et où se termine la première , est aussi beaucoup moins facile à distinguer que chez les autres mammifères. L'oviducte propre semble se modifier insensible- ment en oviducte incubateur, il faut se rappeler que, chez ces auimaux, l'œuf ne contracte pas d'adhérence placentaire avec les parois de l'oviducte incubateur.] ARTICLE III. DES ORGANES PRÉPARATEURS ET ÉDUCATEURS CHEZ LES FEMELLES DES OISEAUX. I. De l'ovaire ou de la glande ovigene. Il n'y a qu'un ovaire [développé] , situé sous la co- lonne vertébrale, contre la partie la plus avancée des reins, et fixé dans cette position par un prolongement du péritoine. C'est un paquet ou une grappe d'oeufs de différentes grandeurs, dont les plus petits sont blancs, et les plus grands de couleur jaune. C'est que, dans ceux-ci, la substance de cette couleur, que tout le monde connaît, et qui doit servir à la nutrition du pou- let, a pris un accroissement considérable en densité et en volume. Ces œufs reçoivent des vaisseaux sanguins, analo- gues à ceux qui vont aux ovaires des mammifères, et 42 XXX II* LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS. ce sont ces vaisseaux qui forment leur principale union. [ L'asymétrie est le caractère de cette glande dans la classe des oiseaux. Généralement ils n'ont qu'un ovaire , celui du côté gauche ; à peine en voit-on, dans quelques cas, un faible rudiment du côté opposé. Pour retrouver des traces de l'existence symétrique des ovaires, il faut remonter aux premiers temps du développement de ces ani- maux. Les oiseaux de proie , chez lesquels très peu d'oeufs se développent pour la même couvée, peuvent avoir, par exception, deux oviductes de même grosseur ou de grosseur inégale. Remarquons même que l'existence de deux ovaires et leur développement symétrique ou asymétrique peu- vent varier dans les individus d'une même espèce. Les perroquets et les pics , outre quelques oiseaux de proie , ont offert des exemples de cette singulière variété. Cer- tains exemplaires n'ont pas d'ovaire droit; tandis qu'il est rudimentaire chez d'autres, et que quelques indi- vidus l'ont à peu près symétrique de l'ovaire gauche. Il peut manquer absolument chez la buse , ou n'être que rudimentaire ( 1 ) , ou prendre un développement presque égal à l'ovaire gauche. Outre le repli du péritoine qui sert à la fois d'enve- loppe et de ligament à l'ovaire, et remplit la fonction de conducteur des vaisseaux artériels et des nerfs qui s'y rendent , ou des veines lymphatiques et sanguines qui en dérivent , cet organe se compose d'une mem- (i)MM. Carus et Otto, Tabuloe anatomioae, pi. VII, fig. ï,et R. Wag- ner, Méin. pour servir a l'anat. des oiseaux. Mùller, Archiv,, 1837, p. lxiii. ART. III. OVAIRES DES OISEAUX. 43 brane propre et d'une substance fibro-celluleuse clans laquelle se développent les ovules , et que nous appe- lons proligère, à cause de cette circonstance. Avant le développement de ceux-ci , l'ovaire ne paraît que comme une lamelle membraneuse située en travers au-devant de l'extrémité antérieure du rein gauche , tout près du rein succenturié. Ce pli membraneux transversal renferme dans son épaisseur un tissu cellu- leux très serré, qui deviendra la gangue des ovules. Chaque ovule , en se développant, produit un relief plus ou moins prononcé à la surface de cette lame ova- rienne. Il se loge ainsi dans une double poche formée parle péritoine et parla membrane propre de l'ovaire. Cette poche se sépare de plus en plus du reste de l'o- vaire, et finit par n'y plus tenir que par un pédicule. Lorsque l'ovule est encore très petit , le tissu cellu- leux serré qui lui sert , pour ainsi dire , de gangue, est proportionnément plus abondant. Il diminue à me- sure que l'ovule, en augmentant de volume, s'enveloppe plus immédiatement de la membrane propre de l'ovaire qui devient sa capsule. Ainsi chaque ovule , chez les Oiseaux , naît et se développe dans une poche mem- braneuse particulière, faisant partie de l'ovaire ; cette poche peut en être considérée comme l'organe de sé- crétion, au moins comme son organe de nutrition. On pourrait la comparer au cul-de-sac qui constitue en dernière analyse tout organe de sécrétion \ elle s'en distingue cependant ici , par le défaut de continuité entre sa cavité et celle du canal excréteur, entre l'ovaire et l'oviducte. Elle s'en distingue encore parce qu'elle ne sert qu'au développement d'un seul ovule ; qu'elle croît et se dé- 44 XXXÏI* LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS. veloppe avec lui, et qu'elle se rompt dans une bande blanche équatoriale, qui se dessine par cette couleur, provenant de l'absence du réseau vasculaire si remar- quable dans le reste de la surface de cette capsule. Elle se déchire clans cette bande équatoriale blanche pour laisser passer dans l'oviducte l'ovule parvenu à son degré de maturité. Ses deux moitiés ainsi déchirées sont probablement absorbées par le reste de l'or- gane en activité.] II. Des ovules , produits de la glande ovigène. [Les ovules des oiseaux se composent, comme ceux des autres classes , d'une sphère vitelline ou nutritive et d'une sphère intérieure germinative. Ces deux sphères varient beaucoup dans leur volume proportionnel, selon le degré de développement des ovules. Le volume de la sphère vitelline est d'autant plus grand que l'ovule est plus près de sa maturité; ce- lui de la sphère germinative est au contraire relative- ment moins considérable à cette dernière époque. Dans des ovules à peine visibles à l'œil nu, la sphère germinative est presque au centre de la sphère vitel- line , et remplit les deux tiers de sa cavité ; un peu plus tard, elle n'a que le tiers du diamètre de la sphère vi- telline, et se rapproche beaucoup de la circonférence, qu'elle touche dans l'œuf mûr et prêt à être fécondé. Cette sphère germinative, toujours transparente et remplie d'une humeur limpide, montre dans un point de sa circonférence une tache opaque , formée dîme très petite sphère, devant composer, selon toute pro- babilité, les premiers éléments du germe fournis par la femelle. AKT. ili. OVULES DES OISEAUX. 45 La sphère vitelline est enveloppée d'une membrane portant le même nom. Cette membrane, selon nous est composée d'une double lame dont l'interne se re- plie autour de la sphère germinative, de manière à former un cul-de-sac pour la contenir et un pédi- cule d'autant plus long, à proportion, que le dévelop- pement est moins avancé, puisqu'alors il part delà périphérie delà sphère vitelline pour joindre la sphère germinative, qui est précisément un centre de la pre- mière. Ce pédicule se raccourcit à mesure que la sphère vitelline augmente de volume , et entraîne vers la pé- riphérie de celle-ci la sphère germinative, jusqu'à ce qu'elle arrive à cette périphérie pour la fécondation. La substance vitelline varie beaucoup dans sa com- position aux différentes époques du développement de l'ovule. Liquide, blanche et transparente dans le principe , elle s'épaissit, devient opaque , et se colore peu à peu en jaune. A l'époque de sa maturité, l'analyse microscopique y fait voir des globules composés de granules plus petits. Entre ces globules, on distingue des gouttes d'huile et des restes de ce fluide albumineux qui pré- cède la formation des globules vitellins. Les globules du jaune, à l'état de maturité, n'étaient, dans les premiers temps du développement de l'ovule que des granules opaques, en petit nombre dans les plus petits ovules apparents. Leur nombre et leur complication, ainsi que leur volume, vont en augmen- tant à mesure de l'accroissement de l'ovule. Il y a au centre de la sphère vitelline de l'ovule mûr une cavité qui communique vers la périphérie du côté 46 XXXII e LEÇON. GENERATION DES VERTEBRES. où se trouve la vésicule genninative, par un large ca- nal. Cette cavité et son canal sont remplis d'un liquide jaunâtre plus clair que le reste du vitellus. Enfin , autour de la vésicule germinative, à la péri- phérie du vitellus, se voit une couche de plus petits globules vitellins, qui forment le disque proligère, dis- tingué sous ce nom par M. de Baer. L'analyse chimique du vitellus, de cette sphère nu- tritive qui se transforme si rapidement dans les orga- nes du poulet, est du plus haut intérêt pour l'appré- ciation des changements de composition chimique qui ont lieu dans cette merveilleuse assimilation. L'albumine, l'huile et l'eau sont les parties essen- tielles du vitellus; incinéré, il donne des cristaux de phosphate calcaire. On y a découvert des traces de soufre et de phosphore, de chaux et d'alumine unies à de l'acide carbonique, et un peu de fer. D'après Proust, le vitellus se composerait de : Albumine 0,17 Huile ou graisse fluide. .... 0,39 Eau 0,59 Acide sulfurique. — phosphorique. Des traces dej s " ure ! libres ^phosphore ) Chlore. Alcali. Nitrate de soude. Chaux et Alumine unies, pour la plus grande partie, à de l'acide carbonique. Un peu de fer.] AKT. III. OMDUCTE DES OISEAUX. 47 IIÏ. De l'oviducte des oiseaux , ou «'/w canal excré- teur de la glande bvigène. [h'oviducte, dans cette classe, est aussi un sperrna- ducte , c'est-à-dire que c'est à la fois la voie par la- quelle l'élément mâle pénètre jusqu'aux ovules pour les féconder, et celle qui reçoit les ovules mûrs ,et détachés de l'ovaire pour compléter leur sphère nutritive , leur donner une sphère protectrice , les transformer ainsi en oeuf complet et pour les transmettre au dehors. C'est donc un canal ouvert à ses deux extrémités, dont l'antérieure ou l'extrémité ovarienne est évasée en entonnoir afin de faciliter l'introduction des ovules, et dont la postérieure a son embouchure dans le vestibule génito-excrémentitiel. L'oviducte est un organe à fonctions compliquées. Son orifice antérieur s'approche de l'ovaire et s'ap- plique à l'ovule mûr pour le recevoir; ses parties se contractent successivement pour faire cheminer cet ovule jusqu'à l'autre extrémité et pour l'expulser dans le cloaque. Pour remplir cette première fonction il doit être excitable et très contractile. L'ovule y reçoit successivement l'albumine et ses membranes qui complètent la composition de la sphère nutritive de l'œuf; puis enfin la coque, qui doit le pro- téger. G est dans les différentes parties de foviducte qu'il rencontre ces matériaux. Ce canal est donc encore un organe de sécrétion. Nous trouverons dans sa forme, dans sa'disposition générale et dans sa structure , toutes les circonstances organiques propres à faire com- prendre ses différentes fonctions. L'oviducte est asymétrique comme l'ovaire; on ne 48 XXXII e LECGX. GEMMATION DES VERTEBRES. trouve même jamais, que je sache, dans cette classe, deux oviductes développés et fonctionnant , comme nous avons dit qu'il existait quelquefois deux ovaires. Mais il est plus fréquent de rencontrer un oviducte droit rudimentaire qu'un ovaire droit également rudi- mentaire. On cite des exemples d'un rudiment d'oviducte droit dans tous les ordres de cette classe (1). Il forme un petit canal d'un centimètre, plus ou moins, de longueur, qui a son embouchure dans le vestibule génito-excrémentitiel du côté droit, vis-à-vis de celle de l'oviducte développé , en dehors de l'orifice de l'uretère du même côté; l'autre extrémité, terminée en cul-de-sac, flotte dans le bassin. L'oviducte normal ou développé et fonctionnant est toujours le gauche. Ce conduit est d'abord évasé en entonnoir, comme le pavillon des trompes chez les mammifères; mais son bord est entier et nullement frangé. 11 forme ensuite un canal étroit que l'on regarde plus particulièrement comme la partie qui a le plus d'analogie avec la trompe de Fallope. A partir de cette portion plus étroite, ce canal va en se dilatant jusque près du cloaque, où il montre de nouveau un diamètre plus étroit jusqu'à sa terminaison. Plusieurs anatomistes appellent utérus la partie moyenne, dilatée, de l'oviducte ; mais il n'y a pas (i) Voir le Mémoire de M. Barkow sur les vaisseaux sanguins des oiseaux {Archives de Meckel pour 1829) et celui de M. JJ'agner, sur les ovaires et les oviductes doubles, analysé dans le même journal pour i83;, f>. LXIII. ART. ITI. OVIDUCTE DES OISEAUX. 49 de complète analogie de fonction, Pœuf ne subissant pas ici d'incubation. Selon les mêmes anatomistes , la dernière partie de Foviducte serait comparable au vagin (1). Il n'y a pas plus de vagin chez les oiseaux que chez les monotrêmes. Le vagin, ainsi que nous le verrons dans la XXXIV e leçon, est un organe dVxcouple- ment, chez les mammifères, intermédiaire entre l'ovi- ducte incubateur unique ou les oviductes incubateurs multiples, et le vestibule génito-excrémentitiel. La dernière portion de loviducte, chez les oiseaux, n'est que la dernière partie de ces organes de transmission au dehors, du produit de la génération. C'est, il est vrai, aussi la première, après l'organe d'accouplement ou le vestibule génito-excrémentitiel, qui reçoit l'élément mâle du germe , pour le diriger vers l'ovule. Loviducte des oiseaux se termine dans la partie moyenne du cloaque, de son côté, la même dans laquelle se voient, plus en dedans , les orifices des ure- tères. Les parois de loviducte se composent extérieure- ment d'une membrane péritonéale qui se détache de la colonne vertébrale et du bassin , et forme un méso- viducte ou un repli qui le suspend au côté gauche des régions lombaire et sacrée. ^ Vient ensuite , comme pour le canal intestinal , une couche musculeuse composée surtout de faisceaux lon- gitudinaux, que nous avons bien reconnus dans Tau (i) Voir le Mémoire déjà cité de M. Brrkow, Archives de Meckel pour 1825. 8. 4 50 XXXII e LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS. truche ; puis une couche cellulaire et enfin la membrane muqueuse. Cette membrane se distingue, entre autres, par les plis longitudinaux, larges, nombreux, parallèles, qu'elle présente dans presque toute son étendue, mais qui augmentent en épaisseur et en largeur dans la partie moyenne. Ils sont interrompus dans un espace circulaire qui se voit dans le dernier tiers de la partie étroite. Ces plis ont pour usage de multiplier la surface de sécrétion de l'oviducte et de fournir à l'extension né- cessaire de la muqueuse, pour le passage de l'œuf com- plet. L'oviducte reçoit des vaisseaux sanguins considé- rables. Les artères mésométriques, ou qui se rendent à l'ovi- ducte par son mésomètre , viennent de l'artère épi- gastrique gauche , de l'artère ischiale et de la honteuse interne (1).] k ARTICLE IV. DES ORGANES PRÉPARATEURS ET ÉDUCATEURS CHEZ LES FEMELLES DES REPTILES. I. Des ovaires ou des glandes ovigènes. [Tous les Reptiles ont deux ovaires, situés dans la ca- vité thoraco-abdominale, de chaque côté de la colonne vertébrable. Comme dans les classes précédentes, ils sont encore séparés et bien distincts de leur canal ex- (i) Barkow, Mérn. cité. ART. IV. OVAIRES DES REPTILES. 51 créteur ou de l'oviducte correspondant; ils sont sus- pendus à la paroi supérieure de cette cavité par un re- pli du péritoine, qui se détache de cette paroi, ren- ferme entre ses deux lames leurs vaisseaux sanguins et leurs nerfs, et les enveloppe de toutes parts. Leur position est plus ou moins avancée ou reculée, suivant les ordres : symétrique chez les Reptiles à forme large et courte , tels que les Ché Ioniens et les Batra- ciens anoures; asymétrique, de manière que c'est le plus souvent le droit qui est en avant et le gauche en arrière, chez les Reptiles à forme allongée et étroite, tels que beaucoup de Sauriens, les Ophidiens et les Batra- ciens urodèles. Les ovaires des Reptiles nous ont montré deux for- mes types que nous devons signaler. L'une de ces formes se rapporte à celle des oiseaux: ce sont des ovaires en grappe, quand ils ont des oeufs dont le développe- ment est avancé; ceux-ci se détachent plus ou moins dt la lame ovigène principale et n'y tiennent plus que par- mi pédicule de leur calice. Cette capsule, lorsque l'o- vule est mûr, se déchire autour d'un équateur qui part du pédicule , comme le calice des oiseaux , et l'œuf tombe dans la cavilé abdominale pour passer dans l'o- viducte ; tel est l'ovaire des Chéloniens. Dans l'autre type, l'ovaire est un sac ou un tube plus ou moins allongé , contenant les ovules dans ses minces parois. Ces ovules, en se développant, font de plus en plus saillie dans ce sac ovarien , ou à la surface interne de ses parois: et lorsqu'ils rompent leur enveloppe calicinale, ils tombent dans la cavité ova- rienne et ils en sortent par une ouverture antérieure, qui se produit sans doute au moment de leur maturité. 52 XXXII e LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS. •i Jusque là on trouve ce sac complètement fermé. Dans les ovaires à grappes , les ovules, pour en sortir, ont à rompre leur enveloppe proligère ou leur calice et la membrane péritonéale qui la revêt. Dans les ovaires à sac , les ovules n'ont que leur en- veloppe proligère à déchirer pour tomber dans la ca- vité de ce sac, dont l'enveloppe péritonéale s'ouvre naturellement ou se déchire pour leur donner passage.] A, Dans la sous-classe des Reptiles propices. [Les ovaires des Chéloniens sont dans le fond de la cavité abdominale. Le mésoaire qui les enveloppe est large et plissé en manchette. C'est vers le bord exté- rieur de ce ligament large que les œufs sont rangés; lorsqu'ils sont mûrs, ils ne tiennent plus à l'ovaire que par un pédicule, comme ceux des oiseaux. Je n'ai trouvé dans une serpentine que de petits ovules dans l'ovaire, tandis que chaque oviducte ren- fermait des œufs complets, avec leur coque, dont les premiers entrés dans l'oviducte étaient arrivés tout près du cloaque, et dont le dernier avait déjà par- couru la moitié de la longueur de ce conduit. Les lézards propres ont un petit nombre d'œufs développés dans leur ovaire; celui-ci est dans un court repli du péritoine, faisant partie du grand repli au bas duquel flottent de longs oviductes. Il y a sans doute dans cette réunion de l'oviducte dans le même ligament un moyen de mettre en rapport les œufs mûrs avec leur canal excréteur, par les vaisseaux sanguins et les nerfs dont ces replis péritonéaux sont les conducteurs. Les Ophidiens ont leurs deux ovaires dans une po~ sition asymétrique. ART. IV. OVAIRES DES REPTILES. 53 Dans lacouleuvre à collier, l'ovaire forme un boyau cylindrique, qui peut être insufflé comme un boudin. Les œufs y sont rangés les uns au-devant des autres, sans régularité, ni pour leur volume ni pour la place qu'ils occupent. On voit de très petits ovules à la sur- face des grands. Une couleuvre de cette espèce , prise à la fin d'avril , ayant des œufs très avancés dans ses ovaires , avait le droit un peu en arrière du pylore ; le gauche ne commençait qu'après la fin du droit. Leur tube pou- vait s'insuffler de manière à montrer, dans ses parois très minces , des œufs de grandeurs très différentes. Les plus grands étaient placés en travers , à côté l'un de l'autre , sur plusieurs rangs. Le mésoaire était une dépendance du mésoviducte , large repli du péritoine qui se portait plus en dehors et maintenait l'oviducte plus loin de la ligne médiane que l'ovaire. La position des ovaires était tellement asymé- trique, que le droit finissait avant que le gauche com- mençât; le premier s'avançait assez près du pylore. L'oviducte s'ouvrait largement en avant de la tête de l'ovaire, qui se rapprochait de cette ouverture. L'asymétrie dans la position des deux ovaires est moins marquée chez les pythons , qui se distinguent d'ailleurs par leurs deux sacs pulmonaires et une ten- dance à la symétrie dans ces organes (1). Dansun python de 2 m ,70. chaque ovaire avait 0^,27 et le droit était à peine plus avancé que le gauche» (1) Voir notre leçon, t. VII, p. 33, de cet ouvrage. 54 XXXII e LEÇOK. GÉSÉBATIOIf DES VERTÉBRÉS. L'un et l'autre étaient situés immédiatement en avant des reins. Le tube que forme cet organe, dans la cavité duquel [es ovules font saillie , avait cependant des parois mem- braneuses très minces. Des filaments qui vont d'une paroi de ce tube à l'autre en maintiennent sans doute le diamètre.] B. Dans la sous-classe des Reptiles amphibies. [Chaque ovaire est constamment un sac ou un tube plus ou moins long , enveloppé par le péritoine. Son développement varie d'ailleurs beaucoup , suivant qu'on l'observe à l'époque du rut , au moment où il est rempli d'oeufs mûrs, ou dans un temps éloigné de cette époque. Dans le crapaud commun, la grenouille verte, etc., chaque ovaire est une poche suspendue par un repli du péritoine, à la face dorsale de la cavité abdomi- nale. Ce repli est comme une dépendance du mésen- tère, aux côtés duquel il est placé. L'ovaire lui-même est un large boyau, plissé en manchette, dont le bord libre, lobé et festonné, est très long, et dont le bord adhérent est très court , par l'effet des replis nombreux et rapprochés que forme le ligament suspenseur. Chaque œuf est contenu dans une poche particulière de la membrane moyenne ou pro- ligère , et fait plus de saillie du côté interne que du côté externe. 11 y a, dans les intervalles des ovules mûrs, des ovules de grandeurs très différentes , qui se développeront les années suivantes. Dans la salamandre terrestre, nous avons trouve ART. IV. OVAIRES DES REPTILES. 55 les ovaires étendus sur le côté de la colonne verté- brale, dans une grande partie de la longueur de la ca- vité viscérale. Ils renfermaient un assez grand nombre d'œufs développés, pour la prochaine portée, ayant de o m ,002 à o m ,oo3 de diamètre, et d'autres encore très petits , pour les portées suivantes. Dans le triton à crête, j'ai trouvé les ovaires (en avril) occupant tout le tiers moyen et une partie du tiers postérieur de la cavité thoraco-abdominale. Ils y formaient un sac allongé, retenu par un mé- soaire, et plissé en manchette par ce ligament péri- tonéal. Un bon nombre d'ovules étaient au dernier degré de leur développement. Il y en avait déjà six d'un côté et huit de l'autre, parvenus à l'extrémité postérieure de très longs oviductes. Leur volume , pour ce qui est du vitellus , n'était pas plus grand que celui de beau- coup d'ovules attachés encore à l'ovaire; ceux-ci ne tenaient plus que par un pédicule aux parois du sac ovarien. On en trouve à tous les degrés de développe- ment, dans toute l'étendue de ce sac; depuis ceux qui sont à peine visibles et encore enfouis, pour ainsi dire, dans le tissu proligère de ces organes , jusqu'à ceux qui sont sur le point de s'en détacher. Je n'ai pas pu découvrir l'issue de ce sac , quoique je sois convaincu de la chute des œufs dans sa cavité. Les ovaires de ïamphiuma forment un long tube , effilé en avant et en arrière, dans lequel de nombreux ovules m'ont paru serrés les uns contre les autres. Celui de droite s'étend depuis l'extrémité postérieure du foie jusqu'au rein de son côté, qui est court et situé dans la partie la plus reculée de l'abdomen. 56 XXXII» LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS. Chaque ovaire est retenu par un mésoaire assez large, dont le bord libre est un épiploon graisseux , tel qu'on en trouve chez les serpents. La partie de ce mé- soaire la plus rapprochée de la paroi dorsale ren- ferme l'oviducte. Chez le menobranchus lateralis, nous avons trouvé les parois de ce même sac ovarien beaucoup plus min- ces, étant lui-même moins long à proportion ; et les œufs qu'il renfermait très développés, très grands et bien moins nombreux. U axolotl, la sirène (1), le protèe, qui composent, avec le genre précédent, la famille des Batraciens pe- rennibranches , ont de même deux ovaires oblongs, lo- bés, occupant, de chaque côté de la colonne vertébrale, une partie plus ou moins grande de la cavité abdo- minale.] II. Des ovales , produits des glandes ovigènes. [La fécondation peut avoir lieu dans l'ovaire, ou lors- que l'ovule vient de s'en détacher et est arrivé dans le commencement de l'oviducte, et avant qu'il soit devenu un œuf complet, par l'addition de sa sphère protec- trice. C'est toujours une nécessité lorsque son enve- loppe la plus extérieure est tellement dense, qu'elle ne pourrait être traversée parla liqueur fécondante. Tous les Reptiles propres sont dans ce cas. Chez les Batraciens anoures, au contraire, la fécon- dation ne s'effectuant qu'au moment de la ponte, la composition de la sphère protectrice, que l'ovule prend I , , (1) Cuvier, Recherches sur les Reptiles dout eux. Paris, 1807, p, 24 à 25 pour la sirène , «t 43 à 44 pour le protée. ART. IV. OVULES DES REPTILES. 57 en passant dans l'oviducte, est en rapport avec cette première nécessité, la fécondation , et F antre non moins essentielle, la protection du germe se développant. Nous aurons donc à étudier, dans ce paragraphe, l'ovule se développant dans l'ovaire, et sa composition lorsqu'il y est parvenu à son degré de maturité. Nous décrirons ensuite la composition de l'œuf complet, arrivé dans son lieu d'incubation , ayant sa sphère protectrice, qu'il a prise en traversant l'ovi- ducte; ce sera, entre autres, le sujet du paragraphe suivant. Les ovules des Reptiles ont les deux parties essen- tielles des classes précédentes, la sphère germinative avec la tache germinative, et la sphère nutritive ou vi- telline. L'une et l'autre sphère suivent les mêmes phases dans leur développement que dans les classes précé- dentes. La sphère germinative est d'abord la plus avancée, dans celui-ci. La sphère vitelline prend plus tard ses grandes proportions relatives ; elle se matérialise et se colore de plus en plus ; de sorte que la matière vi- telline qui était d'abord très liquide, transparente, inco- lore , devient de plus en plus dense et se colore quelque- fois d'une nuance jaune-orange assez foncée; c'est ce qui se voit chez les Chéloniens. Les deux sphères changent de position relative avec leur développement. La sphère germinative devient de plus en plus excentrique et touche à la périphérie de la sphère vitelline ? au moment de la maturité de l'o- vule et pour la fécondation. lues Reptiles amphibies ne font pas exception, et leur ovule, dans son développement, prend la même marche que celui des reptiles propres et de tous les animaux * 58 XXXII e LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS. a vertébrés. Rien ne démontre que cet ovule soit le têtard lui-même, ainsi que le pensait Spallanzani. L'ovule non mûr renferme évidemment la vésicule germinative formant une sphère concentrique à la sphère vitelline. Plus tard, cette vésicule se porte vers la périphérie et montre ses taches germinatives.M. Vogt en a compté de trente à quarante dans le crapaud accoucheur, et il a reconnu quelles formaient de très petites cellules rondes ou irrégulières , mais de même grandeur dans le même œuf, sans qu'il soit possible d'y découvrir aucune autre composition organique. Elles paraissent également distribuées dans la vési- cule germinative, ou concentrées dans une partie de cette vésicule. La vésicule germinative peut sortir tout entière de la sphère vitelline , si on déchire la membrane de celle-ci. La sphère vitelline croît à proportion beaucoup plus que la germinative et les taches de ce nom. A mesure de son développement, le vitellus se ma- térialise ; il s'y précipite un plus grand nombre de gra- nules. L'ovule en est rempli lorsqu'il est mûr, ce qui rend la sphère vitelline opaque, excepté à l'endroit où se trouve la vésicule germinative; qui touche , à cette époque, à la périphérie de la sphère vitelline ; comme les taches germinatives touchent à la périphérie de la sphère germinative. La couleur des œufs des Batraciens anoures varie suivant les espèces. Ceux de la grenouille verte , lors- que l'œuf est mûr, se distinguent, pour la sphère vi- telline, par deux nuances, l'une brune qui s'étend sur l'hémisphère au pôle duquel se trouve la vésicule ger- ABT. IV. OVIDUCTES DES REPTILES. 59 minative, et l'autre jaune clair pour l'hémisphère op- posé. Il est remarquable que, clans l'eau, leur lieu d'in- cubation , 1 hémisphère brun soit toujours dirigé vers le jour, comme si la pesanteur spécifique de l'hémisphère clair était plus considérable et celle de la partie cor- respondante de la sphère d'enveloppe. Chez la gre- nouille rousse , la partie brune envahit la plus grande partie du vitellus, et la partie claij/e est plus restreinte.] III. Des canaux excréteurs de la glande ovigène , et de la composition que V ovule y prend pour devenir un œuf complet. [Les oviductes des Reptiles, ouïes canaux excréteurs des ovaires , sont encore séparés de ceux-ci , comme chez tous les autres vertébrés supérieurs. Ce sont des conduits à parois plus ou moins com- pliquées , qui prennent par leur embouchure, béante dans la partie la plus avancée delà cavité abdominale, l'œuf détaché de l'ovaire, et le portent au dehors , par l'intermédiaire du cloaque, pourla fécondation; ou dans lesquels celle-ci a lieu avant la ponte; et qui devien- nent, dans ce cas, le lieu d'incubation pour le com- mencement ou pour toute la durée du développe- ment dans l'œuf. ] - Tous les Reptiles ont deux oviductes comme deux ovaires. Ce sont toujours des conduits membraneux, fixés de chaque côté de la colonne vertébrale par un prolongement du péritoine , qui commencent par une sorte de pavillon, par lequel l'œuf s'y introduit; dont les parois, d'abord minces, prennent ensuite plus d'é- 60 XXXir LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS- paisseur et une apparence glanduleuse. Un peu évasés dans leur embouchure ou le pavillon, ils sont cylin- driques dans le reste de leur étendue. Leur longueur est beaucoup plus grande , à proportion, que chez les oiseaux. Ils sont plus ou moins plissés par le prolon- gement du péritoine qui leur sert de ligament, chez les Reptiles propres; ou bien extrêmement sinueux et re- pliés sur eux-mêmes dans différents sens , comme chez la plupart des Reptiles amphibies. Leur dernière par- tie, chez les Batraciens anoures , présente une dilatation considérable, que l'on a improprement appelée ma- trice , et qui s'ouvre elle-même dans le cloaque. [C'est toujours dans ce vestibule génito-excrémenti- tiel qu'aboutissent les deux oviductes , chez tous les Reptiles , où leurs deux issues s'ouvrent séparément. C'est par l'intermédiaire du cloaque que chaque con- duit éducateur porte au dehors les œufs ou les petits éclos, ou qu'il reçoit la liqueur fécondante du mâle. L'oviducte sécrète l'albumen de l'œuf et ses enve- loppes protectrices; il en fait un œuf complet, sauf la fécondation. C'est sans doute pour cette sécrétion qu'il a généralement une étendue beaucoup plus considé- rable que cela ne paraîtrait nécessaire, s'il n'était qu'un organe éducateur devant transporter au dehors immé- diatement l'œuf qu'il a reçu de l'ovaire. Les fonctions multiples de ce conduit supposent une organisation compliquée, à la manière de celui des oiseaux. Il est revêtu d'une membrane péritonéale. Inté- rieurement, il est tapissé par une membrane mu- queuse à cils vibratiles. Une couche de fibres mus- culaires sert, par ses contractions , à faire cheminer ART. IV. OVIDUCTES DES REPTILES. 61 les œufs dans son intérieur. Enfin , la couche cellulo- vasculaire qui unit ces deux dernières est en même temps glanduleuse dans la plus grande partie de sa longueur. „ Ces canaux ont un diamètre proportionné au vo- lume des œufs qui doivent les traverser et au nombre qu'ils doivent contenir à la fois. Ils sont très extensibles d'ailleurs , et cette extension est rendue possible, entre autres, par les plis longitu- dinaux de leur membrane interne. Chez les Batraciens anoures et chez le crapaud commun en particulier, Yoviducte commence par un orifice à bord simple , non frangé , fixé dans la partie la plus avancée de la cavité abdominale , au niveau de la base du cœur et de chaque côté. Un repli court du péritoine qui l'y attache doit le rendre immobile dans une longueur de près de o n, ,oi. Ce repli, qui suspend l'oviducte à la face dorsale de l'abdomen, est en dehors du mésoaire ; il se déploie et s'étend à mesure, en enveloppant les nombreuses cir- convolutions de l'oviducte , dont le diamètre augmente un peu en se portant en arrière, mais qui se développe subitement en une poche considérable , dans sa der- nière^partie. Dans ce long trajet, de quatre à cinq dé- cimètres , ses parois deviennent plus épaisses , et très évidemment glanduleuses; elles sont blanches, demi- transparentes, et comme injectées par les mucosités qu'elles sécrètent , et dont elles enveloppent les œufs. C'est dans l'extrémité dilatée de l'oviducte, qui est semblable chez tous les Batraciens anoures , que les œufs se rassemblent durant les premiers jours de l'ac- couplement qui précèdent la ponte, et qu'ils s'y re- 0*2 XXXII e LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS. vêtent de la sphère protectrice. Cette enveloppe , pour les œufs qui doivent être pondus dans l'eau, est de nature gélatino-album ineuse ; elle a la propriété dab- sorber beaucoup d'eau et de se gonfler considérable- ment par cette absorption. Chez la salamandre tachetée , l'oviducte commence par un orifice longitudinal, qu'il faut chercher dans la partie la plus avancée de la cavité thoraco-abdomi- nale. Ce canal est d'abord droit et sans repli; puis il fait beaucoup de sinuosités avant et un peu après avoir dépassé le commencement de l'ovaire; enfin, il est droit au-delà de l'ovaire, et augmente un peu de diamètre. Sans doute la dernière portion de ce canal qui doit servir d'utérus se dilate considérablement à l'époque du rut, lorsque les œufs s'y arrêtent pour l'incubation, et sa capacité augmente encore à mesure du dévelop- pement des petits. Elle devient très considérable dans la salaman- dre noire (salamandra atra Laurenti) dont chaque oviducte ne renferme, à la fin de la gestation, qu'un seul petit, qui finit par y acquérir plus du tiers de la longueur de la mère (1). Chez les tritons , et le triton crête en particulier, l'ovi- ducte est beaucoup plus long, beaucoup plus replié dans toute son étendue; sans doute à cause des muco- sités album ineuses dont il doit entourer l'œuf pour le compléter. (1) Fragment sur les Batraciens, par M. Van-der-Hœven. Mémoires de la Socie'té d'hist. natur. cîe Strasbou:<;, t. ÏI. ART. IV. OVIDUGTES DES REPTILES. 63 Son embouchure, ou le pavillon, est un orifice oblong à bords tout unis, situé, comme chez les Batraciens anoures , dans la partie la plus avancée de la cavité thoraco-abdominale, précisément à côté et en dehors de l'entrée du sac pulmonaire dans cette cavité. Les membranes qui forment ce pavillon et le commence- ment de l'oviducte sont très minces; mais les parois de ce canal s'épaississent considérablement, après tout au plus un centimètre, et conservent cette épaisseur dans tout le reste de l'étendue de ce long canal. Arrivés près du cloaque, les deux oviductes se rap- prochent l'un de l'autre et se terminent dans la paroi supérieure de cette cavité, chacun par une saillie cylin- drique. lj'amphiuma a son oviducte dans les feuillets du mé- soaire , au-dessus de l'ovaire. C'est un long tube re- plié, qui commence, comme toujours, plus en avant que l'ovaire. il en est de même chez le menobranchus lateralis parmi les U rodé les perennibranches . Mais ici ce canal est beaucoup plus long et fait de plus nombreux re- plis, pressés les uns vers les autres. Les parois en sont épaisses et de couleur laiteuse. Le protée l'a aussi très long et faisant beaucoup de replis (i) ; tandis que dans la sirène il est court, droit, collé aux reins et non tortueux, comme chez les sala- mandres (2). Nous l'avons dit en commençant le paragraphe précédent, la composition de la sphère protectrice (1) Cuvier, o. c, p. 43 et 44- (2) //udem.,p. 24 et a5. 64 XXXII' LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS. que l'ovule prend dans loviducte diffère essentielle- ment chez les Reptiles qui fécondent leurs œufs com- plets, ou chez ceux qui fécondent leurs ovules. Dans le premier cas, elle est à la fois en rapport avec la fécondation et le lieu d'incubation ; dans le * 7 second , elle n'a plus que cette dernière cause finale. Chez les Reptiles propres, la fécondation des ovules précède l'addition de la sphère protectrice qui les complète, et dont ils se sont revêtus successivement dans loviducte. On ne connaît pas de Chéloniens vivipares. Tous pondent leurs œufs immédiateme££ après qu'ils se sont complétés par l'addition d'un albumen, d'une membrane de la coque ou d un chorion, et de couches calcaires, pour certaines espèces, qui donnent à leur enveloppe la plus extérieure une consistance assez ferme. Cette dernière composition caractérise les œufs des tortues d'eau douce et de terre ; tandis que la coque des œufs des tortues de mer ou des chèlonés n'a que la consistance du parchemin. L'albumen des œufs de Chéloniens est très liquide, très aqueux , se coagulant difficilement par la cha- leur (i). Les Crocodiliens ont , comme les oiseaux , des œufs à coque calcaire , une membrane de la coque ou un chorion et un albumen. Les autres Sauriens ont généralement des œufs à (i) C'est du moins ainsi que l'a trouvé M. Tiedemann ; tandis que M. Ruthke l'indique comme très dense, et de la consistance du corps vitré de l'œil des vertébrés. Ces différences tiennent sans doute aux. es- pèces observées. ART. IV. OVIDUCTES DES REPTILES. 65 coque flexible de la consistance du parchemin, avec- une petite quantité d'albumen. Cette substance manque dans les œufs à' ophidiens; leur coque se compose de plusieurs couches inorga- niques, que déposent successivement les parois de Foviducte, et qui lui donnent la consistance du par- chemin. Chez les Reptiles amphibies , la sphère protectrice que l'œuf prend dans l'oviducte a des caractères très particuliers suivant que l'animai dépose ses œufs dans l'eau, et c'est le cas le plus général ; ou qu'il est vivipare, comme les salamandres propres; lorsqu'il les expose à l'air, comme le crapaud accoucheur; ou quilles place, comme le pipa, sur le dos de sa femelle, dont la peau se gonfle autour d'eux et les enveloppe en grande partie. L'œuf mûr, dans son lieu d'incubation, qui est l'oviducte chez les vivipares (les salamandres propres), a pour toute sphère protectrice un chorion (i) mince qui se remplit d'une sérosité albumineuse à mesure du développement. Dans l'œuf du crapaud accoucheur, ce chorion se confond avec la coque, qui prend à l'air la consistance du parchemin. Le même chorion reste mince, mais s'étend et se détache de plus en plus de l'embryon chez les Batraciens qui se développent dans l'eau; il y a de plus , à l'extérieur, cette substance gélatino- (i) Swammerdam , qui a reconnu cette enveloppe, l'appelle amnios, ft Rathke, la membrane vitelline. Suivant ce dernier auteur, les grenouilles et les crapauds n'ont pas de chorion. {Archives de J. Muller pour i83a. p. 3o2.) 8. 5 66 XXXII e LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS. albumineuse, analogue à celle qui enveloppe les œufs de beaucoup de poissons , dont la couche la plus ex- terne forme une membrane extrêmement déliée. L'œuf du pipa me paraît avoir la même composition extérieure que l'œuf du crapaud accoucheur. Ce que Ion voit de sa coque , qui reste en partie à découvert, est de couleur foncée et de nature résistante et cornée. Cette coque se fend au niveau de la peau, de manière à détacher comme un couvercle sa partie libre de sa partie enfoncée dans la peau (i). Le triton à crête , parmi les Urodèles, a dans la der- nière partie de son oviducte, à l'époque de la ponte , des œufs ayant une coque transparente, ovale , beau- coup plus grande que le vitellus, qui est sphérique et se meut librement dans un albumen beaucoup moins dense. Les œufs de cette espèce sont pondus isolé- ment.) ARTICLE V. DES ORGANES PRÉPARATEURS ET ÉDUCATEURS, OU DES OVAIRES ET DES OVIDUCTES, DANS LA CLASSE DES POISSONS. 1. Des ovaires ou des glandes oui gènes. [Les organes producteurs des ovules, ou les ovaires , sont pénéralement pairs, sans être symétriques. Ils sont suspendus à la voûte que forme la paroi su- périeure de la cavité abdominale, de chaque côté de la colonne vertébrale. (i) Voir la figure que nous en avons publiée, avec son explication, clans le Rèqne animal de Cuvier. — Edition illustrée. Pi. 3t). 6g. 2 , des Rep- tiles. ART. V. OVAIRES DES POISSONS. QJ On ne trouve cependant qu'un ovaire clans la per- che fUwiatile , seule espèce de ce genre chez laquelle on ait remarqué cette sorte d'anomalie. Les espèces ovi- pares des genres cobitis et ammodytes , parmi les Pois- sons osseux , n'ont de même qu'un ovaire. Cet organe est également impair chez la plupart des espèces vivipares; cela est incontestable pour la hlennie vivipare, Ya- nableps , les pœcilies , parmi les Poissons osseux. Quant aux vivipares Sélaciens, on n'a trouvé dans un certain nombre de genres qu'un ovaire développé et fonctionnant (1). La glande ovigène des poissons présente trois types distincts dans sa composition et sa structure. Dans le premier type , qui est le plus général , elle forme un long sac, presque toujours double, rarement simple, ainsi que nous venons de le dire, étendu dans une grande partie de la longueur de la cavité abdo- minale. Sa forme est le plus souvent celle d'un cône très allongé dont la base est en avant. Les parois intérieures de ce sac sont divisées par de nombreux replis , ayant le plus ordinairement une direction transversale , moins souvent longitudinale , et formant , dans le premier cas, des diaphragmes in- terrompus ou incomplets, dans l'épaisseur desquels se développent les ovules. Le vide que laissent les lames proligères n'est pas dans l'axe du sac, mais plutôt vers sa paroi supérieure. Ce vide est déjà l'oviducte qui n'est plus qu'un canal étroit et court, lorsque les deux sacs ovariens se joignent en arrière, pour se terminer au-delà de l'anus, par un seul orifice, dans lequel (i) Uber den glalten liai des Aristoteles, etc., von J. Millier. Berlin, 1842 68 XXXII e LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS. aboutit aussi, le plus généralement, celui de la vessie urinaire. On voit que, dans ce type, l'oviducte se continue et se confond pour ainsi dire avec l'ovaire. Celui-ci se compose d'une membrane extérieure qui l'enveloppe de toutes parts, et lui fournit un mé- soaire séreux, qui le suspend à la paroi dorsale de la cavité abdominale; d'une membrane muqueuse qui revêt ses parois intérieures et tous les prolongements lamelleux qui s'y observent, et d'une couche médiane fibrô-celliileuse, dans laquelle se développent les ovules. C'est cette couche moyenne, que nous appellerons proligère, qui fournit la capsule nutritive des ovules, autour de laquelle se ramifient les vaisseaux sanguins nourriciers. Dans le second type , beaucoup moins commun que le précédent, puisqu'il n'a été constaté jusqu'à présent que dans les familles ou les genres des salmones , des loches, des anguilles, des esturgeons et des suceurs, les ovaires n'ont point d'oviducte. Tantôt ils forment un sac incomplet, plus ou moins largement ouvert dans toute sa longueur, ayant des lames proligères, comme dans le premier type : tel est l'ovaire des salmones. Tantôt ils représentent une assez large bande, piissée, par son mésoaire, à l'un de ses bords ou à tous les deux , et portant les lames proligeres à lune de ses faces. Ici, la séreuse péritonéale enveloppe de toutes pans la couche fibro-celiuieuse proligère ; mais elle est beau- coup plus épaisse sur la face qui ne porte pas de lames que sur celles-ci. Tel est l'ovaire dus anguilles et des esturgeons. A HT. V. OVAIRES DES FOISSONS. 69 Enfin, dans ce même type, tout l'ovaire est une bande proligère très plissée par le mésoaire du côté de la ligne médiane dorsale, et dont les plis , divisés en lo- bes, se déploient vers un bord libre, en se sous-divisant en lobules, et en montrant des ovules à leurs deux faces. L'ovaire des lamproies est ainsi conformé. Dans un troisième type, celui des chimères et des Sélaciens, l'ovaire est séparé de l'oviducte, comme dans les trois classes supérieures des vertébrés. L'un et l'autre présentent des caractères particuliers. Quand les ovules ne se sont pas développés, l'ovaire des Sélaciens forme une lame épaisse, ovale, un peu échancrée ou concave par son *bord intérieur, sus- pendue sur les côtés de la colonne vertébrale , depuis la partie la plus avancée de la cavité abdominale jus- que plus ou moins en arrière. La face inférieure et interne de cette lame, celle par laquelle les ovaires pourraient se toueber, en s'approchant , ne montre aucune saillie; elle a dans toute son étendue une cou- leur blanc de lait. C'est encore la couleur que pré- sente l'autre face en arrière; puis, dans la moitié, ou les deux tiers antérieurs, on aperçoit des saillies ar- rondies de différentes grandeurs, dont les plus petites sont blanc de perle et les plus grandes de couleur jaune opaque : ce sont des ovules qui se développent dans la couche proligère et font plus ou moins de saillie à la face supérieure de cette lame ovarienne. Celle-ci s étend en forme de capsule sur les ovules, à mesure que, par suite de leur développement, ils se détachent les uns des autres, et se séparent de plus en plus. Le reste -de la lame ovarienne conserve son appa- rence molle, laiteuse, homogène, très caractéristique, 70 XXXII e LEÇON. GENERATION DES VERTÉBRÉS. qu'on retrouve dans une partie de la glande sperma- gène des mâles. Dans plusieurs des Sélaciens vivipares , il n'y a que cette partie dans laquelle il ne se développe pas d'ovule qui subsiste d'un côté; c'est généralement du côté gauche, tandis que l'ovaire a son développement normal du côté droit, La nutrition extraordinairement active qui a lieu dans les ovaires , pour le développement des innom- brables œufs dont ils se chargent pour chaque ponte, chez le grand nombre des poissons ovipares, exigeait un afflux considérable de fluide nourricier : aussi leurs vaisseaux sanguins sont-ils très nombreux dans leurs ramifications et leurs branches , et leurs troncs très développés. Les artères viennent de l'aorte ou des rénales. H y a généralement un tronc principal qui règne dans un sillon de la face interne et supérieure ou viscérale du sac ovarien et qui fournit , à angle droit , des branches transversales , pour chaque lame proligère. Ce tronc peut se diviser en deux branches, une pour chaque face supérieure et inférieure. Les veines des ovaires se rendent le plus générale- ment dans les veines rénales ou dans la veine cave. Dans le premier cas, un tronc principal s'unit au tronc de la veine rénale~porte , et ses branches secon- daires s'y réunissent successivement. Nous avons déterminé (1) le singulier sinus veineux qui règne entre les sinus rénaux et les deux veines caves, chez la lamproie marine et la lamproie de rivière, , (0 T. VI, p. 260. ART. V. OVAIRES DES POISSONS. 71 comme leur veine génitale ; ce sinus verse dans les veines caves le sang qu'il reçoit des organes de la gé- nération. Dans des cas exceptionnels, la totalité ou une partie du sang des organes génitaux se rend dans le foie (1). Le premier exemple se voit dans les cyprins et les loches ; la blennie vivipare, la perche fliwiatile ,Yammo- dyte, qui n'ont qu'un ovaire, sont dans le second cas ; une partie des veines de l'ovaire se rend dans la veine mésentérique et l'autre clans les veines rénales. Ce que nous venons de dire des vaisseaux sanguins des ovaires doit s'entendre aussi de ceux des laites, ou des glandes spermagènes. Quelques descriptions particulières serviront à ren- dre cette description générale plus sensible. ] A. Dans la sous-classe des Poissons osseux. [ Parmi les Acanthoptérygiens , l'ovaire est simple dans la perche fluviatile^ ainsi que nous l'avons déjà dit ; il a, dans un état de gestation avancée , un très gros volume; sa forme est celle d'un ovale irrégulier; il est à droite des organes de la digestion, et touche à la vessie natatoire par son bord supérieur, qui est a peu près droit, et il repose, par son côté inférieur, sur les parois abdominales. Un mésoaire qui descend de chaque côté delà vessie natatoire attache et suspend cet organe. Le sac qu'il forme a des replis transverses qui se (i) Voir ce que nous en avons dit, t. VI, p. 268 , et M. Rathke , o. c. j>. i5 7 . 7? XXXII* LEÇON. GÉNÉRATION DES VEBTEBBBS. détachent de sa paroi interne et supérieure , et forment de nombreux diaphragmes incomplets, dans l'épaisseur desquels sont les ovules. On y voit à la fois des ovules presque mûrs et des ovules beaucoup plus petits, commençant à se déve- lopper pour la ponte suivante. Les uns et les autres sont parfaitement ronds. Les veines se rendent parmi seul tronc dans la veine cave, à l'instant où elle commence par la réunion des veines rénales. 'Ce tronc provient de deux branches qui régnent dans la ligne médiane des deux faces su- périeure et inférieure de l'ovaire, et qui reçoivent à an- gle droit les rameaux transverses qui correspondent aux lames proligères. Dans la carpe, parmi les Malacoptérygiens abdo- minaux , l'ovaire est double comme à l'ordinaire ; le droit m'a paru plus grand que le gauche , s'avançant au-delà de la vésicule du fiel. L'intérieur a des dia- phragmes, comme l'ovaire de la perche. Dans la brème, chaque ovaire est lobé, aplati dans sa face latérale interne, aminci dans son bord supé- rieur, qui est contre la vessie aérienne; plus épais à son bord inférieur. La coupe de chaque ovaire forme un triangle dont le plus grand côté répond à la face externe, et dont le plus petit est à la fois interne et supérieur, et se moule contre la vessie aérienne. C'est le long de ce dernier côté qu'existe un sillon assez profond , où se voient Fartère et la veine prin- cipale, dont les branches se détachent à angle droit pour pénétrer dans la substance de l'ovaire. Dans la truite commune, les ovaires, lorsque la ges- ART. V. OVAIRES DES POISSONS. /3 tation est assez avancée, sont étendus dans toute la longueur de la cavité abdominale. Ils sont organisés sur le modèle des ovaires sans oviducte, qui caracté- rise notr£ second type, Les lames proligères sont libres du côté externe et inférieur, c'est-à-dire celui qui regarde les parois abdominales; elles sont enfermées parla membrane ovarienne péritonéaledu côté interne et supérieur , qui répond aux autres viscères abdomi- naux. Les œufs développés dans cbaque lame y font d'au- tant plus de saillie qu'ils sont plus grands. Ils laissent des impressions remarquables dans la paroi interne de l'ovaire , formée à la fois par la membrane péritonéale et par la membrane propre. Ce sont autant de fossettes régulières qu'il y avait d'oeufs en contact avec cette partie. Parmi les Maiacoptérygiens subbranchiens , les pleuronectes ont leurs ovaires très asymétriques. Dans la sole, le droit, qui répond au côté coloré , est plus d'une fois aussi volumineux que le gauche , qui est du côté pâle. L'un et l'autre forment un cône dont la base est en avant. Chaque ovaire est logé , pour la plus grande partie, séparément de son semblable, dans un sinus particu- lier de la cavité abdominale. On sait que, chez ces pois- sons , cette cavité est divisée en deux , au-delà de l'anus , par une cloison formée par les apophyses épi- neuses des vertèbres caudales, qui soutiennent les rayons de la nageoire anale. Le sinus abdominal droit loge encore une partie de l'intestin, et le gauche une partie du rein. La position avancée de l'anus fait que ces ovaires 74 XXXII e LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTEBRES. ont leur commencement en arrière, et leur portion ter- minale en avant. Dans le congre, que nous citerons comme exemple de l'ordre des Malacoptèrijglens apodes, les ovaires s'étendent dans toute la longueur de la cavité abdomi- nale et se prolongent dans le fond de cette cavité , au-delà de l'anus. Ce sont encore des ovaires sans oviducte. Le repli du péritoine qui le suspend de chaque côté de la colonne vertébrale semble se continuer plus épais sur le côté interne de la bande ovarienne, dont la surface est lisse et consistante de ce côté , tandis que sa face externe est hérissée pour ainsi dire par les lames membraneuses ou les replis transverses , dans l'épaisseur desquels se développent les oeufs. Ces replis, dans X anguille, sont étroits et se terminent vers Je bord de cette sorte de manchette plissée que forme l'ovaire. On en voit quelques uns qui se conti- nuent avec les suivants. Leur bord libre est générale- ment plus épais que le reste. La face lisse de ces bandes ovariennes est aussi du côté viscéral. Ces ovaires se prolongent bien au-delà de l'anus, celui du côté gau- che plus que le droit; il est vrai que celui-ci s'avance plus que le gauche. On dirait que la forme allongée du corps a produit ici, comme chez les ophidiens, une asymétrie dans la position de ces organes. C'est du côté de la face lisse que se voient les vais • seaux sanguins, dont les branches principales ont la direction transversale des lames membraneuses et se détachent de leur tronc à angle droit ou à peu près. Le tronc des veines ovariennes se rend dans la veine porte. ART. V. OVAIRES DES POISSONS. 75 Le lançon ( ammodjtes tobianus L. ) n'a qu'un seul ovaire considérable, étendu dans toute la longueur de la cavité abdominale. Il est obtus et épais en avant; plus aminci en arrière; il se prolonge de ce côte au- delà de l'anus et même de l'issue de son oviducte. Sa composition est celle de notre premier type, tandis que celle du congre et de l'anguille appartient à notre second type , ainsi que nous venons de le voir. Dans les si/ngnathes et les hippocampes , de l'ordre des Lopho branches, les ovaires sont dans un tube membraneux de longueur un peu inégale , dont la surface est bosselée par les ovules contenus dans l'é- paisseur de leurs parois , lorsque ces ovules sont déve- loppés.] B. Dans la sous-classe des Poissons cartilagineux. [Les chimères et les Sélaciens ont, ainsi que nous l'avons exprimé, un ovaire séparé de l'oviducte, comme dans les trois classes supérieures des vertébrés. Son aspect varie beaucoup suivant le degré de dé- veloppement des œufs qu'il renferme. Dans la raie bouclée , lorsque les ovules sont encore très petits, c'est une lame ovale, libre dans la cavité abdominale, sauf par son bord interne, qui est fixé sur le côté de la colonne vertébrale. Cette lame est composée d'une substance celluleuse , molle , homo- gène, comme laiteuse, dans laquelle on découvre des ovules de volume très différent, de couleur gris de perle, demi- transparents. Dans une raie bâtis, d'un très gros volume, les ovaires avaient près de six décimètres de longueur. Les œufs, 70 XXXII e LEÇON. GENERATION DES VEBTÉBHES. développés, étaient dans leur partie moyenne et même dans leurs deux tiers antérieurs. Les plus grands avaient o m ,o5-2 , o m ,o56, o m ,o6o de diamètre. Il y en avait de o'",o35, de o m ,o3o et d'autres de plus en plus petits. Ceux qui n ont plus que o re ,oo5 sont comme des per- les , pour la couleur et la demi-transparence. Au-dessus de ce volume, ils sont de couleur grise opaque, avant d être jaunes. Chaque œuf est dans sa capsule, dont les vaisseaux sanguins sont nombreux. Lorsqu'on la rompt, ainsi que la membrane vitelline, un vitellus fluide s'en écoule comme la matière d'un abcès. Les œufs les moins développés , qui se voient à l'ex- trémité antérieure de l'ovaire, y sont enfouis dans cette substance blanche que nous avons déjà indiquée dans l'ovaire de la raie bouclée. La portion la plus reculée de chaque ovaire ne renfermait qu'une couche mince de cette substance , qui rappelle celle du testicule de ces mêmes sélaciens. Il y avait des ovules de toute grandeur intercalés avec les grands, et comme contenus dans l'épaisseur de la membrane capsulaire des grands , qui en était toute bosselée. Les Esturgeons ont deux ovaires, sans oviducte, dont les œufs sont contenus dans des lames proligères dis- posées en travers, le long du ruban membraneux qui les fixe, et sont libres par leur bord opposé, dans la cavité abdominale. C'est absolument le type décrit dans les anguilles. Chez les Suceurs , il n'y a proprement qu'un ovaire et qu'un mésoaire, attaché sous la ligne médiane entre ART. V. OVAÏRES DES POISSONS. 77 les reins. Sa forme est très allongée, et sa composition très compliquée. C'est une double série de lobes, très plissée en tra- vers, qui se déploient à partir du mésoaire , en s'élar- gissant et en se divisant tout à la fois et en se portant de la ligne médiane en dehors et en bas. Plusieurs couches d'oeufs parfaitement sphériques se voient sur chaque face de ces lames. On peut lire dans notre t. vi, p. 260 et 261 , la singu- lière organisation de la veine de cet ovaire, dans la lamproie marine ; nous l'avons décrite sous le nom de sinus génital. L'existence d'un seul ovaire dans ce genre a d'abord été reconnue dans la petite lamproie (Petromyzon planeri L.). il n'y a de même qu'un mésoaire, sus- pendu précisément dans la ligne médiane entre les reins. Cet ovaire se compose de deux séries de lobes, difficiles à démêler dans sa partie la plus avancée, mais qui se séparent facilement l'un de l'autre, après le premier quart de la longueur de cet organe. Ces lobes placés ainsi, les uns à la suite des autres, sont d'inégale grandeur ; ils renferment chacun plusieurs rangs d'o- vules, formant des lignes parallèles et transversales , qui se suivent de la face dorsale adhérente, à la face libre abdominale de ces lames proligères. On voit que chaque lobe est une lame proligère; leurs deux séries semblent indiquer que cet ovaire , unique en appa- rence, se composerait en réalité de deux ovaires rap- prochés. 11 paraît que le branchiosîoma lubricum, COSTA, aurait deux ovaires composés de lobes analogues à ceux de l'ovaire des lamproies, et qu'ils apparheii- 78 XXXII e LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS. draient à ce même type d'ovaires sans ovidncte (1).] II. Des ovules et des œufs , produits de la glande ovigene. A. Développement des ovules. [Le développement des ovules semble commencer pour ainsi dire avec celui de la glande ovigène, et donne à cette glande un caractère particulier , qui la distingue de toutes les autres. A peine l'ovaire de la blennie vivipare a-t il pris la forme d'un sac ovale, à peine ses parois montrent- elles intérieurement ses replis longitudinaux, qu'on y observe une quantité de globules transparents, déjà visibles dans les petites blennies avant la mise bas, mais qui n'ont à cette époque qu'environ i/5o de ligne de diamètre, suivant l'observation de M. Rathke. Ce développement continue durant rage d'accrois- sement indépendant, le troisième de la vie. Il devient périodique à l'âge des propagations, et se rapporte aux époques du rut- C'est dans le tissu fibro-celluleux de l'ovaire quil a lieu ; ce tissu est pour les ovules une sorte de gangue, dans laquelle se ramifient les vaisseaux sanguins nour- riciers de cet organe. Chaque ovule y fait son lit , s'y revêt d'un calice , qui se détache»plus ou moins de la masse de l'ovaire, et qui est revêtu extérieurement dune membrane péri- tonéale, si l'ovaire n'a pas d'oviclucte continu, ou d'une membrane muqueuse ? si c'est un ovaire à sac. (i) Remarques sur la structure de Yomphioxus lanceolutm , ' p&ï II. fiathke. Kœnigsberg, 1 84 l ; et fift- 12 de ia planche. ART. V. OVULES DES POISSONS. 79 Malgré cette complication , les parois du calice de chaque ovule sont extrêmement minces et transpa- rentes, d'autant plus que le développement de l'ovule est plus avancé. Le calice, en s'étendant , se détache à mesure du reste de l'ovaire et peut n'y plus tenir que par un pédicule. Ce calice , cette gangue , ces vaisseaux nourriciers ne paraissent avoir avec l'ovule que des rapports de contiguïté , et c'est par imbibition ou par endosmose que le fluide nourricier de l'ovule paraît devoir péné- trer son tissu. On trouve dans le même ovaire des ovules mûrs avec des ovules encore très petits, de la portée suivante. Nous en avons observé d'extrêmement petits , mais très reconnaissables , chez plusieurs pœcilies dont l'ovaire renfermait nombre de fœtus, dans un dévelop- pement très avancé. Les ovules , étudiés dans la succession de leur déve- loppement, paraissent se composer, en premier lieu, de la vésicule germinative ^ comprenant la tache germi- native , que l'on regarde comme devant fournir les pre- miers éléments do futur embryon. La sphère germinative renferme un liquide, pré- sumé aîbumineux, dans une enveloppe membraneuse très déliée et transparente. La tache germinative qu'elle comprend serait une réunion de petites cellules sphériques, également trans- parentes. Les ovules se composent, en sus, de lasp/ière vitelline, qui fournira à l'embryon les principaux matériaux de son développement dans l'œuf. Cette sphère a une enveloppe membraneuse pro~ 80 XXXII e LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTEERÉS. pre , la membrane vitelline , qui est double, et renferme dans sa lame externe la substance du même nom et des gouttes d'huile dont le nombre varie suivant les es- pèces, et dont la disposition change avec le développe- ment de l'ovule. Dans la suite de ce développement, les proportions et la position relative de la sphère germinative varient beaucoup. Elle est toujours plus grande, relativement à la sphère vitelline dans les ovules peu développés que dans ceux qui approchent de leur maturité. Dans ceux-ci, elle est excentrique et touche à la sur- face du vitellus ; tandis que dans les premiers elle oc- cupe le centre de la sphère vitelline. Cavolini, qui avait très bien distingué, dans les œufs de poissons, la sphère germinative, avait de plus re- marqué et figuré ce mouvement de translation de cette vésicule vers la périphérie du vitellus, à mesure du développement de l'ovule (1).] B. Composition de ï œuf mûr , avant la fécondation. [L'œuf mûr se compose généralement de trois sphères emboîtées l'une dans l'autre, mais qui peuvent être plus ou moins excentriques. i° La sphère génératrice ou germinative ; 2° La sphère vitelline ou nutritive ; 3° La sphère d'enveloppe ou protectrice. Les deux premières sphères sont les principales; elles existent invariablement. La troisième varie beau- (i) Memorie sulla generazione dei pesci e dei cranclii , di Filippo Cavolini — In Napoli, 1787. Cavoiini appelle la vésicule {jerminative un nor.ciolo , p. 02, pour le labrus julis. ART. V. ŒUFS DES POISSONS. $1 coup, dans sa structure et sa composition, suivant le lieu de fécondation et celui d'incubation. La sphère génératrice, beaucoup plus petite que la sphère vitelliue, est rapprochée de la périphérie de celle-ci, dans l'œuf qui a atteint sa maturité. Elle est composée d'une capsule incolore, transparente, extrê- mement déliée et d un fluide albumineux également transparent. On y voit encore , à sa paroi interne , une ou plusieurs taches opaques, qu'on appelle taches germinatives, qui se composent de vésicules globu- leuses lesquelles deviendront les premiers éléments de l'embryon, ses premiers matériaux fournis par le sexe femelle. Nous verrons plus bas que cette sphère ger- minative finit par disparaître sous la sphère huileuse, ouïe disque de gouttes de même nature, qui appartient à la sphère nutritive. La sphère vitelline ou nutritive se compose de même d'une capsule membraneuse et de son contenu. La capsule membraneuse ou membrane vitelline est mince, transparente, sans apparence d'organisation; nous la supposons composée de deux lames, l'une ex- terne simple, l'autre interne, se repliant dans elle- même à la manière des séreuses, pour former une po- che qui renferme la vésicule germinative. Cette poche est rapprochée de la circonférence du vitellus à mesure que celui-ci croît et se revêt d'une portion de cette lame repliée vers la vésicule germinative et autour d'elle et formant un pédicule, qui est ainsi raccourci successivement. Cette hypothèse d'une double enveloppe vitelline , admise d'ailleurs par plusieurs ânâtôiinstes , fait com- prendre non seulement le mouvement de translation 8. 6 82 XXXII e LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS. de la sphère germinative, à mesure du développement de l'ovule ; mais elle servira encore à expliquer les rapports organiques de l'embryon avec le vitellus. Le contenu de la sphère vitelline se compose de deux parties, la substance vitelline et la sphère huileuse, ou le disque de gouttes d'huile , lorsque cette sphère est divisée. i° La substance vitelline de l'œuf mûr est un fluide visqueux , albumineux , sans granulations , dans la Palée, suivant M. Vogt. Il peut avoir des granulations dont le diamètre a été estimé à o n ',oo 1 6 par M. Pré- vost , dans le chabot de rivière. Le vitellus fournit à l'analyse chimique une grande proportion d'albumine et de l'huile grasse. Il perd sa limpidité et devient aussitôt opaque , d'un blanc de lait, lorsqu'on le mêle à l'eau froide. Sa densité ou sa pesanteur spécifique excède toujours celle de l'eau, même de l'eau de mer. 2° La sphère huileuse ou le disque huileux est une partie distincte du vitellus, formant soit une sphère unique d'huile grasse, ou bien un disque de même nature composé d'un nombre variable de gouttes d'huile, séparées, mais rapprochées. Cette partie huileuse du vitellus se tient toujours à sa surface, sous la membrane vitelline; elle s'y trouve constamment en rapport avec la vésicule germinative , qui disparaît sous elle dans les derniers moments de la maturité de l'œuf. On peut du moins le conclure, avec toute l'apparence delà vérité, de la position que prend la vésicule du germe, au-dessus du disque huileux, lorsqu'elle apparaît pour la première fois. AKT. V, ŒUFS DES POISSONS. 83 A 1 époque de la maturité, ce disque huileux , nous l'avons déjà dit, cache la vésicule germinative. A ne considérer la sphère d enveloppe ou protec- trice que relativement à ses usages pour la féconda- tion , elle mérite moins le nom de protectrice que celui de sphère d'absorption, parce quelle est toujours organisée pour faire passer, à travers les membranes et les substances qui la composent , l'élément féconda- teur du mâle, sur la vésicule germinative de l'ovule; ces mêmes substances deviennent ensuite protectrices ou nutritives et même respiratrices, suivant les chan- gements dont elles sont susceptibles dans le lieu d'in- cubation. La sphère protectrice ou tégumentaire, qui renferme les deux autres , se compose essentiellement d'un cho- rion ou dune membrane de la coque , dans laquelle on a reconnu une organisation remarquable. Elle est formée de cellules aplaties que l'on ne peut distinguer qu'à un très fort grossissement. Le chorion se forme certainement dans l'ovaire, chez les poissons comme les Pœcilies, dont le lieu d'incuba- tion est l'ovaire ; sa poche s'y remplit d'un liquide al- bumineux nécessaire au libre développement de l'em- bryon. C'est aussi dans l'ovaire que se complète l'œuf des Salmones , des Loches , des Anguilles , des Esturgeons, des Lamproies , ces poissons n'ayant point d'oviducte. Cet œuf a non seulement un chorion , mais encore une coque plus ou moins résistante ; comme ceux des pois- sons ovipares ordinaires , à ovaire à sac , qui pondent leurs œufs dans l'eau. La coque, dont le chorion peut être doublé à Texte- 84 XXXII e LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTEBRES. rieur, le nidamentum dans lequel l'œuf peut être en- veloppé, varient beaucoup suivant le lieu cîe féconda- tion et celui d'incubation. Pour tous les œufs pondus dans l'eau, le chorion est renforcé par une coque épaisse ou mince , suivant que la fécondation s'est effectuée avant la ponte, ou quelle doit lui succéder immédiatement. Dans ce dernier cas, les œufs peuvent encore être entourés d'une substance glutineuse qui les fait adhérer entre eux et aux plantes aquatiques, autour desquelles les femelles les attachent , ou bien aux pierres et aux autres corps submergés, sur lesquels elles les déposent. Cette substance et celle de la coque, encore molles à l'instant de la ponte, quand la fécondation doit suivre, ont la singulière propriété de durcir dans l'eau. Les œufs des familles qui manquent d'oviductes, que nous venons de nommer, passent immédiatement de l'ovaire dans la cavité abdominale et sont pondus par les orifices péritonéaux ? sans moyen d'adhérence aux corps sur lesquels les femelles les déposent pour la fécondation et leur développement. Elles ont cepen- dant le soin de creuser dans le sable, en agitant leur queue, de petites fosses dans lesquelles elles les pou- dent, et où les mâles, qui se tiennent près des femelles, répandent, leur laite à l'instant même. C'est du moins ce qui a lieu pour les truites. L'albumen manque-t-il, comme on l'a dit, chez la plupart des poissons ovipares? M. Rusconi le refuse à tous les poissons, et tire cette conclusion de ses observations sur la perche , X ablette et la tanche, M. Vogl n'a pas vu cet albumen dans la palée; il ART. V. OEUFS DES POISSONS. 85 pense que le chorion s'y trouve collé immédiatement contre la membrane vitelline. M. Garas a vu clans les œufs de Meunier, dont le développement, à la vérité, avait commencé, entre le vitellus et le chorion, un fluide aqueux et albumi- neux. Ce fluide est évidemment un mélange de l'albumen préexistant et de l'eau venue du dehors, après la chute des œufs dans l'eau. M. Rathke a reconnu dans les œufs des Syngnathes, parvenus dans la poche incubatrice, entre le vitellus et le chorion , un fluide albumineux et un peu aqueux , se coagulant par son mélange avec l'eau froide , ou par le contact de l'air, étant d'ailleurs de même na- ture que celui de la poche. J'avoue que je suis porté à croire qu'il existe, dans tous les cas, une légère couche albumineuse, fort dense autour du vitellus, analogue à celle qui a été reconnue dans l'œuf des Sélaciens vivipares, mais seulement beaucoup moindre. Cette couche me semble néces- saire pour déterminer l'absorption de l'eau spermatisée chez les ovipares, ou delà sérosité albumineuse chez les vivipares. L'œuf mûr des Sélaciens ovipares et des chimères , devant recevoir l'élément fécondateur dans l'ovaire , ou dans le commencement deloviducte, n'a pas encore l'enveloppe protectrice que lui donnera son séjour dans l'organe éducateur, et qu'il portera dans le lieu d'incubation. L'œuf des Squales vivipares, en prenant pour exem- ple Vèmissole, d'après J. Millier, se compose, lorsqu'il est parvenu dans l'oviducte, d'une membrane de la 8(3 XXXII e LEÇON. (VENRRÀTIOIN des vertébbés. coque ou d'un chorioii extrêmement mince et délié comme l'amnios des mammifères, sans organisation apparente. Le sac qu'elle forme a sept à huit fois la longueur du vitellus. Les parois de cette poche sont partout rapprochées entre elles , ou autour du vitellus et de la couche d'albumen qui le recouvre. Les bords de ce sac amniotique sont régulièrement plissés, et les plis en sont pris par ceux de l'utérus. L'albumen est visqueux, filant, se coagulant par l'alcool. Il s'étend au-delà du vitellus en une pointe qui s'avance jusqu'à l'extrémité de l'œuf. Le volume des œufs parvenus à leur maturité n'est pas du tout en rapport avec la grandeur du poisson. La petite Imite de montagne les a très grands, sphé- riques; celle de rivière (salmo fario"L.) de même. Ils sont très petits, de forme plus grande pour être pressés les uns vers les autres dans la carpe. Dans Xanguille, où ils sont aussi très petits , on les distingue, par leur forme ovale, des capsules à peu près de même grandeur , mais sphériques , qui renferment le sperme. Leur nombre est, pour ainsi dire, en raison inverse de leur volume. Ce nombre est immense pour un grand nombre d'espèces. Dans une perche fluviatile , nous lavons trouvé de 69,216. Dans une carpe de 167,200. Dans un brochet de 166,400. Dans un maquereau de 129,000, et dans un estur- geon de 1,167,866 (1). (1) Ces «ombres sont pris dans notre première édition des Leçons, t. V, ART. V. ŒUFS DES POISSONS 87 Les œufs des poissons ovipares, dont la fécondation doit avoir lieu dans l'eau, immédiatement après la ponte , éprouvent , peu d'heures après être tombés dans ce liquide , un gonflement plus ou moins sen- sible, suite de l'absorption dune certaine quantité d'eau par toutes les parties composant la sphère pro- tectrice de l'œuf, qui sont douées de la faculté ab- sorbante de ce liquide. Si le mâle a répandu sa laite sur ces œufs, il en résulte que le courant deau qui pénètre, par endosmose, entre le chorion et le vitel- lus, entoure celui-ci d'une zone d'eau sprrmatisée dans laquelle il se meut librement. Sa moindre pesanteur spécifique, du côté du disque huileux, tourne vers le haut , cette partie où se trouve la vésicule germinative dans une position périphérique : toutes ces circon- stances paraissent admirablement combinées pour fa- voriser le contact des spermatozoïdes avec la vésicule germinative, et pour accomplir ainsi la fécondation. Chez les Sélaciens ovipares, et les chimères, chez lesquels la fécondation a lieu dans l'ovaire ou dans l'oviducte, et chez les vivipares ordinaires , la faculté absorbante du chorion doit servir de même à la fé- condation. Lorsque ce développement a lieu dans le calice de l'ovaire, comme chez les Pœcilies , il faut bien encore reconnaître à cette membrane de l'ovaire la même faculté absorbante. p 291 et 296. M. Rousseau, qui les avait déterminés, avait pesé en même temps le poisson , l'ovaire , et calculé le nombre d'œufs pour un gramme. 88 XXXII e LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTEBRES. IïT. Des organes éducateurs ou des canaux excré- teurs de la glande ovigène. Ces organes , dans le premier type de structure , que nous venons de décrire , commencent avec le vide du sac ovarien, et se continuent en un court canal qui, réuni à celui du côté opposé, se termine, après un trajet de quelques millimètres, entre l'anus et la na- geoire anale. Lorsqu'il n'y a qu'un ovaire dans ce type , et si le poisson est vivipare, l'oviducte est plus distinct de l'ovaire et forme un plus long canal : c'est ce qu'on peut voir dans la blennie vivipare et les pœcilies. 11 y a quelquefois, au lieu dune fossette, où se trouve l'orifice des ovaires, qui est aussi celui de la vessie urinaire, une papille creuse plus ou moins sail- lante, que nous verrons aussi chez les mâles. Cette papille existe entre autres chez les blennies, parmi les Osseux, et chez les lamproies, parmi les Cartilagineux. Chez ces dernières, elle n'est pas l'aboutissant des sacs ovariens, ou de leur terminaison en oviductes, puisque leurs ovaires appartiennent au second type, et que leurs œufs mûrs tombent dans la cavité abdomi- nale. Ici, cette cavité a deux conduits péritonéaux très courts, dans sa partie la plus reculée, qui s'ouvrent dans cette même papille. Chez les salmones , les loches, les anguilles , qui ont des ovaires de ce même type, les conduits péritonéaux, servant également d'oviductes, aboutissent de même à l'orifice génito-urinaire situé derrière l'anus, au- devant de la nageoire anale. Dans le troisième type , celui des Sélaciens, y corn- ABT. V. OVTDUCTES DES POISSONS. 89 pris les chimères, il y a un ou deux oviductes, suivant le nombre des ovaires ou indépendamment de ce nombre. La plupart des espèces vivipares n'ont qu'un ovi- ducte. Les chimères , la grande roussette , ïémissole lisse y etc., parmi les Squales ; les espèces ovipares du grand genre Raie , et les torpilles , qui sont vivipares, en ont deux, qui se compliquent, excepté chez ces dernières , dune glande dont l'usage est de compléter l'oeuf en sécrétant ses enveloppes protectrices.] Dans les chimères , ce sont d'abord de petits con- duits dont le pavillon commun (1), attaché entre les ovaires, est évasé. Après un assez court espace , chaque oviducte s'élargit tout-à-coup et forme un renflement glanduleux très considérable, contenu dans l'épaisseur de ses parois , et dont les faisceaux vésiculeux ou cana- liculés qui le composent sont perpendiculaires à ces parois. Au-delà de ce renflement glanduleux, ce canal conserve un grand diamètre jusqu'à l'endroit de sa ter- minaison. Une fois que l'œuf s'est accru par l'addition de l'en- veloppe que lui fournit la glande que nous venons de décrire , il avait besoin en effet d'un conduit plus grand : ce conduit nous a paru uniquement membra- neux et non glanduleux , dans toute son étendue. * [Les oviductes s'ouvrent au dehors, de chaque côté de l'orifice du cloaque. Cette disposition singulière est tout-à-fait exceptionnelle pour les animaux qui ont un (i) Voir Carus, Tab. anat. IV, fig. 2, p. 3, où cette disposition, que nous avions décrite en i8o5, est exactement représentée. 90 XXXII e LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS. aboutissant commun pour les fèces alimentaires et l'u- rine; elle doit faciliter la fécondation. ] Chez les raies ovipares, les oviductes ont une très grande ressemblance avec ceux des chimères, comme il en existe une, si ce n'est dans la forme du moins dans la composition des œufs de ces différents genres. Ces conduits sont réunis par leur extrémité antérieure, et n'ont qu'un pavillon commun, situé entre les ovaires, immédiatement en arrière du diaphragme, et qui con- duit dans l'un ou l'autre oviducte. De là, chaque ca- nal se porte en arrière et en dehors, en conservant un petit diamètre , une forme cylindrique , des parois plissées longitudinalement dans leur intérieur, et une couche fort mince, de nature glanduleuse, dans leur épaisseur. C'est à cette première partie qu'on a donné plus particulièrement le nom de trompe. Elle se dilate subitement après trois à six, huit, dix centimètres d 'étendue, suivant les espèces, pour envelopper dans ses parois un corps glanduleux fort épais, qui paraît com- posé de tubes blancs, allant dans des directions peu dif- férentes, de la paroi interne à l'externe. Cette glande est divisée proprement en deux parties ayant la figure d'un croissant à peu près, et qui ne se touchent que par leurs deux cornes ? qui sont dirigées en avant. L'humeur qu'elle sépare produit la coque de l'œuf de ces animaux ; et la forme de cette coque tient sans doute à celle de la surface glanduleuse. Au-delà de cette glande, chaque oviducte forme un large canal, qui va se terminer sur les côtés du cloa- que, tandis que le rectum y aboutit en dessous. Leurs deux orifices y sont bordés, du côté interne, d'un repli en guise de valvule. ABT. V. OVIDUCTES DES POISSONS. 91 [L'oviducte de ce type a des fonctions multiples à remplir, et dans ce but, comme on vient de le voir une organisation très compliquée. C'est d'abord un organe conducteur de la semence vers l'ovaire, pour la fécondation, et à cet effet, sa muqueuse doit être pourvue de cils vibratiles. Il reçoit ensuite l'ovule fécondé qui n'a encore ni albumen , ni membrane de la coque, ni coque elle-même. La première partie de ce conduit, qui précède la glande, la revêt d'albumen et de son chorion, et la seconde partie ou la glande, produit, cbezles ovipares, la substance de sa coque, et lui sert de moule. La troi- sième partie est essentiellement un canal de transmis- sion au dehors, dont les parois sont armées d'une couche musculaire plus forte , dans ce but. Dans une raie batys de grande dimension, la pre- mière partie était un boyau étroit d'environ o m ,3oo de long, et dont le diamètre avait o m ,oio. Ce boyau se dilatait en entonnoir et prenait un diamètre de o m ,o45, pour s'épanouir dans la cavité de la glande; ses parois avaient des plis longitudinaux, et dans les intervalles , des plis réticulés beaucoup plus petits. La glande était très épaisse; elle avait, dans sa plus grande largeur, mesurée à l'extérieur, o ,u , 1 80, et o m , 1 5o dans sa cavité. Sa longueur ou sa hauteur, à chaque bout, était de o m ,o8o; sa substance était blanche et se composait de tubes plats, parallèles, allant de la sur- face externe à la surface interne de ses parois et s'ou- vrant dans sa cavité. La muqueuse qui la tapissait avait une structure ferme et résistante. Elle était épaisse, de couleur rougeâtre, et dans sa coupe on voyait les tubes la pénétrer en changeant de couleur. 92 XXXII e LEÇON. CtÉlNÉRATION des vertébrés. Chaque paroi supérieure et inférieure de la glande présentait un sillon transverse, bordé en avant dune série de pores. On en remarquait un grand nombre dans toute la surface de chaque paroi , en avant et en arrière du sillon , qui laissaient suinter des gouttelettes de ma- tière. Ces parois montraient de plus des stries transver- sales. Au-delà de la glande, l'oviducte avait o m ,180 de long, et o m ,o35 de large. Chez les Squales et les Raies vivipares, la com- position de l'oviducte est plus simple; on n'y trouve pas cette glande, ou bien elle est très peu développée, l'œuf ne devant pas avoir de coque épaisse.] Elle n'était pas sensible dans une torpille que nous avons ouverte , et dont les ovidnctes incubateurs étaient remplis de petits. [La muqueuse de ces oviductes , dont la seconde partie devient un organe d'incubation , montre ordi- nairement des plis longitudinaux, quelquefois frangés ou villeux , qui servent au déploiement des parois de l'oviducte, à mesure que le volume des fœtus qu'il renferme le rend nécessaire. Dans la torpille {torpédo ocidata), ces villosités sont aplaties et élargies en forme de spatule (i); il n'y a que des plis longitudinaux , sans villosités dans la tor- pédo maculata (2). Dans une femelle de Milandre (Sq. Galeus, L.) , la première portion de l'oviducte avait un petit diamètre et des parois minces, surtout dans le pavillon. (1) Anatomicîie disamine sulle torpedini, Jette dal s.ocio ordinario Stefano délie Chiaje, nella tornata de' 10 aprile , i83p,p. 10 et pi. fig. i. (3) J. Muller, o. c. , p. 56. ART. V. 0VIDLCTK3 DES POISSONS. 93 La muqueuse y présentait des rides longitudinales, plutôt que des plis. Cette première partie de l'oviducte, après un trajet de o m ,î2, se terminait dans celle en- tourée par la glande, qui était très peu développée, et dont la paroi interne avait deux culs-de-sac contournés en spirale. Au-delà de cette glande, Toviducte incuba- teur se dilatait considérablement; il avait trois fois et demie la longueur de l'oviducte propre. La muqueuse n'y montrait ni plis ni rides. Dans un émissole lisse (mustelus lœuis J. M.) nous avons vu l'embouchure commune des oviductes former une fente longitudinale, dont les lèvres étaient renflées en bourrelet et plissées. La première partie de chaque oviducte se composait d'un canal court et étroit, d'en- viron o m ,o6 de longueur totale. Une petite glande cor- diforme ne tardait pas à l'envelopper. Il reprenait en- suite son petit diamètre pour se terminer au fond d'une vaste poche ou de l'utérus. Chaque oviducte incubateur était également développé et formait une grande ca- pacité oblongue d'environ o m ,i7 de long, qui renfer- mait, l'un sept foetus et l'autre six, ayant chacun leur placenta très adhérent à ses parois , qui étaient très peu épaisses. Les fœtus avaient environ o m ,20 de long ; leur queue était repliée. Dans la mourine iiarinari, il n'y a qu'un oviducte gauche , dont la première partie commence contre le diaphragme, au-dessus des attaches du foie, par un orifice rond , et plissé en long dans tout son portour. Cette première partie n'a pas plus de glande que les oviductes des torpilles. C'est un canal étroit , à diamè- tre égal, d'environ un décimètre de long, qui a son em- bouchure dans le fond d'une large poche ou de Fovi- 94 XXXII e LEÇON. GENEE 4TI0N DES VEBTEBRÉS. ducte incubateur. Cette seconde partie , dont la longueur est à peu près la même que celle de la première, et la plus grande largeur de sept à huit centimètres , s'ouvre à la paroi supérieure du cloaque. Ses parois sont extrêmement épaisses et, en grande partie , glanduleuses. Du côté de leur face interne, dans une profondeur de près de trois à quatre millimètres, elless e composent de filets entrelacés , formant des mailles irréguliéres. Vient ensuite une couche glanduleuse , épaisse de près d'un centimètre, compacte, dans laquelle on dis- tingue des tubes parallèles, dirigés en travers, de l'extérieur à l'intérieur. Cette partie glanduleuse a pour enveloppe une couche musculaire , revêtue elle-même d'une mem- brane péritonéale. Le sterlet (accipenses ruthenus) aurait (1) une organisation intermédiaire entre loviducte libre des Sélaciens, et les canaux péritonéaux des lamproies, etc. Un court canal péritonéal, ouvert à la paroi supérieure de l'abdomen, à parois intérieures lisses, se porte en arrière le long du rein , et ne tarde pas à se terminer dans l'uretère de son côté. Les oeufs murs tombés dans la cavité abdominale passent par ce canal et par l'ure- tère correspondant, mais ils ne paraissent recevoir aucune modification dans le premier, qui n'est pas un véritable oviducte. Remarquons encore, avant de terminer, que lovi- ducte n'est pas toujours la seule partie où se complètent (i) Suivant MM. Brandt et Ratzbury, Zoologie médicale, t. II, pi. IV, % 8. ART. V. OVIDUCTES DES POISSONS. 95 les œufs des poissons , ni le seul organe où ils se déve- loppent. L'ovaire produit nécessairement, ainsi que nous l'avons dit, un chorion et une sérosité albumineuse chez les pœcilies pour le développement libre de l'em- bryon dans cet organe. Il sécrète une coque et un chorion et une couche très mince d'albumen, chez les poissons ovipares qui n'ont pas d'oviducte , et dont les œufs complets tombent de l'ovaire dans la cavité abdominale, pour être rejetés au dehors. Ces œufs sont ordinairement libres, sépa- rés, sans enduit glutineux (ceux des salmones). Les anguilles cependant les rendraient agglutinés par petits pelotons, dans une sorte» de nidamentum (1). La coque et le nidamentum , ou la substance gluti- neuse au moyen de laquelle les poissons attachent leurs œufs aux corps submergés, sont généralement fournis par les parois de l'oviducte ; et quand cette coque doit être épaisse et dune forme très particulière, nous venons de voir chez les Sélacines ovipares et les chimères une glande qui en produit la matière abon- dante et une cavité qui la moule.] (i) Voir l'article anguille, par M. Valenciennes y du Dict. univ. d'hist. natur. , de M. Gh. d'Orbigny , t. I, p. 5o4- 96 XXXIII' LÉCON. ORGANES PBÉPARATEURS MALES. TRENTE-TROISIÈME LEÇON. DES ORGANES PRÉPARATEURS ET MODIFICATEURS DU SPERME CHEZ LES MALES DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. Ce sont, dans ceux où cet appareil d'organes est le plus compliqué : i° les testicules, qui préparent le sperme et le conduisent, soit dans un réservoir par- ticulier, soit dans un canal, d'où il est de suite trans- mis au dehors, soit dans un cloaque duquel il est de même rejeté; 2° les vésicules séminales, qui lui servent de réservoir; 3° les prostates; et l\° les glandes de Cowper, qui séparent une humeur dune nature quel- conque, destinée à être mélangée avec ia première pendant le coït. [Nous diviserons cette leçon en deux sections. Dans la première , nous décrirons les glandes qui séparent le sperme, appelées si improprement testi- cules ; nous ferons connaître les voies que suit la se- mence pour sortir du corps ou pour arriver aux or- ganes d'accouplement, quand ils existent; nous décri- rons la composition chimique, physique et organique du sperme. Dans la seconde section, nous nous occuperons des organes modificateurs du sperme, ou de ses réservoirs, et des glandes qui sécrètent une humeur destinée à se mélanger avec ce liquide dans les voies qu'il suit pour sortir du corps. ART. ï. GLANDES SPEÎtMAGÈNES. 1)7 SECTION I. DES ORGANES PRÉPARATEURS DU SPERME, DE LEUR CANAL EXCRÉTEUR ET DE LEUR PRODUIT DANS LES ANIMAUX VERTÉBRÉS. ARTICLE I. DES GLANDES SPEKMAGÈNES OU DES TESTICULES. Ces glapdes sont toujours paires chez tous les ani- maux de ce type; mais leur structure et leur position peuvent varier considérablement. A. Dans r homme. Les testicules ou les glandes spermagènes sont au nombre de deux, comme dans tous les animaux ver- tébrés. Depuis le septième mois de la vie fœtale, ils sont suspendus au-dessous du bassin , dans une espèce de bourse, le scrotum, qui n'est autre cliose qu'un pro- longement de la peau. [Nous reviendrons sur la composition de cette poche, après avoir fait connaître leur forme et leur organisation.] Les testicules proprement dits ont une forme ovale. Ils ont pour enveloppe extérieure un prolonge- ment du péritoine qui compose leur tunique vaginale, et se comporte à leur égard comme tout le reste de cette membrane à l'égard des viscères abdominaux; c'est-à- dire que c'est un. sac fermé ou à peu près, dans l'adulte, qui les contourne et leur adhère dans une par- 8. 7 98 XXXIII e LECOÏN. ORGANES PREPARATEURS MALES. tie de la surface externe de ses parois, repliée pour cela dans l'autre partie, qui reste libre. Leur tunique propre se distingue par sa blancheur , qui Fa fait appeler aîbuginée; par son tissu ferme et serré , et par sa texture fibreuse. La substance des testicules est de couleur grisâtre et d'apparence homogène. Examinée avec soin, elle na présenté qu'un lacis de canaux, extrêmement nom- breux et déliés, remplis de liqueur séminale, et entre- lacés de vaisseaux sanguins, de lymphatiques, et sans doute de beaucoup de filets nerveux. Plusieurs des canaux séminifères se rendent dansl'épididyme à tra- vers le corps cï Highmore , dont la substance compacte forme une saillie longitudinale le long de ia paroi interne de falbuginée qui répond à l'épididyme. 11 part de ce corps un assez grand nombre de fila- ments ou de lames qui séparent les conduits séminifères en faisceaux, dirigés en travers (i), et vont se fixer dans les points opposés de l'albuginée. C'est de ce même corps que rayonne une partie des vaisseaux sanpuins qui pénètrent dans la substance du testicule ; il est encore le rendez-vous des conduits séminifères qui paraissent converger vers lui. [Ces conduits, extrêmement repliés sur eux-mêmes, que Ion a cru former des tubes isolés, auraient entre eux, suivant^//. Lauth, des anastomoses assez fré- quentes. A deux ou trois centimètres du corps àHigh- inore , ils se redressent, au lieu de continuer d'être flexueux, et forment dans l'épaisseur de ce corps, en (i) Ce sont ces faisceaux qu'on a désignés sous les noms de lobes et de fabules. ART. I. GLANDES SPERMAGÈNES DANS L'HOMME. 99 s'anasto ni osant entre eux, un réseau (rete testis) qui sert sans cloute à mélanger le sperme et à îe rendre plus homogène. Le calibre moyen des vaisseaux séminifères non in- jectés est de i / 1 85 de pouce; et non injectés, d 1/147; ^ eur nom ^ re varie de83i à 857 ; leur longueur moyenne est de 1 760 pieds; c'est i>5 pouces pour cha- que conduit séminifère. Ces mesures, prises par Al. Lauth , diffèrent de celles indiquées par Monro, qui avait trouvé 3oo canaux sér miuifères de 11 pieds 3 pouces de long, faisant en tout une longueur de 3378 pieds. A leur origine , ces canaux forment un réseau qu en laisse très peu de libres. Près de leur terminaison , ils ont un diamètre de 1 / 1 20 à 1 / î 08 de pouce. Telle est la structure intime de cette glande, dont la partie chargée de la sécrétion du sperme paraî' vasculaire , comme celle qui doit le porter au dehors et qui se continue avec la première (1). La position des testicules de l'homme et de la plupart (1) Voir, pour la structure intime du testicule humain, le mémoire d\, u Lauth inséréparmi ceux de la Société d'Histoire naturelle de Strasbourg, t. I. Les belles pîanclies de ce mémoire ont été faites d'après des prépa- rations injectées au mercure, qui sont conservées dans le Musée anatomiquo de la faculté de médecine de Strasbourg, mais qui ont déjà beaucoup perdi de leur perfection, comme cela arrive toujours par l'action de ce métal. Il est à regretter q^jl Al. Lauth n'ait pas profité de la première édifier» du présent ouvrage pour compléter l'hisioire du corps d'Highmore et en observer la structure chez les mammifères, où son développement est le plus considérable. Postérieurement au travail de M. AL Lauth , ont paru , dans les Archives d'anatomie et de pliysiologie de J. Muller, pour Tarnu i83y , des fragments sur le même sujet, par M. Krause. ICO XXXIII e LEÇON. ORGANES PREPARATEURS MALES. des mammifères hors du bassin , clans une bourse cu- tanée suspendue sous les pubis, est un caractère tout particulier de cette classe, que nous ne retrouverons dans aucune autre du règne animal. Cette bourse, ou le scrotum, fournie nar une exten- sion du derme, a une structure appropriée à la fonc- tion quelle doit remplir : celle de protéger les glandes spermagènes et de leur transmettre certaines excita- tions qui peuvent contribuer à l'orgasme vénérien.] Sa surface est hérissée de poils épars ; elle est dou- blée par un tissu cellulaire cotonneux, qui ne contient jamais de graisse, et se distingue encore par sa grande contractilité, au moyen de laquelle la peau du scro- tum, qui lui est adhérente, se fronce dune manière extrêmement sensible. Ce tissu, qu'on appelle dartos, est la seconde enveloppe des testicules, et se compose de deux poches adossées et formant entre elles une cloison qui les sépare. Outre le mouvement que leur imprime son action , ou celle de la peau du scrotum en général, les testicules peuvent encore être soulevés par un muscle dont les fibres tirent leur origine de l'oblique ascendant, traversent l'anneau suspubien, en suivant le cordon des vaisseaux spermatiques jusqu'au testicule, $Ui' lequel elles s'épanouissent : c'est le crémaster. [Entre cette tunique nmsculeuse et les dartos , il existe une tunique fibreuse très apparente dans l'état physiologique.] Les principaux vaisseaux sanguins des testicules sont ies artères et les veines spermatiques. / Les artères spermatiques naissent ordinairement de l'aorte après les rénales, à quelque distance l'une de l'autre, et se portent en dehors et en bas, pour gagner ART. I. GLANDES SPERMÀOÈNES DANS LES MAMMIFÈRES. J<>{ Je cordon des vaisseaux spermatiques: elles forment dans ce cordon deux faisceaux d'artérioles, dont une partie se distribue aux enveloppes du testicule, et qui percent ensuite, L'un l'épididyme et l'autre la sub- stance du premier. Les rameaux de l'épigastrique, de l'ombilicale, de la honteuse interne et des honteuses externes, concourent, avec ces artères, à porterie sang au testicule, et particulièrement à ses envelop- pes, lis ont des veines analogues ; les spermatiques sont remarquables par les valvules qu'elles ont, contre l'ordinaire des veines des viscères, et par le plexus épais connu sous le nom de corps pampiniforme, qu'elles forment au sortir du testicule , et qui s'étend à travers l'anneau jusque dans l'abdomen; elles se rendent dans la veine cave , dans les émulgentes, et même dans les lombaires et les iliaques. [Les nerfs des testicules sont des nerfs ganglion- naires. Ils proviennent du plexus spermatique et du plexus hypogastrique. Le plexus spermatique, qui re- çoit des rameaux du plexus rénal, du plexus aorlique et du mésentérique supérieur, accompagne l'artère spermatique et s'anostoinose avec le plexus hypogas- trique, par les filets que celui-ci envoie au canal défé- rent. Les nerfs des deux plexus se joignent vis-à-vis de l'anneau inguinal et s'identifient tellement avec les tu- niques des vaisseaux du cordon, qu'on ne les suit jus qu'au testicule qu'avec la plus grande difficulté (1). MM. Krause et J. Muiler les ont suivis, depuis la (i) Voir J. Swan, Névrologie du corps humain. Paris, 1 838 , pi. V et. VI, et les notes de M. Chassaiqnac. p. 36. 102 XXXIII e LEÇON. ORGANES PREPARATEURS MALES. racine du pénis jusqu'à ia proximité du plexus hypô- gastrique inférieur. Ils ont remarqué que ces filets nerveux ont une couleur grise (i).] Les enveloppes du testicule reçoivent des nerfs lom- baires. En générai, les nerfs de ces organes leur donnent une sensibilité exquise qui les distingue de tous les autres organes sécréteurs. B. Dans les Mammifères. Les testicules varient principalement dans leur si- tuation, d'où dépend la présence ou l'absence d'un scrotum. Ils sont constamment suspendus dans une semblable bourse chez les Quadrumanes ; chez la plu- part des Carnivores , tels que lesows , les mangoustes, les chats, où on les voit en arrière du bassin, au-des- sous de l'anus; les hyènes , les martes ; chez les Didel- p/ies, tels que les kanguroos et lephascolome, qui ont cette bourse longue et suspendue en devant du bassin, et dans laquelle les testicules sont collés l'un contre l'autre , sans cloison celluleuse intermédiaire; dans les lièvres , où le scrotum est partagé en deux loges assez distinctes; dans les gerboises; chez la plupart des Ruminants , et chez les Solipèdes. Ils sont serrés sous ia peau du périnée, chez les ci- vettes , parmi les Carnassiers ; chez les Pachydermes ; ou sous celle de Faine , chez les loutres, les chameaux ; ils se glissent du bas-ventre dans l'une ou l'autre de ces régions, particulièrement au temps des amours, chez les Chéiroptères; et chez les taupes, les musaraignes et les (i) Archives de J. Muller pour 1837, p. 3o. ABT. I. GLANDES SPERMAGÈNES DANS LES MAMMIFÈRES. 103 hérissons , parmi les Insectivores, et dans le très praticJ nombre des Rongeurs , tels que les rats, les cochons d'Inde, les agoutis ,1e porc-épic , le castor, Y ondatra, les écureuils. Ils restent constamment dans l'abdomen, placés à côté des reins, dansl' éléphant', le daman, les Carnassiers amphibies et les Cétacés ; dans Xéchidnc et Xornithorkynque. Dans ce cas ? ils sont enveloppés et retenus en position par une production du péritoine très analogue aux ligaments larges de la matrice, et ils manquent de crémaster. Ce muscle , destiné à les soutenir ou à les faire changer de position, lorsqu'ils en sont susceptibles, devenait inutile; mais il existe toutes les fois que les testicules peuvent sortir de l'abdomen, et paraît d'autant plus fort que ces organes sont plus pesants et plus libres hors de l'abdomen. La tunique vaginale est constante. La position pres- que toujours horizontale de la plupart des mammi- fères, diminuant le danger des hernies, la cavité de cette enveloppe communique toujours par un canal étroit avec celle de l'abdomen, chez ceux dont les testicules restent constamment dans le scrotum ; et lorsque ces organes passent alternativement de l'ab- domen sous la peau du ventre, et vice versa, cette communication est si large que la cavité de la tunique vaginale ne forme pour ainsi dire qu'un cul-de-sac de derrière , qui semble prolongée vers le bassin. Llalbuginée ne présente de différence que dans son épaisseur; elle est ordinairement assez mince dans les petits animaux, pour que l'on puisse très bien distinguer, à travers , les vaisseaux séminifères. Les testicules varient peu pour la forme; ils sont généralement de figure ovale , comme ceux de 104 XXXIlT LEÇON. ORGANES PREPARATEURS MALES. (homme. Cependant on les trouve quelquefois globu- leux (dans le raton * le blaireau. X éléphant) ; ou 1res allongés ; les Amphibies et les Cétacés en fournissent, des exemples. Leur volume augmente singulièrement dans la sai- son des amours, et cet accroissement est d'autant plus remarquable chez les animaux qui restent engourdis pendant l'hiver que leurs autres parties sont dans un état de maigreur et d'épuisement bien sensible. Aucun Mammifère ne ies a d'une grandeur relative aussi considérable que les Rongeurs , si l'on en excepte la taupe et les autres Insectivores. Chez tous ces ani- maux, cette grandeur excède ordinairement celle des reins. Il est remarquable que précisément les Rongeurs ne manquent jamais de vésicules séminales, et qu'ils ont le plus souvent encore des vésicules accessoires, tant sont multipliés chez eux les moyens de propagation : aussi sont-ils les plus féconds de tous les Mammifères. Quant à la structure intime des glandes sperma- gènes , elle est au fond toujours la même, c'est-à-dire toujours composée de vaisseaux séminifères, etc. Mais la disposition et la grandeur relative de ces conduits paraissent varier beaucoup; ce qui peut faire présumer qu'il existe encore dans cette structure d'autres diffé- rences moins apparentes, mais capables , avec les pre- mières , d'influer sur les qualités de la semence , et de leur en donner de différentes, dans les divers animaux. Tantôt les conduits séminifères sont assemblés en gros faisceaux, comparables à ceux d'un muscle, et dirigés tous dans le même sens, soit transversa- lement, soit obliquement. Les papions, parmi les singes, la plupart des grands Carnassiers , le sanglier, ART. I. Gï.ANDES SPEKMAGEiN'ES DANS LES MAMMIFÈRES. 10.*) le rhinocéros , nous en ont fait voir de semblables. Ceux de Yâne sont beaucoup plus petits que dans les précédents. Ils se voient dans le lièvre, parmi les Ron- geurs. Mais dans la plupart de ceux-ci et particulièrement dans les rats, lts conduits séminifères sont de gros tuyaux parallèles , non réunis en faisceaux et facile- ment séparablesles uns des autres. Dans le bélier, ces conduits, qui sont très distincts, ne sont pas droits, mais vont en serpentant et en se re- pliant sur eux-mêmes. Ce peu d'exemples doit faire espérer d'obtenir quel- ques résultats physiologiques d'un plus grand nombre d'observations faites sur le même objet (1). [Les prévisions que nous exprimions ici dans notre ancien texte, sur les différences des produits de la glande, c'est-à-dire de la liqueur séminale suivant les espèces, d'après quelques différences dans la structure intime de cette glande, out été confirmées de nos jours par l'étude microscopique de cette liqueur et des sper- matozoïdes qu'elle renferme, ainsi que nous le verrons dans l'article IÎI de cette Section.] Pour découvrir le corps à'Highmore dans les mam- mifères, il faut couper en long le testicule, de ma- nière que la section réponde à la ligne qui l'unit à l'épididyme. Ce corps se présente ordinairement, dans ce cas, sous la forme d'un ruban blanc, plus ou moins épais, qui part de l'aibuginée vis-à-vis de la (i) M. AL Lauth les a vus distribués en lobes dans le lapin. Il y a dé- couvert des anastomoses entre les vaisseaux des lobes dillérents. Les ca- naux seminitères du rat lui ont aussi t'ait voir des anastomoses. 106 XXXIII e LEÇON. ORGANES PREPARATEURS MALES. tête de l'épididynie , ou immédiatement au-dessous, et traverse le milieu du testicule, dans sa longueur, en formant une courbe dont la concavité regarde lepi- didyme. 11 n'atteint pas l'autre extrémité du testicule; mais se termine brusquement dansson tiers postérieur, ou même pins tôt, sans avoir diminué de largeur aupa- ravant. La lame interne de l'albuginée se replie évi- demment chez plusieurs mammifères (le sanglier entre autres), pour former ce corps : il en part un grand nombre de lames ou de filaments, dont les plus éloignés de l'origine du corps d'Higbmore paraissent simplement celluleux, et dont les premiers qui s'en détachent sont fort résistants et évidemment fibreux. Ces filaments ou ces lames pénètrent en différents sens la substance du testicule, et vont s attacher d'au- tre part à toute la circonférence de ses parois. Les principales artères du testicule paraissent ram- per le long de ce corps, et c'est de ses différents points qu'elles envoient, dans la substance du testicule , leurs plus fines ramifications. Sa coupe longitudinale fait voir, dans les grands animaux, quelques orifices de conduits : ils sont plus nombreux dans un même es- pace de sa coupe transversale; les plus gros paraissent au centre de cette coupe et les plus fins à la circonfé- rence. Ce corps s'amincit beaucoup quelquefois en s'approchant de l'épididynie , et en se déviant du plan qu'il avait parcouru; il ne semble plus que composé d'un faisceau de quelques cordons parallèles. Les conduits séminifères ou leurs faisceaux convergent évidemment vers tous ses points. Telle est sa structure apparente et sa disposition la plus générale. Il paraît d'autant plus fort et plus épais, ainsi que ART. I. GLANDES SPEP.MAGÈNES DANS LES MAMMTFERES. 107 Jes lames ou les filaments ligamenteux qui en partent, que le testicule est plus volumineux. Dans plusieurs, sa disposition n'est pas comme nous venons de le dire, mais elle est semblable à celle qu'il a dans l'homme : le kanguroo géant en est un exemple, Plusieurs petits Mammifères [les rats) n'ont rien de semblable dans le milieu du testicule , et on n'y voit pas bien distinc- tement, le long de l'albuginée, une proéminence qui indiquerait sa présence du côté de l'épididynie. [J'ajouterai ici quelques unes des observations par- ticulières que j'ai faites déjà en i8o5 , pour la descrip- tion générale qu'on vient de lire. Chez le mandrill, le corps d'Highmore est dans la substance même du testicule, du côté de l'épididynie. Coupé en travers, il présente un grand nombre de petits orifices, plus petits dans sa circonférence que dans son axe. Celui du chien est légèrement arqué et pénètre clans la substance du testicule depuis la tête de l'épididyme jusqu'au troisième tiers de son axe longitudinal. Les productions qui en partent, comme des rayons, en se dirigeant obliquement en dehors et vers l'extrémité opposée de la glande, sont minces et comme celluleuses. Celui du lièvre forme comme une anse dont la concavité regarde l'épididynie, en pénétrant dans l'axe longitudinal du testicule. Il a son origine bien en deçà de la tête de l'épididyme, et se termine à la fin du second tiers du grand axe de la glande. Des vaisseaux sanguins nombreux partent évidem- ment de ce corps, ou s'y rendent. il est aussi évidemment l'aboutissant des faisceaux des séminifères. 11 devient très fin près de l'épididynie, dans lequel 108 XXXIII e LEÇON. OBGAKES PI EPARATEUKS MALES. il aboutit. Sa coupe transversale montre plusieurs ori- fices des vaisseaux qui pénètrent dans son épaisseur. Dans Xagouti, parmi les Rongeurs, nous avons vu, dans une coupe longitudinale du testicule, les faisceaux des séminifères se rendre vers le corps à'Highmore, qui prend ici une couleur jaunâtre, comme celle des vais- seaux séminifères. Je n'ai pu apercevoir de corps d'Highmore, ni dans le cochon d Inde ni dans le rat. Dans le sanglier, parmi les Pachydermes, le corps d'Highmore est d'une substance fibreuse, résistante; sa structure paraît en même temps vasculaire. Les fais- ceaux des séminifères, séparés les uns des autres par les productions fibro-cellulaires, partant de ce corps et se croisant en différents sens, s'y rendent évidem- ment. Dans le testicule du rhinocéros on peut suivre le corps d'Highmore, dans presque toute la longueur de l'axe longitudinal de cette glande, depuis la tête de l'épidi- dyme, qui contourne le sommet du testicule. Sa coupe longitudinale montre un grand nombre d'orifices de vaisseaux. Il envoie des lames ligamen- teuses dans toutes les parties du testicule. Dans le testicule de Varie , c'est en deçà de la tête de l'épididyme que le corps d'Highmore aboutit à cette partie accessoire du testicule : aussi est-il plus arqué pour gagner Taxe longitudinal de la glande, dont il n'atteint pas le troisième tiers. Dans le chameau, le corps d'Highmore est très ten- dineux. Il eu part un assez grand nombre de lames ou de fileis qui gagnent l'albuminée en se portant oblique- ment en dehors et en arrière. ART. I. GL ANDES SPEEMAGÈNES DANS LES MAMMIFÈRES. 109 Dans le bélier, le corps d'Highruore commence vers la tête de lepididyme, et se porte tout le long du orand axe du testicule , en formant une courbe comme cet axe, dont la concavité regarde lepididyme. Sa coupe présente des orifices de vaisseaux et des cellules. Sa substance est blancbe et d'apparence tendineuse. Les vaisseaux séminifères s'y rendent de toutes les parties de la glande , et il en part des productions sinueuses qui rayonnent obliquement vers les parois internes de l'albuminée. Chez le kanguroo géant , le corps d'Highmore dou- ble l'albugiuéé, et ne se prolonge pas dans l'axe du testicule. Il s'amincit beaucoup avant de joindre la tête de l'épidiclyme, qui ne tient au testicule que dans cette partie.] On peut, à ce qu'il nous semble, conclure de ces faits que le corps d'Highmore sert à plusieurs usages : c'est une sorte de ligament qui affermit et soutient la masse délicate du testicule , en donnant attache aux lames ou filaments qui la traversent : il réunit les principaux vaisseaux séminifères et les protège jusqu'à l'épidiclyme. En donnant un appui aux principales artères, ne préserverait-il pas du froissement les plus déliés des conduits sémmiières, qui ne s'entrelacent avec ces artères que lorsqu'elles sont très divisées? [Dans les trois classes suivantes des vertébrés et dans tous les animaux sans vertèbres, nous ne trouverons plus les glandes spermagènes apparentes au dehors, dans une bourse cutanée, organisée pour cet usage. Tous les autres animaux où elles existent les ont eu- fermées dans leur cavité viscérale, comprenant au moins les principaux organes d alimentation.] liO XXXIII e LEÇON. ORCxANES PRÉPARATEURS MALES. G. Dans les Oiseaux. - Les testicules des Oiseaux restent constamment dans la cavité abdominale, immédiatement en arrière des poumons , sous la partie antérieure des reins, où ils touchent à l'aorte et à la veine cave. Leur volume varie beaucoup, suivant \es espèces et dans les indivi- dus dune même espèce, selon la saison ; il augmente considérablement dans celle des amours (i), comme dans les mammifères, et prend dans plusieurs, tels que le coq, les canards, une grosseur extraordinaire, qui ne se voit, proportion gardée, dans aucun des premiers animaux. Le gauche est assez généralement plus gros que le droit, [et cette différence de volume est quelquefois telle qu on ne peut s'empêcher de saisir une certaine analogie avec le développement des ovaires ou des oviductes des femelles, ainsi que la fait M. Curas. Nous avions trouvé, dans nos observations de i8o5 entre autres, le testicule gauche de Voie une fois plus grand que le droit.] Leur forme est allongée, ovale ou arrondie. Us ont, comme dans la première classe , une mem- brane péritonéaie qui les fixe dans leur position . et une membrane propre, dont la surface interne donne attache à des filaments fibreux qui traversent la sub- stance du testicule. Celle-ci est un amas de conduits séminifères extrê- mement fins , moins gros et moins distincts que dans (i) Chez le moineau, son diamètre longitudinal est douze fois aussi grand à l'époque du rut qu'avant cette époque. ART. I. GLANDES SPERMAGÈNES DANS LES OISEAUX. 111 les mammifères. On n'y voit pas, comme dans beau- coup de ces derniers, de corps d'Highmore qui pénétre- rait dans le milieu du testicule; les principaux conduits efférents se rendent vers le milieu du bord interne de cet organe, endroit où l'épididyme lui est uni le plus intimement. [Dans le casoar à casque, nous avons trouvé tout l'intérieur du testicule, dans une coupe longitudinale qui le partageait en deux moitiés à peu près égales , divisé par des lames ou des rubans à bords dentelés, réunis par des branches plus étroites, et formant en- semble comme un réseau dont les mailles étaient plus nombreuses vers ïe bord épididymique. Ces mailles étaient remplies d'une humeur épaisse, qui s'échappait des vaisseaux séminifères.] D. Dans la classe des Reptiles. [Tous les Reptiles mâles ont deux glandes sperma- gènes situées dans la cavité abdominale, plus ou moins en avant ou en arrière, et constamment en rapport avec les reins, sous lesquels ou au-devant desquels elles sont placées. Leur structure intime n'étant pas la même dans les deux sous-classes dont se compose cette classe, nous les décrirons successivement dans Tune et dans l'autre,] i . Chez les Reptiles propres. Dans les trois ordres de cette sous-classe, leur situa- tion et leur structure sont très analogues à celles qu'ils ont dans les oiseaux. 112 XXXIII e LEÇON. ORGANES PREPARATEURS MALES. On les trouve constamment collés contre la face inférieure des reins, qui sont dans le fond de la cavité abdominale (chez les Chéloi tiens ■; ou en avant de ces viscères, de chaque côté de la colonne épinière (\es Sauriens ) ; situés de même, mais le droit plus avant que \c gauche, chez les Ophidiens. Leur forme varie dans les différents ordres de cette sous-classe. [Elle est plus ramassée lorsque le corps lui-même est plus épais; plus allongée chez les Ophidiens et les Sau- riens , dont le corps est plus allongé.] Leur substance présente, dans les tortues, de gros faisceaux de canaux divisés en différents sens et réunis par du tissu cellulaire. Ces faisceaux sont fins , cylin- driques, et facilement séparables dans les lézards. [.l'ai trouvé dans le lézard vert piqueté le testicule droit plus avancé que le gauche de toute sa longueur; mais cette position n'est pas constante. C'est quelque- fois le gauche qui est en avant. L'un et l'autre sont situés bien avant les reins, qui sont très reculés chez les animaux de cet ordre. On reconnaît encore généralement, dans cette sous- classe, à côté du testicule proprement dit, le commen- cement de son canal déférent, sinueux et replié (t formant le peloton qui caractérise l'épididynie.] 2. Dans la sous-classe des Reptiles amphibies), [a. L'ordre des Ophidio-batraciens (t), qui ne com- prend que les céciliès , a deux glandes spermagènes étroites et longues , dont Tune , celle de droite, est un (i) Les bramèles de MM. Duméril et Bibron. ART. I, GLANDES SPEBMAGENES CES KEFTÎLES. 113 plus avancée que celle de gauche, comme chez les Ophidiens ( 1 ). b. Les testicules des Batraciens anoures ont une forme plus constante, plus régulière que ceux des Ba- traciens urodèles. Nous décrirons d'abord les premiers, d'après la grenouille verte. Situés très en avant dans la cavité thoraco-abdomi- nale, de chaque côté des vertèbres, ils y sont fixés sous les reins et rapprochés l'un de l'autre, par un repli di péritoine, qui les enveloppe comme d'une gaze noire. Leur forme est ovale, et leur gros bout, dirigé en avant , a pour appendices des corps graisseux divisés en lobes, contenant chacun un arc vasculaire sauguin. De leur face supérieure , un peu au-delà du bord interne, sortent au moins huit à onze canaux séminifè- res , qui se portent immédiatement dans la partie cor- respondante du rein. On peut distinguer, dans la structure intime de la glande spermagène de ces Batraciens , une partie cor- ticale composée des capsules déjà indiquées parSwàm- merdam , dont le fond aboutit à la surface de la glande et dont l'autre extrémité est dirigée vers l'axe de ce même organe. Ces capsules sont liées entre elles par un tissu cellulaire,* dans lequel rampent les vaisseaux sanguins. La partie centrale de la glande est formée elle-même de canaux dont la disposition est différente; ils sont repliés, et ils mont paru être l'aboutissant des capsules 9 (l) Voir notre planche des Cécilles^ n° 36 ter. (q. et cj' de la fig. r) prande édition du Règne animal, de G. Cuvier. — Reptiles. 8. 8 114 XXX1U 6 LEÇON. ORGANES PREPARATEURS, ETC., MALES. corticales et se continuer dans les canaux séminifères efférents. c. Parmi les Batraciens uwdèles , les salamandres et les triions ont leurs glandes spermagènes situées sous les reins, dans un large repli du péritoine, qui contient dans son bord libre un corps graisseux cylindrique , ou de différente forme , dont le volume varie beau- coup , ainsi que celui du testicule, durant l'épcque du rut , ou hors de cette époque. Nous avons trouvé les testicules simples, de forme allongée , irrégulièrement cylindrique , dans le triton alpestre et dans lasalamandre noire ; tandis que dans la salamandre commune et dans le triton à crête, ils sont divisés en deux ou trois lobes principaux et plusieurs autres plus petits. Les pédicules qui joignent ces prin- cipales divisions sont ordinairement tordus ou con- tournés en spirale, d'autant plus que les parties du testicule sont plus distendues, comme cela a lieu à l'époque du rut. Ces pédicules ne sont composés que de Falbuginée, qui est ici réduite à un simple tube revêtu du péritoine. Les divisions des testicules sont plus nombreuses clans le triton à crête que dans aucune autre espèce. Elles peuvent varier d'un testicule à l'autre dans le même individu; elles varient encore avec l'époque du rut, durant laquelle ces étranglements se multiplient. Les lobes principaux qu'ils séparent ne se déve- loppent pas simultanément au même degré, ainsi que les spermatozoïdes qu ils renferment, ce qui leur donne un aspect et une nuance de couleur très différents. Àiusi nous avons vu dans un testicule de triton à AHT. I. GLANDES SPERMAGENES DES REPTILES. 115 crête , qui était divisé en trois parties, la première de ces parties, qui était la seconde pour le volume, de cou- leur gris de perle, avec une teinte rougeâtre; elle était sillonnée de vaisseaux sanguins injectés. La seconde était oblongue et jaunâtre; c'était la plus volumineuse. La troisième , la plus petite des trois , était sphéri- que et opaline. L'organisation intime de ces trois parties était essen- tiellement la même ; mais il n'y avait de spermato- zoïdes que dans la seconde ; les deux autres ne ren- fermaient que des vésicules sphériques. Dans un autre triton à crête, en plein rut, toutes les parties des testicules, dont les divisions étaient au nombre de cinq et même de sept, étaient remplies de spermatozoïdes. La structure intime des glandes spermagènes se rapporte au type que nous venons de décrire dans les Batraciens anoures. En dedans de l'enveloppe pro- pre de ces organes, ou de leur albuginée , se voient un grand nombre de vésicules glanduleuses , sphériques, obiongues, coniques, formant plusieurs couches con- centriques. Elles sont séparées par un tissu libro-cel- iuleux plus dense, plus opaque, production de l'al- buginée, formant autant de cellules qu'il y a de capsules glanduleuses, et dont l'ensemble figure une ruche d'abeilles. C'est dans ce tissu que rampent les vaisseaux san- guins et probablement les canaux séminifères qui portent dans les canaux efférents le produit de la sé- crétion de ces glandes. Chaque capsule primaire renferme, avant l'époque du rut et au commencement de cette époque , un cer- 116 XXXIII* LEÇON. ORGANES PRÉPARATEURS , ETC., MALES. tain nombre de capsules génératrices, remplies de granulations ou de germes de spermatozoïdes. En plein rut, ces granulations se sont transformées en spermatozoïdes, qui forment autant décheveaux pe- lotonnés qu'il y avait de capsules génératrices. Ces pelotons de spermatozoïdes restent distincts et sépa- rés, quoiqu'on ne puisse plus apercevoir les parois de la partie qui les renfermait (1). Le protée a des testicules à peu près cylindriques et composés , en partie , de petits canaux flexueux , ser- pentant suivant le sens transversal du testicule.] E. Dans la classe des Poissons. [L'organe producteur du sperme, ou la glande spermagène des Poissons , présente , dans sa structure générale , comme la glande ovigène , trois types dis- tincts. Ce peut être une glande sans canal excréteur, ayant toutes les apparences et la forme de la glande ovigène, que nous venons de décrire chez les lamproies, les anguilles et les salmones. Ou bien c'est une glande en forme de sac, dont le canal excréteur est une continuation de sa cavité, resserrée dans un court espace et se terminant en ar- lière. Il y a encore ici la plus grande ressemblance entre les organes mâles et les organes femelles. Enfin, dans le troisième type, celui des Sélaciens, y compris les chimères , cette glande et son canal ex- . (i) Fragments sur les organes génito-urinaires clés Reptiles par M. Duvernoy, Comptes-rendus des séances de l'Académie des sciences , t. XIX, p. 585 à 600. ART. I. GLANDES SPERMAGENES DES POISSONS. U7 créteur ont l'organisation compliquée quelle présente dans les trois classes supérieures. Nous avions bien distingué ce dernier type , en i8o5, du type le plus général; mais nous avons eu tort de supposer que tous les, autres poissons étaient pourvus de testicules en forme de sac, avec un canal déférent; nous avions méconnu le type de X anguille et des lam- proies. La glande spermagène des poissons est toujours double et rarement symétrique, à la fois dans sa forme et dans son volume. Sa position dans la cavité abdominale sous les reins et la vessie natatoire, quand celle-ci existe, est absolu- ment semblable à la position des ovaires. Elle y est de même retenue par un repli du péri- toine qui renferme ses vaisseaux sanguins et ses nerfs et l'enveloppe de tous côtés. Dans le premier type, celui sans canal excréteur, la forme générale de la glande est celle dune longue bande plissée à ses deux bords, ayant une de ses faces, l'externe, couverte de lamelles membraneuses transver- sales, dans l'épaisseur desquelles se produit et s'amasse le sperme; tandis que la face interne est lisse. Dans ce type en rnancbette , la bande que forme la glande est plissée par son bord supérieur et se déploie par son bord libre, qui est très étendu et festonné en lobes et en lobules. Ici, il n'y a pas de lamelles proligères sur l'une des faces seulement ; mais les granules sperma- tiques se montrent dans toute l'épaisseur de cette lon- gue manchette. Son tissu ne se compose que de deux membranes, l'intérieure ou péritonéale et sa membrane propre. On 118 XXXIII e LEÇON. ORGANES PRÉPARATEURS , ETC., MALES. y reconnaît, à 1 époque du rut, une quantité innombrable de granulations, ou de petites capsules spermatiques , dont la forme arrondie les a fait confondre souvent avec les ovules, du moins chez les anguilles ; ici à la vérité ces capsules ont à peu près le volume des ovules; mais ceux-ci se distinguent par leur forme ovale. Chez les lamproies , les capsules spermatiques sont plus petites, anguleuses; tandis que les ovules sont parfaitement ronds et à surface lisse.] Ceux des autres poissons, connus plus généralement sous le nom de laite, sont de grands sacs en partie membraneux, en partie glanduleux , de forme régu- lière, cylindrique ou conique, ou divisée en lobes. Leur volume augmente singulièrement dans le temps du frai; ils sont remplis, à cette époque, d'une matière blanchâtre, opaque, laiteuse, ou de liqueur séminale. Ils ne paraissent essentiellement composés que de cel- lules, dont les parois, formées d'une membrane très déliée, sécrètent cette dernière liqueur. [Quelque minces que soient ces parois , on doit y re- connaître trois membranes : l'extérieure ou périto- néale, l'intérieure ou la muqueuse, et la moyenne ou orolip'ère, dont le tissu est fibro-celluleux , et doit jouir d'une contractilité très prononcée pour l'expul- sion de la semence, à l'époque du frai, et pour re- prendre le petit volume que montre cet organe après cette époque. La muqueuse et la membrane fibro-cellu- laire forment généralement des replis nombreux trans- verses, parallèles, interrompus, pressés les uns vers les autres, mais qu'il n'est plus possible de démêler â l'époque du frai. Ils sont alors tellement collés les uns rs.ix mitres que tout ce testicule ne semble composé que ART. I. GLANDES SPERMAGÈNES DES POISSONS. 119 d'un tissu homogène, plutôt tubuleux que eelluleux ainsi que l'exprime notre ancien texte. Dans le labrax lupus Guv., toute la surface de la glande spermagène est comme marbrée de petites ta- ches de couleur laiteuse, leurs intervalles, dessinant un réseau jaunâtre. Chacune de ces taches est le fond d'un des innombrables petits ccecums dont se com- pose, en définitive, la substance du testicule. Dans une coupe transversale de l'organe, on les voit confluer de toutes les parties périphériques de la glande , vers la paroi où se trouve le canal déférent. Des canaux séminifères longitudinaux se montrent dans cette même paroi, et viennent se rendre succes- sivement dans le canal déférent. Dans une carpe de trois années, la laite était énorme et s'avançait presque jusqu'au diaphragme. Elle for- mait un sac élargi en avant, se rétrécissant beaucoup en arrière. Son canal déférent, large et court, n'avait qu'un centimètre de long, et se réunissait à son sem- blable, pour se terminer derrière l'anus. Le volume du testicule gauche excédait de beau- coup celui du côté droit, qui avait des divisions ou des lobes plus nombreux et plus profonds. La structure intime de cette glande se compose de petites capsules de forme sphérique ou d'autres for- mes, qui entourent un canal séminifère. Dans le brochet, les petits tubes sécréteurs se divi- sent comme des feuilles palmées. Observés à partir des canaux séminifères, les tubes sécréteurs, en général, se divisent et se sous-divisent de dedans et dehors, et Unissent par ne plus se composer, ^20 XXXIII' LEÇON. ORGANES PREPARATEURS, ETC., MALES. en dernier lieu, que de courts cœcums ou de petites capsules arrondies. Mais ces divisions peuvent être rares ou nombreuses, indépendantes, ou s'anastomosant entre elles et for- mant comme un réseau (1). C'est à l'extérieur de la glande, sous la membrane péritonéale, le long de sa face interne et supérieure, que régnent les troncs artériels et veineux principaux. Leurs branches s'en détachent à angle droit, pour cein- dre transversalement le testicule ; et de ces branches sortent des rameaux, encore à angle droit, qui pénè- trent dans le tissu proligère et y distribuent leurs ramuscules. Le troisième type est celui des Sélaciens et des chi- mères. Leurs glandes spermagènes se composent de deux parties distinctes, le testicule et l'épididyme, qui se déroule en canal déférent. ]Les testicules sont grands, allongés, quoique larges et plats , et s'étendent sous les vertèbres, au-dessus du canal intestinal et de l'estomac. Leur plus grande partie est une agglomération de tu- bercules, de la grosseur d'un pois, pressés les uns contre les autres, et présentant chacun un petit enfoncement au milieu de leur face externe; ils tiennent ensemble par des filaments très forts , et par la membrane extrêmement déliée qui les enveloppe; ils ne parais- sent composés que d'un grand nombre de petits grains ronds , très fins. L'autre partie de ces testicules singu- liers est formée d'une substance glanduleuse homo- gène , qui en occupe en arrière la portion la plus (i) Voir/. Muller, Deglandularum secernentium structura, Lipsia? i83o. PI. xv, fig. 7 où eette structure est représentée flans l'alose. ART. I. GLANDES SPERMAGÈNES DES POISSONS. 121 mince et s'étend sous toute la face inférieure de la portion tuberculeuse. [Ces petits grains ronds très fins, que nous avions dit remplir les vessies pisif ormes qui composent la partie principale de la glande, ont une complication orga- nique que le microscope seul pouvait faire connaître. M. Stannius a reconnu que ce sont de petites capsules contenant un grand nombre de spermatozoïdes, réunis en écbeveaux, disposés comme des rayons près de la périphérie, et roulés en spirale dans le centre de l'ampoule (i). M. Hallmann est allé plus loin en montrant la com- position compliquée de ces vésicules, la génération de cellules dans les unes, et le développement successif des spermatozoïdes dans les autres (2). La grande capsule pisiforme qui renferme ces vé- sicules, que nous appellerons primaires en a , du côté de sa dépression centrale , de plus petites, dont la forme est ovale. Vers le fond, ou la paroi opposée, elles sont plus grandes et spliériques. Toutes tiennent entre elles par un pédicule qui se ramifie et va d'une vésicule se joindre au pédicule de plusieurs autres. Ce pédicule est un canal excréteur dans lequel se meut le contenu des vésicules. Ce canal a o ram ,o32 de diamètre, et les plus grandes (1) Sur les organes mâles de la génération des Sélaciens, par M. H. Stan- nius. Archives d'anatomie et de physiol. de J. Muller, — p. \\» Ber- lin, i84o. (2) Structure des testicules des Raies et développement des animal- cules spermatiques , par Edouard Hallmann ; mêmes Archives et même vo- lume de 1840, p. 4^7* 122 XXXIII e LEÇON. ORGAWElS PREPARATEURS • ETC 5 MALES. vésicules ont un diamètre de o^snS; leur grandeur moyenne est de o mm ,i62. Les parois transparentes de ces vésicules primaires montrent des cellules cubiques ou polygonales, pres- sées les unes vers les autres., attachées à ces parois, qui contiennent un noyau et celui-ci un ou plusieurs nucléoîules. La compression des vésicules primaires détache de leurs parois ces vésicules secondaires et fait passer leur noyau dans le canal excréteur des premières. Ces cel- lules ou vésicules secondaires onto mn, ,0 2i à o nim ,024 (o",ooo8 à o",ooo9) et leur noyau o mm ,oio à o mtn ,oi3 (o fr ,ooo4 à o f ',ooo5). M. Hallmann a vu de nouvelles cellules en forma- tion recouvrir plus ou moins parle côté leur noyau, comme un verre de montre; tandis que ce même noyau était complètement enfermé et libre dans la cellule entièrement développée. C'était évidemment la génération cellulaire surprise par l'observateur , dans certaines de ces vésicules primaires et de leurs cellules polygonales ou vésicules secondaires (1). Dans un autre ordre de ces cellules ou de ces vési- cules secondaires, le même observateur a pu suivre le développement successif des spermatozoïdes. Elles se distinguaient des précédentes par leur plus grand diamètre , l'absence de noyau et par leur con- tenu (2). Beaucoup sont limpides et incolores comme de (1) Voir les fig. 1 et 2 a. 6. c. a, pi, XV de ce mémoire. (2) Iliid. fift, 3, a. b. c. d. ART. II. DE LEURS CANAUX EXCRÉTEURS. 123 l'eau, de forme sphérique, et renferment une, deux, trois et même un plus .grand nombre de vésicules plus petites. Leur grandeur moyenne est de o",ooi8 (o mm ,o486). D'autres ont un grand nombre de taches obscures. Les autres ont des vésicules tertiaires remplies d'une masse granuleuse opaque, qui les rend plus évidentes. Enfin, beaucoup de vésicules primaires contiennent un grand nombre de vésicules secondaires, dont cha- cune renferme un écheveau de spermatozoïdes (i). En dernier lieu , ces faisceaux de spermatozoïdes éelosent, rompent la cellule secondaire dans laquelle ils se sont développés, et paraissent disposés dans la vésicule primaire comme M. Stannius les a vus. il y a la plus grande analogie entre cette structure intime et celle que nous avons fait connaître chez les salamandres. ] ARTICLE II. DES CANAUX EXCRÉTEURS DES GLANDES SPERMAGENES OU DES VOIES QUE SUIT LA SEMENCE POUR PASSER DE CETTE GLANDE HORS DU CORPS OU DANS LES ORGANES d' ACCOUPLEMENT. [La semence peut être immédiatement rejetée au dehors par un très court canal excréteur, comme cela a lieu chez la plupart des Poissons osseux ; ou bien elle n'y arrive qu'après avoir été versée dans la ca- vité abdominale, ainsi que cela se voit chez quelques Poissons des deux sous-classes. Chez les Sélaciens et dans les trois autres classes des (l) Ibitl. f. 4. a. 124 XXXIIl" LEÇON. ORGANES PRÉPARATEURS, ETC., MALES. vertébrés, elle est toujours versée dans les organes ou l'organe d'accouplement , par un canal déférent plus ou moins sinueux, dont le commencement peut être singuîièremert pelotonné^ et porte , dans ce cas, le nom particulier d'épididyme. ] A. Chez V homme. [La glande spermagène proprement dite supporte , du côté externe et supérieur, une partie accessoire dis- tincte , de forme irrégulière , plus développée dans les deux extrémités qu'au milieu , où elle est amincie. C'est à cette partie accessoire qu'on a donné le nom d'épididyme. Ce corps n'est formé que d'un canal unique, très replié , puisque dans l'étendue de deux centimètres environ , qui est la mesure de la longueur de l'épidi- dyme, son canal aurait, suivant Monro, o m ,58 ou seu- lement o m ,38 d'après Al. Lauth, ou o m ,4s au plus.] Le canal de l'épididyme reçoit la semence des con- duits efférents qui sortent du corps d'Highmore. [ Ces conduits portent encore le nom de cônes vas- culaires , parce qu'en pénétrant dans l'extrémité cor- respondante de l'épididyme, qui est l'interne, et qu'on appelle encore la tête de ce corps, leurs inflexions se déploient graduellement de manière à figurer un cône; on a compté de 9 à 3o de ces cônes. Dans quelques sujets , les replis de ces canaux effé- rents se resserrent de nouveau avant de se terminer dans l'épididyme, et prennent la forme de navette. Ces canaux efférents ont à leur origine dans le rete, i/64 de pouce ( o n,ni ,4 21 ) de diamètre moyen; et à leur ter- minaison dans le canal de L'épididyme, 1/1 5g de pouce ARÏ. II. DE LEUBS CANAUX EXCRÉTEURS. 125 (o n,ra ,i6g); de sorte qu'ils ont alors une ténuité moindre que celle des canaux sécréteurs de la semence , dont nous avons dit que le diamètre moyen avait été trouvé par M. Lauth de i/i4-7 d e pouce(o mm ,i8). Leur longueur totale est de près de 2 m ,548.] Le canal unique de l'épididyme grossit vers la par- tie externe de ce corps, prend des parois plus consis- tantes, cesse bientôt d'être tortueux , et devient canal déférent, ou le canal excréteur de la semence. 11 porte plus spécialement ce nom , dès l'instant où il remonte vers l'anneau sus-pubien , qu'il traverse pour passer dans l'abdomen, et s'enfoncer dans le bassin; il y suit la face postérieure de la vessie , en se rapprochant de son semblable , jusqu'à ce qu'il arrive à la partie inférieure de la vésicule séminale de son côté ; là il se joint à son canal excréteur, et s'ouvre avec lui dans le commencement du canal de l'urètre. B. Dans les Mammifères. [C'est toujours par l'intermédiaire d'un épididyme que la semence arrive, des efférents séminifères du testicule, dans le canal excréteur de cette glande, ou dans le canal déférent. ] La forme et la grandeur relative de X épididyme sont très différentes dans les divers Mammifères. Les Rongeurs sont ceux où il nous a paru le plus grand; dans Xéchidné, chez lequel il se prolonge bien au-delà du testicule , il dépasse encore les proportions des animaux de cet ordre. Il n'est pas toujours collé contre le testicule , comme dans l'homme et la plu- part des mammifères. On le trouve libre dans les Ani- maux à bourse et chez la plupart des Rongeurs, et ne 126 XXXIIlfl LEÇON. ORGANES PREPARATEURS, ETC., MALES. tenant à cet organe que par Jeux cordons minces, dont le supérieur renferme les conduits efférents, et dont l'autre est un simple ligament. Lorsque les testicules sont hors de l'abdomen , les canaux déférents remontent dans cette cavité, avec le cordon des vaisseaux spermatiques, en traversant l'anneau sus-pubien. Les canaux déférents ont généralement des parois fermes et épaisses, le plus souvent un diamètre égal dans toute leur étendue, et une marche directe, sans autre inflexion que celle nécessaire pour qu'ils arrivent à leur destination. Mais, à tous ces égards , on trouve encore des exceptions remarquables. Leurs parois nous ont paru beaucoup moins épaisses et moins con- sistantes dans les animaux dont les testicules ne sor- tent jamais de l'abdomen, tels que les fourmiliers, Y èchidnè, Y éléphant , le marsouin et le dauphin, etc., que dans ceux qui ont constamment ou momentané- ment ces organes hors de la même cavité. Dans ce premier cas , ils ont d'ailleurs une marche extrêmement flexueuse clans une partie de leur trajet. Ceux de Y éléphant, par exemple, forment un très grand nombre de sinuosités et d'inflexions dans la partie qui passe le long de la face supérieure de la vessie jusqu'à son col. Ceux de Yéchidné restent très flexueux jusque très près de l'endroit où ils se terminent ; de sorte qu'il est difficile de déterminer exactement l'endroit où ils com- mencent x et où finit l'épididyme. Ils sont à la vérité moins flexueux dans les dauphins: cependant cette disposition s'y trouve encore d'une manière remar- ART. II. DE LEURS C AN AUX EXCRETEURS. 127 quable. Il sont également ilexueux dans le daman et le fourmilier. Quant à leur diamètre, il croît quelquefois considé- rablement, peu de temps avant leur insertion, par l'augmentation en épaisseur de leurs parois ; et même, dans certains animaux, par la dilatation de leur canal. Dans Y ours, le blaireau, le raton, celles-là , après s'être épaissies peu à peu , se soudent et se confondent avec les parois du canal opposé, et semblent ne plus former qu'un seul corps, tandis que les cavités restent séparées. Cette augmentation a lieu également dans la loutre et le phoque, mais la réunion se fait plus tard. On la trouve de même dans plusieurs Rongeurs, tels que les lièvres, les cochons dinde, le castor, le hamster, les rats. La cavité des déférents est en même temps dilatée dans ces derniers. [C'est ce que nous avons encore ob- servé dans la gerboise de Mauritanie.} U éléphant , la plupart des Ruminants , les Solipèdes, nous offrent encore des exemples d'une semblable augmentation. Chaque déférent forme, dans Y éléphant , lorsqu'il est arrivé entre la vessie urinaire et les vésicules séminales, une ampoule globuleuse très considérable, qui adhère fortement, par toute sa face interne, à celle de l'autre côté, et dont les parois sont les mêmes que celles du canal et présentent au moins autant d'épaisseur. Rien de plus singulier que la structure que mon- tre le déférent dans les Solipèdes. A peu près à O m ,i8 de son embouchure, il se renfle subitement, et son diamètre augmente de o m ,oo5 à o m ,o3o; ce qui dépend de l'augmentation en épaisseur de ses pa- rois. Celles-ci prennent en même temps un tout autre aspect : on y remarque des cellules nombreuses, dont 128 XXXIII e LEÇON. ORGANES PRÉPARATEURS , ETC., MALES. les ci oisons principales sont dirigées en travers et qui renferment une matière muqueuse , blanche , épaisse comme de la gelée qui se fond, qui transsude par la compression dans la cavité du déférent ; celle-ci est très étroite relativement au diamètre total, et présente un réseau de cordons fins d'un blanc de lait, dont les mailles sont les issues qui donnent passage à l'humeur renfermée dans les parois du canal. La dilatation qu'éprouvent les déférents du bélier est à la vérité très comparable à celle du cheval; leurs parois y sont moins glanduleuses, et leur cavité plus grande à proportion : mais la surface de celle-ci a des plis en travers, entre lesquels on en voit de plus pe- tits, formant un réseau, dans les mailles duquel dé- coule l'humeur de ces parois. Dans le bubale , ces canaux sont encore plus dilatés que ceux du bélier; l'humeur de leurs parois, dont la surface interne est lisse et sans réseau, en découle par de larges ouvertures , aboutissant à des culs-de-sac. Dans le daim et le bœuf, ils se dilatent subitement lorsqu'ils sont arrivés à la hauteur des prostates, en même temps que leurs parois prennent plus d'épais- seur. L'insertion des canaux déférents se fait toujours dans la paroi inférieure de l'urètre, tout près de son origine. Ces canaux percent obliquement cette paroi et s'ouvrent ordinairement de chaque côté du veru- montanum, ou quelquefois dans cette éminence. Ra- rement n'ont-ils qu'un seul orifice pour les deux, comme dans le blaireau, où ils se rendent dans un cul-de-sac que renferme le verumontanum , et qui s'ouvre, au milieu de celui-ci, par une fente longitudinale. Lors- AKT. II. LEURS CANAUX RXGRÉTEURS CHEZ LES OISEAUX. 129 qu'il y a des vésicules séminales, on ne trouve ordi- nairement quïine ouverture, pour la vésicule et le ca- nal déférent du même côté. C'est ce que nous verrons plus particulièrement dans la description de ces vési- cules. [Dans le genre rat, les canaux déférents sont entourés, à leur dernière extrémité , d'un anneau de glandules cylindriques serrées les unes près des autres (1).] G. Chez les Oiseaux. Lépididyme ne forme pas généralement un corps séparé du testicule comme dans les mammifères. 11 est encore distinct, a la vérité, dans X autruche; mais, dans la plupart des autres oiseaux , on reconnaît sous l'aibuginée les replis du canal dont il se compose, et presque aussitôt qu'il en est détaché, ce n'est plus pro- prement que le canal déférent, qui reste flexueux dans toute son étendue. L'autruche fait encore, à cet égard, exception à la règle : le canal déférent, une fois sorti de lépididyme , ne fait plus de sinuosités. Dans l'un ou l'autre cas , chacun des deux canaux se rapproche de l'uretère de son côté, passe avec lui le long du rein, et arrive au cloaque, dans lequel il se ter- mine par un orifice séparé. Souvent , avant de se ter- miner ainsi , on le trouve dilaté en une petite vessie ovale, remplie, comme tout le reste de son étendue , de liqueur séminale, d'un blanc opaque. Cette ampoule est placée dans quelques cas, celui des canards, entre (i) Notes et renseignements surles Manmiifèresder^/^nepar MM. Du vernoy et Lereboullet. Mém. de la Société d'histoire naturelle de Stras- bourg. T. \\\. 8. 9 130 -\XX1II C LiiCOIs. ORG4NES PREPARATEURS, ETC., MÂLES. deux muscles érecteurs, qui doivent la comprimer lorsqu'ils se contractent. D. Chez les Reptiles. 1. Dans la sous-classe des Reptiles propres. [ !î y a toujours un épididyme qui reçoit la semence des canaux séminifères efférents et la transmet dans le canal déférent.] Lépididyme est, dans les chéloniens , un peloton d'un long canal qui ne cesse d'être très flexueux clans îe reste de son étendue et lorsqu'il devient canal défé- rent; il aboutit dans la partie du cloaque qui répond immédiatement à la base de la verge, et à son sillon. Lépididyme forme, chez les lézards, un corps détaché, gros et de figure pyramidale, plus long que le testicule, qui n'y adhère que par un petit filet, et n'est évidemment composé que des replis du canal déférent. Celui-ci se porte le long du bord externe du rein , jusqu'au cloaque, dans lequel il s'ouvre. Le volume proportionnel de l'épididyme est moin- dre chez les Ophidiens ; il s'y change bientôt en un canal déférent également très flexueux , qui , dans cet ordre, comme dans les précédents, s'ouvre dans le cloaque. Dans les Ophidiens seulement, l'insertion des deux canaux a lieu dans une papille qui a été décrite improprement comme une verge. [Toutes les fois qu'il y a un épididyme , le canal déférent en est la continuation , comme dans les classes précédentes , et il est souvent difficile de dé- terminer exactement la limite de l'un et de l'autre. ABT. II. LEURS CANAUX EXCREÏELRS CHEZ LES REPTILES, loi Ils se terminent toujours dans le cloaque, à sa paroi supérieure, en dehors ou au-dessus des uretères, de manière que lorsqu'il y a deux verges , l'orifice de chacun d'eux correspond , dans l'érection , avec la base et le sillon de la verge correspondante. Lorsqu'il n'y a qu'une verge, tous deux correspondent avec la rai- nure dorsale de cette verge unique.] 2. Dans la sous-classe des Reptiles amphibies. [Chez les Batraciens anoures, les canaux séminif ères efférents se rendent séparément dans le canal commun pour les urines et la semence , ou bien après s'être réunis en une sorte de déférent, qui est toujours fort court. L'uretère devient ainsi un canal urétro-séminal. Nous verrons même ce canal avoir pour annexe, dans plusieurs espèces de grenouilles , une sorte de vé- sicule séminale. Dans la grenouille verte , on le voit le long du bord interne du rein, où il commence et où il reçoit les canaux urinifères et les canaux séminif ères, qui ont pénétré dans le rein ou contourné cet organe sous son enveloppe propre. Il résulte de cette disposition que les Batraciens anoures manquent dépididyme, et que la semence arrive dans le cloaque par le même canal et le même orifice que l'urine. Parmi les Batraciens urodèles, les tritons et les sala- mandres ont certainement un épididyme. Nous l'avons constaté pour la salamandre commune, la noire, le triton a crête et Y alpestre. C'est un ruban mince, situé au côté externe du testicule, parallèlement à cet organe, le dépassant un 13*2 XXXIII» LEÇOK. ÔRéAKES PfiÉJPAHATEUBS, ETC., MALES. peu en avant. 11 est composé d'un canal, ou de canaux très repliés, formant comme une chaînette très com- pliquée, qui se change en avant en un canal aplati, lequel, après s'être coudé d'avant en arrière, devient le déférent (i). Les canaux séminifères efférents sortent successive- ment du testicule, et se rendent transversalement dans la partie correspondante de l'épididyme. Plusieurs des derniers sortants aboutissent seule- ment au déférent. Celui-ci se distingue par son plus grand diamètre , son opacité et sa couleur blanche , à l'époque du rut , où il est distendu par le sperme. Ce canal est peu sinueux, peu replié dans la sala- mandre commune. Il l'est beaucoup, et couséquemment fort long et d'un grand diamètre , dans la salamandre noire. Il forme des festons nombreux et réguliers dans le triton alpestre. Dans le triton à crête, ces replis n'existent que dans la première portion de sa longueur. Le protée aurait un petit épididyme. Une circonstance qui distingue éminemment le canal déférent des Urodèles ? c'est qu'il reçoit les trois jus- qu'aux sept premiers canaux urinaires(2) qui sortent du rein, et que l'appareil extraordinaire de ces canaux uri- naires, qui se développent et se déploient hors du rein , jusqu'au nombre de vingt-cinq (dans la salamandre (i) Voir dans le t. XIX, p. 5g3 des Comptes-rendus de l'Académie des sciences, nos Fragments sur les organes génito»urinaires des Reptiles. (2) Ibid., p. 957. ART. II. LEURS CANAUX EXCRÉTEURS CHEZ LES POISSONS. 133 noire), ne se réunit que tout près du cloaque en un seul et très court uretère. Ainsi, chez les mâles des Urodeïes, c'est l'urine qui va, de bonne heure, chercher la semence dans le défé- rent; tandis que, chez les Anoures , c'est la semence, dont les canaux pénètrent dans le rein, qui va se mé- langer à l'urine , dès l'origine du canal commun de ces deux humeurs. Chez les Batraciens urodèles ,les canaux déférents s'ouvrent chacun dans une papille de la paroi supé- rieure du cloaque. Les deux papilles sont très rappro- chées dans une fossette où sont les orifices des uretères. C'est précisément à l'endroit où les plis longitudi- naux du rectum finissent et où commence une pre- mière division du vestibule génito-excrémeptitiel , ou le cloaque supérieur, que se voient ces deux papilles; elles semblent chacune avoir pour prépuce la termi- naison d'un de ces plis. Immédiatement au-dessous , l'orifice de la vessie uri- naire aboutit dans la même partie du vestibule.] E. Dans la classe des Poissons. [Les anguilles et les lamproies n'ont pas plus de con- duit particulier pour porter au dehors la semence pro- duite par la glande spermagène que d'oviducte pour les œufs. Comme les œufs, leur semence déchire les pe- tites capsules dans lesquelles elle s'amasse , et se ré- pand dans la cavité abdominale, d'où elle est expulsée par les canaux péritonéaux ouverts dans la partie la plus reculée de cette cavitç, et qui se terminent, avec les uretères, dans la papille cylindrique et creuse qui se voit au-devant de la nageoire anale. 134 XXXTTT LEÇON. ORGANES PREPARATEURS, ETC., MALES. Dans le second type que nous avons décrit, celui des testicules à sac, nous avons déjà vu lés canaux sé- minifères verser la semence dans un canal principal, qui règne tout le long de la paroi supérieure de la glande , et qui se dégage en arrière , de la substance propre du testicule, où ce long sac n'a plus qu'un col allongé et très étroit, qui est son canal déférent propre- ment dit. Les deux canaax se réunissent, après un court trajet, en un seul conduit éjaculateur, qui n'a, le plus souvent, qu'un orifice commun avec la vessie uri- naire, lequel est percé entre l'anus et la nageoire anale. Il est remarquable que les saumons, qui appartien- nent à la catégorie des poissons à ovaires sans ovi- ducte, se retrouvent , pour les organes mâles, dans le second type que nous venons de décrire, celui des testi- cules à sac, qui est le plus commun. Leur canal déférent, ainsi que celui de la plie , des blennies, etc., montre intérieurement une paroi cel- iuleuse, dont les cellules nombreuses sont les aboutis- sants des conduits séminifères. D'autres fois les embouchures de ces conduits sont marquées, dans les parois du canal déférent, par de petites papilles. Dans le labrax lupus, le canal déférent, qui règne, ainsi que cela a lieu généralement dans ce type, le long de la glande , dans un espace étroit, libre de la- melles proiigères, vient aboutir dans un long canal éjaculateur, commun aux deux glandes, qui se termine derrière l'anus. Les esturgeons présenteraient, à cet égard, une par- ticularité remarquable. Plusieurs canaux transverses , ART. II. LEURS CANAUX EXCRÉTEURS CHEZ LES POTSSOKS. 135 allant du canal déférent à l'uretère, y porteraient la semence. C'est du moins ce qu'affirme M, Rathke (1) pour le grand esturgeon (aecipenser huso, L.) Dans Y esturgeon ordinaire (aecipenser sturio L.) ce serait le canal déférent qui se joindrait de bonne heure à l'uretère (2). 11 résulterait de ces deux observations que les Estur- geons auraient des glandes spermagènes à sac, avec un canal déférent ou des canaux séminifères, se réunis- sant à l'uretère, et que les mâles de ces poissons rentre- raient à cet égard, ou à peu près, dans le type com- mun, comme les mâles des Salmorfès. Nous n'avons pu vérifier ces observations. Ce qu'en dit M. Cuvier dans l'histoire naturelle des poissons (3) est, d'après M. Rathke , qui a représenté ces organes se déve- loppant.] Chez les Sélaciens , la semence produite par le testi- cule passe dans un épididyme très gros et allongé, qui ne tient à la glande que par un prolongement mince qu'elle lui envoie de son bord externe et antérieur, et dans lequel la substance cellulo-laiteuse de l'organe paraît se continuer. Cet épididyme est un assez gros canal très replié, qui augmente encore de diamètre vers son extrémité postérieure, où il ne fait plus que des zigzags qui se touchent. 11 ne cesse d'être flexueux jus- qu'à l'endroit de sa terminaison, et il s'avance le long du bord interne du rein de son côté , contre lequel il est collé, 11 aboutit dans une vésicule séminale placée sous (1) Beitrœge zur Geschichte der Thierwelt, II. Aith : Halle 1824- (2) Zoologie médicale par MM. Brandt et Raztburg. (3) Tom. I, p. 536 et 537. 136 XXXIII e LEÇON. OBGAXES PREPARATEURS, ETC., MALES. le gros bout du rein, qui n'est proprement qu'une dila- tation de ce canal, mais dont l'entrée et la sortie sont un peu anfractueuses. Les deux vésicules s'ouvrent ensemble au milieu d'une papille cylindrique, qui se , voit dans le cloaque. [Malgré la juste détermination que nous avions donnée dès i8o5, dans le texte précédent, de l'épidi- dyme des Sélaciens, on lavait mise en doute, en i83o, par suite de la grande difficulté de reconnaître les vais- seaux séminifères, allant du testicule à ce corps, que Ion finit par regarder comme une glande dont l'usage res- tait problématique (1). Mais dès 1 836 le même savant avait pu suivre ces canaux dans la torpille et dans plu- sieurs espèces de squales. Peu d'années après, MM. /. Davy (2) et Stannius dé- couvraient des spermatozoïdes dans le testicule, dans les différents points du canal de lépididyme et dans la dilatation de la vésicule séminale (3). Les vaisseaux sanguins des glandes spermagènes sont semblables, dans chaque espèce, à ceux des glan- des ovigènes. Nous renvoyons pour leur description à ce que nous en avons dit dans la leçon précédente.] (1) M. J. Millier, dans son ouvrage cité sur les glandes, p. 107. (a) Researches physiological and anatomica.1, t. II. p. 436. Londres, i83 5 . (3) Archives d'anatomie et de physiologie de J. Miiller pour i836, p. Ixxxix, et pour i84o, p. 4 1 et suiv. ART. in. DU SPERME DES VERTÉBRÉS. 137 ARTICLE III. DU SPERME OU DU PRODUIT DE LA GL4NDE SPERMAGÈNE DANS LES ANIMAUX VERTEBRES. [L'activité delà glande spermagène est subordonnée à 1 âge, à la saison ou à l'époque du rut, qui varie dans chaque espèce. Les vaisseaux, les canaux ou cellules séminifères dont se compose cette glande, son canal ex- créteur, ne se remplissent de sperme que chez les sujets dont l'organisme est assez développé par lâge pour être en état de procréer son semblable. Plus tard , lorsque ce même organisme est réduit à cette faible activité vi- tale que la durée de la vie amène nécessairement, par suite dune trop grande proportion des parties solides, la glande spermagène ne produit plus un sperme assez élaboré pour la génération. Cette production n'a lieu d'ailleurs, pour l'immense majorité dès animaux, qu'à certaines époques de l'année hors desquelles la glande spermagène est réduite à un très petit volume et l'animal est impuissant pour l'acte de la génération. L'homme seul, avec quelques animaux domestiques, a le privilège de conserver sa puissance génératrice, depuis l'âge de puberté jusqu'à un âge très avancé, d'une manière continue et non intermittente. Le sperme d'un animal propre à la génération a des caractères physico-chimiques et organiques qui le dis- tinguent de tout autre liquide animal. Nous les expo- serons succinctement, tels que les donne l'état actuel de la science, afin de compléter la connaissance de tout l'appareil organique mâle, qui concourt essentielle- 138 \XXÏTl e LEÇON. ORGANES PRÉPARATEURS, ETC., MUES. ment à la production de l'embryon, dans la génération sexuelle.] I. Caractères physico-chimiques du sperme. [On ne connaît guère, sous ce rapport, que le sperme humain, analysé par Vauquelin ; celui du cheval, dont M. Lassaiftne a donné une analyse comparée, et ce- lui de la carpe , que Fourcroy et Vauquelin ont fait connaître. Le sperme humain, d'après ce dernier chimiste, se compose de : Eau 900 parties. Subst. mucilagineuse particulière. 60 Soude: 10 Phosphate de chaux 3o 1 ,000 Le liquide, récemment rendu, est visqueux, en partie blanc opaque, en partie d'un gris opalin, ou légèrement nuancé de jaunâtre. C'est qu'il paraît composé de deux parties, lime laiteuse, l'autre d'une consistance muci- lagineuse, qui montre ces dernières nuances. Sa pesan- teur spécifique est plus grande que celle de l'eau ; son odeur est celle du pollen de plusieurs plantes, entre antres du châtaignier; sa saveur est acre et irritante et conséquemment un peu styptique. Il réagit sur les réactifs colorés, comme les alcalis. Il montre le singulier phénomène de devenir plus liquide en se refroidissant, sans qu'il y ait eu, dans ce changement, absorption de l'humidité aimosphérique. Il dépose des cristaux de phosphate de chaux , déjà observés par cleGleicken, qui sont des prismes à quatre pans , terminés par des pyramides tétraèdres. La dessiccation en forme une lame cornée, dont le ART. IT1. DU SPERME DES VERTERRES. 130 poids est le dixième du poids total du sperme mis en expérience. La substance muciîagineuse particulière a été dis- tinguée plus tard par Berzélius sous le nom de sper-- mutine. M. Las saigne a trouvé la spermatine dans le sperme du cheval, qui se compose encore, d'après ce chimiste, de phosphate de magnésie, dhydrochlorate de soude et de nitrate de soude. Le sperme des Poissons osseux, que Fourcroy et Vauquelin ont fait connaître, d'après celui de la carpe, aurait, en résumé, les caractères suivants : cette laite est onctueuse: elle a une forte odeur de poisson, elle n'est ni acide ni alcaline. Elle se compose d'albumine , de gélatine , d'une sorte de savon avec des traces de phosphate de chaux, de magnésie et de potasse. Ce qui la distingue surtout est un carbure de phosphore azoté. Cette circonstance de l'existence du phosphore dans le sperme a semblé aux auteurs de cette impor- tante découverte devoir se lier au phénomène de la phosphorescence chez plusieurs animaux marins ou terrestres. On voit combien la science est encore pauvre de faits et d'observations sur les caractères physiques et chimiques de la liqueur fécondante des animaux. Il nous paraîtrait surtout essentiel de comparer ces der- niers caractères avec ceux que fournirait leur système nerveux.] II. Composition organique du sperme dans les ani- maux vertébrés. [Pour avoir une idée juste de la composition orga- 140 XXXIII e LEÇON. OBGANES PBEPABATEUKS, ETC., MALES. nique du sperme de 1 homme et des animaux vertébrés, il faut le prendre dans l'épididyme ou dans le canal déférent, avant son mélange avec les humeurs des glandes accessoires, quand il en existe, ou lorsqu'on doit supposer qu'il a reçu sa complète élaboration. Dans les vaisseaux séminifères du testicule, cette éla- boration paraît moins complète. Si c'est un animal qui ne jouit, comme cela est général, que dune faculté génératrice intermittente, c'est à l'instant où cette fa- culté se manifeste, à l'époque du rut, qu'il faut recher- cher cette composition. Une goutte de sperme, recueillie avec toutes les pré- cautions, et exposée sous le microscope, à un grossis- sement de 3 à 4 oo diamètres, montre d'innombrables corpuscules, de forme régulière et de grosseur sem- blable , suivant les espèces , se mouvant dans tous les sens, à la manière des animaux, si le sperme est récent. Ces corpuscules animés, que nous appellerons, à cause de cette circonstance , spermatozoïdes, ont été découverts, en 1677, P ar 1 étudiant Ham , au moyen du microscope de Leeuwenhoeck, dans le sperme d'un homme affecté de pertes séminales. Décrits ensuite et observés en détail, dans le sperme de beaucoup d'ani- maux , par ce dernier savant , ils sont désignés dans beaucoup d'ouvrages sous le nom d'animalcules sper- matiques , de zoospermes. Ce sont ces mêmes corpus- cules séminaux que Bujffon considérait comme des molécules vivantes , devant s'agréger pour la com- position de l'embryon. I jes spermatozoïdes composent la plus grande partie du sperme élaboré et propre à la génération. On y voit, en outre, une petite proportion très va- ART. III. DU SPERME DES VERTEBRES. H 1 riable de globules de différentes grandeurs , à surfac e granuleuse , désignés sous le nom de granules spemna i- tiques. Les spermatozoïdes et les granules spermatiques n a- gent dans une très petite quantité d'un liquide blam:, transparent, de nature probablement albumineuse, q ui se coagule, par l'alcool ou le vinaigre , en granules e: t- trêmement ténus. Les granules spermatiques varient beaucoup en gro s- seur. M. R. Wagner en a vu dans le sperme du pinsc m de o in, »,225 à o min ,i5o et o ,n,n , 1 1 2 et au-dessous de cet te mesure jusqu'à o m,n ,o37 (0- Leur grosseur moyen? ae paraît être de o mm ,07Ô. il y a aussi quelques molécules graisseuses ou hu i- leuses et des débris dépithélium, qu'il ne faudrait p.ns confondre avec les granules spermatiques, Les mole - cules graisseuses sont tout unies et ne paraissent j.a- ' mais de structure granuleuse ou composées d'autre îè molécules. Le sperme des animaux vertébrés, indépendam- ment des spermatozoïdes qui en formant la plus grande partie, aune densité et sans doute une com- position qui varient suivant le lieu où doit s'opérer la fécondation. Sa densité, et sa blancheur laiteuse, qui lui a fait donner le nom de laite chez les pois- sons osseux , sont en raison du mélange extraordinaire qu'il doit éprouver en tombant dans l'eau, où s'opère la fécondation des œufs, pour l'immense majorité des (1) Eléments de physiologie, i' e partie, p. 9. Leipzig, 1 8 ig, et Icônes phys., tab. I, fig. I, pour les granules de i'homme. et fig. II, a, b; fig. VI , ceux du lapin ; fig. V, du griinpereau ; fig. VII , de la pie-grièche rousse H2 XXXIII e LEÇ01N. OS&AftES PiiEPAHÀTEmiS, ETC., MALES. i i.nimaux de cette classe 11 devait conserver, ainsi dé- 1 toyé 9 à travers l'immense quantité de véhicule qui le porte sur les œufs, sa faculté fécondante. Lorsque la fécondation est intérieure et que ce li- q niide doit être transmis dans les voies de la génération due la femelle , sa densité primitive est bien différente. ( .'ncore quelle puisse être modifiée par des humeurs ; sécrétées par des glandes accessoires , dans les canaux < quelle suit pour sortir du corps du mâle. Chez les Sélaciens et les chimères de la sous-classe ( les cartilagineux, le sperme du testicule se trouve j dus ou moins modifié par le canal de l'épididyme et p ar le canal déférent, dont les parois épaisses et d'ap- p »cirence glanduleuse paraissent devoir sécréter une Kïmneur propre à délayer celle du testicule. Arrivé dans la dilatation du canal déférent ou dans la vésicule séminale, la semence de ces poissons est v n fluide épais, verclâtre, dont la composition chimique 3 i'a pas encore été analysée. Quant à sa composition organique, on y trouve des pranules ayant nu mouvement moléculaire et des spermatozoïdes remarquables par leur mouvement oscillatoire latéral.] Iïï. Des spermatozoïdes. [Les spermatozoïdes entrent pour une si grande pro- portion dans la composition du sperme normal ou complètement élaboré pour la fécondation , qu'on ne peut s'empêcher de les considérer comme jouant un rôle important dans cette fonction. Les connaissances acquises à leur sujet, dès! instant pour ainsi dire de leur découverte jusqu'à ces derniers temps, sont intimement liées aux différents systèmes ART. III. DU SPERME DES VERTEBRES. 1 43 imaginés sur la génération, soit prétendue spontanée, soit par voie continue de parenté. Ce double motif nous détermine à donner ici une analyse de ces connaissances, telles que les présente l'état actuel de la science, en nous bornant, dans cet article, à décrire les spermatozoïdes des animaux vertébrés. Le mot nouveau que nous avons adopté depuis plu- sieurs années, dans nos enseignements , et que des au- teurs recommandables ont accepté dans leurs ouvrages, pour désigner ces singulières productions, a pour but de ne pas confirmer ce que nous regardons comme une erreur, en continuant de les désigner sous le nom de zoospermes. Nous avons constamment combattu, dans nos cours et dans nos publications, l'idée que ce sont des ani- maux, et particulièrement des parasites de la semence, résultat d'une force plastique exubérante de ce liquide proligère, ainsi que le pense M. Burdach. Cette théorie nous a toujours paru contraire aux observations les plus multipliées et les plus exactes , et aux idées les plus saines sur la production des êtres organisés. Aussi paraît-elle généralement abandonnée J même en Allemagne, où Ion a fait de si nombreuses et de si bonnes observations sur les spermatozoïdes. M. Bis- choff, auteur de l'ouvrage le plus complet sur le développement des mammifères, a adopté la dénomi- nation que nous avons proposée; tandis que M« Kadic- ker et d'autres savants ont admis celle de filaments spermatiques , dénomination qui est loin d'être propre àtoutes leurs formes. ï44 XXXHI" LEÇON. OBfxANES i î HEPAKATEUR& , ETC., MALES. Après leur étonnante proportion, qui est telie que ie sperme ne semblerait composé, au premier coup d'oeil, que de spermatozoïdes , ce qui frappe le plus est leur forme, souvent en rapport plus ou moins évi- dent avec le genre, la famille, la classe même à la- quelle appartient l'animal. En effet, des observations multipliées, mais qui ont besoin de l'être encore bien davantage pour arriver à des résultats incontestables , ont montré que , dans les animaux vertébrés, les spermatozoïdes se composent en général de deux parties: l'une principale plus grosse et plus courte, de forme et de proportion très variées, qu'on appelle leur corps; et l'autre qui s'en détache comme un appendice caudal, lequel peut avoir de six à dix fois la longueur du corps, et dont l'extrémité est souvent d'une extrême ténuité. i/appendice , toujours plus épais à sa naissance, s'a- vance quelquefois, dans cette dernière forme, d'une manière sensible, sur le corps.] A. Chez les Mammifères. [Le corps des spermatozoïdes est ovale et aplati dans ï espèce humaine. Il est à peu près de même forme dans la guenon pata >s. Il est ovale et pointu à son extrémité, dans le grand fer-a-cheval , parmi les Chéiroptères. Nous l'avons trouvé rond et plat, avec un très k ig appendice caudal, plus épais à son origine, dans lé hérisson, parmi les Insectivores. Chez le lapin, parmi les Rongeurs, le corps est un peu elliptique, et la queue beaucoup moins lon- oue a proportion , et de même plus épaisse à son ori- gine. ART. II. DE LEURS CANAUX EXCRETEURS. 1 45 Dans la famille des rats, le corps des spermatozoïdes est singulier par sa forme de hache très bien carac- térisée . Dans le chien , leur corps est pyriforme , obtus en avant. liane et le cheval l'ont oblong , pointu à son extré- mité. Le chevreuil Fa cordiforme, un peu échancré et élargi du côté opposé à la queue. Le taureau l'a ovale, quelquefois en lyre , c'est-à- dire un peu resserré dans son milieu.] B. Chez les Oiseaux. [Les Oiseaux ont des spermatozoïdes dont le corps est proportionnément long, cylindrique ou conique, un peu aigu, chez les uns. Il montre chez d'autres plus ou moins d'inflexions, selon les espèces, et prend la forme du tire-bouchon. La queue est d'une extrême ténuité , au point qu'elle a été quelquefois inaperçue (dans les spermatozoïdes du coq); elle peut être très longue (ceux du pinson). Le premier type , formé d'un corps cylindrique un peu conique, ou arqué une seule fois, ou montrant tout au plus deux légères courbures en sens opposé , est celui des spermatozoïdes du coq , du pigeon, de la tourterelle ; du pic vert, avec des différences dans les proportions relativement à la queue, et dans l'extré- mité antérieure , qui peut être renflée (le coq, le pic vert) ; ou effilée (le canard) ; ou amincie (le pigeon , la tourterelle). Les espèces du genre jringilla, les pies -grièches , les grives 9 ont leurs zoospermes en tire-bouchon, pour le corps, qui est poiuîii en avant. 8. 10 146 XXXIII e LEÇON. ORGANES PREPARATEURS, ETC., MALES. Les observations sont-elles assez multipliées pour qu'on puisse affirmer que ce dernier type est celui des oiseaux chanteurs; tandis que le premier appartien- drait aux oiseaux de proie, aux grimpeurs, aux galli- nacés, aux échassiers et aux palmipèdes? Nous ne ré- pétons ces assertions qu'avec la réserve du doute (i).l G. Chez les Reptiles. [ Dans la sous-classe des Reptiles propres , on retrouve le plan général des deux classes précédentes, ou plutôt les deux types de chacune de ces classes. Chez les Chéloniens , ils ont un corps ovale ou rond et aplati ; c'est le type des mammifères. Il est allongé et cylindrique chez les Sauriens (les lézards) et les Ophidiens : c'est le type des oiseaux. Dans Ihrvët \ IffîJt corps est allongé et pointu. Dans la couleuvre à collier, nous l'avons trouvé pointu et effilé en alêne à son extrémité, un peu en navette , grêle , s'amincissant insensiblement vers ia queue. Il est pointu à son extrémité, arqué, grêle, cylindrique, plus distinct de la queue, qui est assez longue , dans la vipère de Redi. Le type que nous venons de décrire dans les Ophi- diens se rapproche encore, par sa forme grêle, en fil, de celui que nous décrirons dans les animaux sans vertèbres. Nous le trouvons plus prononcé dans la sous-classe des Reptiles amphibies. Nous avons vu les spermato- zoïdes de la grenouille rousse, ayant un corps grêle, en (i) Voir les Icônes phjs, déjà citées pi. V. ART. IL DE LfcUES CANAUX EXCRÉTEURS. 147 navette, effilé aux deux extrémités; mais celle qui pourrait être considérée comme l'appendice caudal, sensiblement plus longue que l'autre. Ces spermatozoïdes cheminent comme des serpents, se ploient en tous sens et se bouclent souvent par l'une de leurs extrémités, ce qui a donné l'illusion à quelques observateurs d'un corps en palette. Ils ont o mm ,o6 de long. Ceux des tritons, et plus particulièrement les sper- matozoïdes du triton à crête, ont un corps grêle , cylin- drique, ayant quelquefois l'apparence d'un léger ren- flement à son extrémité qui séparerait du corps une partie plus grêle. La queue, beaucoup plus longue que le corps, s'en distingue d'une manière tranchée, dès son origine, par un moindre diamètre. Elle est encore remarquable, et diffère de tous les spermatozoïdes connus, par un fil extrêmement délié, contourné en spirale très régulière , qui parait fixé à son origine et a son extrémité , et qui l'entoure à distance. Cette forme singulière est commune aux espèces, des deux genres triton et salamandre , qui composent la famille des Salamandres. C'est M. Siebold qui a reconnu le premier la conti- nuité de ce fil en spirale , se mouvant à distance au- tour de la partie principale , et d'un mouvement régu- lier plus rapide que ceux de cette partie. M. Dujardin a constaté cette continuité, et a fait l'ob- servation intéressante que la spirale était une partie distincte et ne provenait pas de la queue, qui se serait repliée sur elle-même. Nous avons eu l'occasion d'observer un de ces sper- matozoïdes, encore en activité, qui s'était glissé sous 148 XXXIII e LEÇON. ORGANES PREPARATEURS, ETC., MALES. un autre qui était immobile. Les spires du premier soulevaient celui-ci, ou le laissaient tomber, alter- nativement, suivant que les parties saillantes ou ren- trantes de la spire le traversaient. Cette circonstance fortuite a dû nous convaincre de la continuité de cette spire, et quelle ne tenait pas à des cils vibratiles, comme nous avions été disposés à le penser, après nos premières observations. Au reste , il suffisait d'observer ces spermatozoïdes dans leur état d'immobilité pour s'assurer de la continuité de ce fil à ressort. Nous l'avons vu détaché de l'extrémité postérieure et se prolongeant bien au- delà de cette extrémité, avec ses tours de spire plus distants, comme un ressort en forme de boudin qui aurait cessé d'être comprimé. Ce fil, en tire-bouchon, observé de même dans les spermatozoïdes de la salamandre terrestre, est plus petit que dans ceux des tritons. Du moins nous a-t-il fallu un grossissement de 65o diamètres pour le distin- guer; tandis que nous avions pu apercevoir celui des tritons a crête avec un grossissement de 45 o diamètres.] D. Dans la classe des Poissons. [Les spermatozoïdes des poissons sont connus depuis longtemps, quoique d'une manière incomplète. Ce sont ces globules en mouvement observés par Buffon , dès 1743, dans la carpe, le barbeau et le brochet, qui lui donnèrent l'idée de son système de génération basé sur l'existence des molécules organiques. Cavo- lini , en 1787, les avait reconnus de même dans le sperme des poissons. MM. Prévost et Damas expri- ment , dans leur mémoire sur la génération , qui ART. II. DE LEURS CANAUX EXCRÉTEURS. 1^9 date de 1824, que la laite des poissons fourmille de corps mouvants. M. Prévost, dans son mémoire sur la génération du séchât, reconnaît qu'ils ont, dans ce poisson, une forme elliptique. Mais aucun de ces observateurs n'était parvenu à distinguer leur queue. Les spermatozoïdes , dans les poissons osseux , se composent , en effet , de la partie principale , qu'on appelle le corps, qui est globuleux, ovale, elliptique, suivant les espèces , et d'un appendice ou queue , très difficile à apercevoir à cause de son extrême ténuité , et sans doute aussi de son peu de consistance. Rien de plus facile que de voir, avec un grossisse- ment de 2Ôo diamètres, dans une goutte de laite de cyprin, les centaines ou les milliers de globules qui appartiennent au corps des spermatozoïdes de ces poissons , s'agiter sous le microscope ; mais il faut un grossissement plus considérable pour distinguer l'ap^ pendice filiforme de ces corps globulenx. On doit à M. Dujardui des observations très détail- lées sur les spermatozoïdes de la carpe dont nous avons vérifié l'exactitude (1). Leur corps est globuleux, et leur queue, élargie à son origine, s'amincit rapidement. Les spermatozoïdes des Sélaciens, parmi les pois- sons de la sous-classe des cartilagineux, rappellent le second des deux types que nous avons décrits dans la classe des oiseaux. Ce sont de longs fils , grêles , dont la partie caudale est extrêmement déliée , et dont le corps , plus épais et assez long , a des sinuosités plus ou (1) Annales des sciences naturelles , •>* série t. 8. p. 297, et pj. III. 150 XXXIII* LEÇON. OB&ANES I REPABATEURS , ETC., MALES. moins prononcées en tire-bouchon. Son extrémité est souvent effilée. Cette forme type, si différente de celle des poissons osseux, est plus ou moins évidente. Nous Pavons trouvée très prononcée dans les spermatozoïdes de Y aiguillât % tandis que ceux de la raie ronce étaient plus en fil (1).] E. Réflexions générales su* les formes, les dimen- sions, les manifestations vitales et le développement des spermatozoïdes des vertébrés. [La forme constante qui caractérise les spermato- zoïdes appartenant à une même espèce ; les ressem- blances de forme que présentent, en général, les es- pèces d'une même famille ; les analogies de forme que montrent les espèces d'une même classe, dun même type, sont autant de circonstances remarquables de leur histoire naturelle. Leurs dimensions, comme celles des .globules du sang, ne sont pas proportionnées à celles de l'animal. On pourra en juger par le tableau ci-après. Nous verrons , dans la leçon sur la génération de chacun des autres types , les formes qu'ils affectent dans les classes que ces types comprennent. Beaucoup d'observations , concernant celle des insectes , les ont constamment montrés de forme capillaire, ayant une des deux extrémités plus épaisse , et l'autre très dé- liée, se réunissant d'ailleurs en écheveaux, se roulant en boucles , en anses , en anneaux. Aucune observation bien conslatée ne démontre (r) M. Lallemand a fait représenter ceux de la raie sans désigner IVs- pèce. Amtklek ries sciences naturelles, t. XV, pi. 20, 2* série. ART. II. DE LEURS CANAUX EXCRÉTEURS. 151 d'une manière incontestable, dans ces corpuscules, une organisation intérieure, quoique plusieurs observateurs présument leur avoir reconnu extérieurement une ou deux ventouses (1), et même un canal intestinal inté- rieurement, J'ai pu, moi-même , apercevoir que leur corps, chez ceux des Salamandres conservés entre deux verres, montrait, dans toute son étendue, l'apparence d'un canal intérieur. La queue n'en a pas généralement , ou, si elle paraît en avoir un, ce n'est que dans son premier tiers, et il est beaucoup plus délié. J'ai même vu chez quelques uns, comme une ligne rougeâtre dans l'axe de ce canal intérieur de leur corps. Leurs mouvements, du moins ceux des spermato- zoïdes de Mammifères et d'Oiseaux que nous avons observés (de lapin, de cochon d 'Inde , de chien , de coq), ont sans doute toutes les apparences de la vitalité et de la spontanéité. Dans ceux des mammifères, la progression du corps en tous sens semble déterminée par les inflexions, par les mouvements de la queue. Dans les Oiseaux (le coq), les flexions, les onduia- tions du corps semblent aussi y contribuer beau- coup. Dans les tritons à crête, nous avons constaté deux sortes de mouvements, l'un plus rapide que l'autre, celui du filament en spirale , qui tourne d'avant en ar- rière , et l'autre de flexion et de reptation ou de glis- sement; c'est celui du filament principal qui représente le corps de ce singulier spermatozoïde. Ceux de la carpe ne s'agitent que lorsqu'on délaie (l) M. Valentin, dans les zoospermes de l'ours. Voir son Repertorium pour 1837, t. 1 1, p. i43. 152 XXXIII e LEÇON. ORGANES PREPABATELBS , ETC. , MALES, la laite dans un peu d'eau, et leurs mouvements y sonr très passagers. La durée des mouvements des spermatozoïdes paraît dépendre beaucoup de l'activité , de l'énergie vitale de l'animal duquel on les a extraits. Leur vie propre se- rait, conséquemment, plus ou moins dépendante de celle de l'individu qui les produit. Le contraire a lieu pour les animalcules infusoires. Leeuwenhoeck , qui en avait trouvé dans les cornes de la matrice d'une chienne qui venait d'être couverte , avait calculé que les spermatozoïdes pou- vaient franchir un espace de quatre à cinq pouces dans une demi-heure. Nous ferons une dernière observation sur la consti- tution physique et sur les propriétés des spermato- zoïdes. Ceux qui ont une forme grêle et allongée , telle que nous l'avons fait connaître chez les Batraciens anoures et chez les Urodèles et les Sélaciens , et que nous retrou- verons généralement dans les animaux sans vertèbres , se roulent ou se bouclent promptement, comme des cheveux, quand on les met dans l'eau. Cet effet constant semble indiquer leur constitution physique ; tandis que les dernières expériences de M. Prévost montrent que leur irritabilité suit les mêmes lois que celle des mus- cles, et que les mêmes agents l'excitent ou la détrui- sent (1). Les mulets proprement dits , qui sont inféconds , les jeunes animaux avant l'âge de puberté , les animaux (i) Voir l'Institut, n° 4^3, 10 nov. 1842, et les Mém. de la Socu'té de physique de Genève. ART. II. DE LEURS CANAUX EXCRÉTEURS. 153 très âgés , qui ne sont plus propres à !a génération , tous les animaux hors de l'époque du rut, n'ont point de spermatozoïdes. Le développement des spermatozoïdes est une des études les plus intéressantes de leur histoire. MM. Prévost et Dumas écrivaient, en 1824 •> qu'ils n'ont aucun intermédiaire entre l'état parfait et la non- existence. Cette proposition était trop absolue. Nous avons dit que leur développement avait lieu dans une vésicule, laquelle en renferme de plus pe- tites (1). A mesure que la vésicule principale croît et se déve- loppe , les plus petites se remplissent d'une masse gra- nuleuse, qui se métamorphose bientôt en spermato- zoïdes. Alors les parois de la vésicule génératrice se rom- pent et laissent libre l'écheveau de spermatozoïdes qui s'y est développé, et qui se compose de corps animés ayant leur forme définitive et paraissant avoir, le plus souvent, tout leur accroissement, comme l'insecte qui sort de la chrysalide. Cependant nous sommes parvenu à saisir un degré de développement intermédiaire, chez lessalamandres, dans une partie du testicule où le développement des spermatozoïdes n'était pas terminé. Le corps avait ses dimensions , mais la queue était encorecourte , comme rudimentaire et sans le fil en tire-bouchon. Cette multiplication des écheveaux de spermato- zoïdes des animaux, dans une seule vésicule princi- pale, est très caractéristique. (1) Voir les Icônes physiol. de M. JR. Wagner^, i, fig. II , pour le dé- 154 XXXIII e LEÇON. ORGANES PRÉPARATEURS, ETC. , MALES. Les productions végétales qu'on a comparées à ces spermatozoïdes sont toujours isolées dans chaque cel- lule. Les spermatozoïdes croissent-ils dans les appareils de génération compliqués; en passant, par exemple, chez les Sélaciens, des vésicules primaires, contenues dans les grandes ampoules, où nous avons vu qu'ils éclosent, dans les canaux séminifères de ces vésicules; de ceux-ci dans les efférents, qui les portent dans lepi- didyme , d'où ils passent dans le canal déférent et la vésicule séminale ; de sorte que ceux pris dans cette vé- sicule auraient un volume double de ceux du testicule? Cette observation difficile a été faite par M. Lai- lemand (z). Tableau des dimensions des spermatozoïdes du type des vertébrés mesurées en jractions décimales de millimètre. ESPECES LONGUEUR NOMS observées. du corps. del'append. totale. Homme. . . o,oo55 des observateurs. MAMMIFERES, o,o56 o,o45 o,o45 à o,o5o M. Dujardin. ]r. W agner, veloppement des zoospermes de l'homme , et fig. V pour celui des sper- matozoïdes, ete. Nous avons fait figurer dans nos Fragments sur les organes génito- urinaires des Reptiles et leur produit, les cellules primaires et secondaires dans lesquelles se développent leurs spermatozoïdes, à la manière de ceux des sélaciens. (1) Voir les observations sur le développement des zoospermes dans le? rates, par M. Lallemand (Annales des sciences naturelles, »• série t. ï5, p. 161, Paris , 184*.") ART. Iï. DE LEURS CANAUX EXCRETEURS. 155 F.SPEGFS LONGUEUR SOMS observées. du corps. Patas. . . Hérisson. . , Chien. . . . Putois. , . . Chat. . , . Surmulot. , . Souris. . . . 0,0090 Cochon d'Inde. 0,0066 à 0,0080 Cheval . . . Ane .... Cheval et âne. 0,0066 à o,oo55 Bouc. . . . Bélier ... Taureau. . . Pic - grièche rousse. . . r. Drenne . , 2. Mésange huppée. . . 3. Mésange à tête bleue. . 4. Moineau. . , 5. Pinson . . 6. Serin de Ca- naries. . 7. Chardonne- ret. . . . 8. Pigeon . . 0,01 5 9. Coq. . , 10. Canard. . del'append. totale. des observateurs. 0,076 R. Wagner. 0,066 Prévost, Dumas. o,o56 R. Wagner. 0,068 Id. o,o83 P. et D. o,o4o P. et D. 0,166 P. et D. 0,080 P. et D. 0,090 P. et D. 0,066 ào,( D90 M. Dujardin. » 0,1000 0,1066 ào ,108 Id. o,o55 P. et D. 0,060 R. W. o,o55 M. Dujardin. 0,040 P. et D. o,o4o P. et D. o,o58 P. et D. OISEAUX. o,o45 à ,088 R. W. 0,090 R. W. o,o56 R. W. O,0( 090 R. W. o,o83 P. et D. o,o56ào,o76 R. W. 0,225 0,1 5o o,o56 0,071 o,o43 o,o32 REPTILES. i.Le'zard agile. 2. Vipère. . , 3. Couleuvre. , 0,017 0,066 0,100 R.W. R. W. R.W. P. et D. P. et D. Valenti n. P. et D. P. etD, 156 XXXIII e LEÇON. SECT. II, ORGANES MODIFICATEURS, ETC. ESPÈCES LONGUEUR NOMS observées. du corps. de l'append. totale. des observateurs. 4- Orvet. . , 0,066 P. et D. 5. Grenouille. . o,o56 R. W. 6. Crapaud ac- coucheur. . o,o3o P. et D. 7. Triton. . . To,563 P. etD. { 0^75 R. W. 8. Salamandre. 0,2Sl5 POISSONS. R. W. Perche fluvia- tile. . . . 0,001a à 0,0022 Valentin. Loche d'e'tang , / 0,0028 R. W. cyprin , sau- 1 0,0037 mon . . ( o,oo5o Petromyzon planeri. . 0,01 5o R. W.] SECTION IL 1 DES ORGANES MODIFICATEURS DU SPERME, OU DE SES RÉSERVOIRS ET DES GLANDES QUI SÉCRÈTENT UNE HUMEUR DESTINÉE A SE MÉLANGER AVEC CE LIQUIDE, DANS LES VOIES QU'lL SUIT POUR SORTIR DU CORPS. [Nous venons de voir que, chez la plupart des Pois- sons , la semence est répandue dans l'eau, sans autre élaboration que celle qu'elle a subie dans la glande qui l'a produite. Les seuls Sélaciens dans cette classe ont, ainsi que nous l'avons fait connaître , un canal excré- teur très compliqué , y compris lepididyme, qui ne peut manquer de la modifier dans le long circuit qu'elle est forcée d'y suivre. Mais sans parler des si- nuosités du canal déférent et de sa partie pelotonnée, Fépididyme, qui existe presque toujours dans les trois classes supérieures des Vertébrés, on trouve chez quel- ART. I. DES VESICULES SÉMINALES. 157 ques Reptiles de la sous-classe des Amphibies , et chez beaucoup de Mammifères , des annexes vésiculaires glanduleux qui appartiennent aux réservoirs modifica- teurs du sperme, que nous devons décrire. Les mam- mifères et quelques Reptiles de la même sous-classe ont encore plusieurs sortes de glandes dont l'humeur, se mêlant au sperme, en modifie la composition.] ARTICLE I. DES VÉSICULES SÉMINALES. [On donne le nom de vésicules séminales et de vési- cules séminales accessoires à des réservoirs glandu- leux de différentes formes et de proportions variées, qui sont annexés au canal déférent, vers sa termi- naison, ou dont l'embouchure est assez rapprochée de celle du canal excréteur de la semence, pour qu'elle puisse refluer dans ces réservoirs accessoires, et y re- cevoir, par le mélange de l'humeur qu'ils sécrètent, les modifications nécessaires. Parmi les animaux vertébrés , les vésicules sémi- nales n'existent guère que dans la classe des mammi- fères. Elles manquent absolument dans toute celle des Oiseaux, dans la sous-classe des Reptiles propres et dans celle des Poissons osseux. Mais nous les retrou- verons chez les Batraciens et chez les Sélaciens.] Rien de plus embrouillé que l'histoire de ces vési- cules, des prostates et des glandes de Gowper, dans les descriptions partielles que les zootomistes en ont pu- bliées. Les uns appellent prostates ce que les autres nomment vésicules séminales, ou d'autres glandes de Covvper , et vice versa. De là vient que les uns nient Ibà XXXIIle LEÇON. SECT. II, ORGANES MODIFICATEURS , ETC. l'existence des véhicules séminales dans certains ani- maux, où d'autres disent en avoir trouvé. Alors ceux-ci annoncent que les mêmes animaux manquent de pros- tates, tandis que les premiers leur en accordent : aussi Haller a-t-il dû se trouver très embarrassé dans les nombreuses citations qu'il fait à ce sujet, n'ayant pas le lpisir et souvent pas l'occasion de vérifier lui-même les observations qu'il emploie. 11 se tire d'embarras, quelquefois, en plaçant le même animal dans la liste de ceux qui ont des vésicules, par exemple, et dans celle des animaux qui en manquent, en s'appuyant de deux autorités contradictoires. Cet inconvénient vient uniquement de ce que ces organes n'ont pas en- core été décrits d'une manière générale. En les com- parant les uns aux autres dans les différents animaux, on aurait bientôt distingué ceux qui ne peuvent point être réunis sous une même dénomination, de ceux qu'une structure analogue et la même position doivent faire ranger sous le même nom. Ces deux circonstances nous ont servi de guide dans la description suivante. Nous appellerons vésicules séminales tout organe analogue, par sa structure vésiculeuse , par sa po- sition et par ses rapports , avec les déférents, à ceux qui portent ce nom cbez l'homme (1); et nous appel- lerons vésicules accessoires , des organes également vésiculeux, rangés près des premiers, ou en général autour de l'origine de l'urètre , mais dont les canaux ne sont pas eu rapport immédiat avec les déférents. (i) On m'accordera peut-être d'avoir posé ici, dans ma rédaction, les bases, d'avoir établi les vrais principes de toute bonne comparaison, de toute bonne détermination en anatomie comparée. AET. !. DES VÉSICULES SEMINALES. 159 [Observons cependant que les organes que nous avions désignés cntnme des vésicules séminales acces- soires peuvent $ dans plusieurs cas, être considérés comme des prostates, ainsi que nous le verrons dans les descriptions particulières que nous en donnerons.] § I. Des vésicules séminales proprement dites, A. Dans l'homme. Celles de Y homme sont deux réservoirs membra- neux, dont la cavité extrêmement anfractueuse com- munique, par un canal étroit, avec le canal déférent, et s'ouvre avec lui, dans le commencement de l'urètre. Ces réservoirs sont placés sous le col de la vessie. Ils sont composés d'un boyau qui se ramifie en plusieurs branches et rameaux plus petits, repliés sur eux- mêmes, et retenus par un tissu cellulaire assez fort qui forme l'enveloppe extérieure du réservoir; de ma- nière que leur ensemble a l'apparence d'une simple vessie ovale à surface extérieure très raboteuse. La membrane propre des vésicules est blanche et de con- sistance assez forte; on n'y remarque aucune fibre musculaire. L'interne, qui se continue avec celles du ca- nal déférent et de l'urètre, y forme une foule de petits plis dirigés en différents sens , dont plusieurs parais- sent frangés et rendent la surface interne des vésicules comme veloutée et réticulaire. A o m ,2o environ de l'urètre, chacune des vésicules ne forme plus qu'un canal étroit, qui s'avance à travers la prostate, en se rapprochant de son semblable , et se réunit au canal déférent de son côté, en faisant, avec lui, un angle très aigu ; il en résulte un canal commun qui pénètre 160 XXXIII e LEÇON. SfiCT. M, OKGANIiS 310DU ICATLUES , ETC. dans la paroi inférieure de l'urètre, non loin de son origine, éprouve subitement une inflexion de bas en haut, et s'ouvre dans la paroi inférieure de ce canal, par un orifice ovale percé à côté du verumontanum. B. Dans les Mammifères. Les vésicules séminales existent dans tous les Qua- drumanes, dans les Chéiroptères ; dans les taupes et les myogales parmi les Insectivores; dans les coatis, dans les Rongeurs , les Pachydermes , les Solipèdes; dans le lamantin, parmi les Amphibies trirèmes. Elles man- quent conséquemment dans les Insectivores , les Ours, les Carnivores , dans les Ruminants , dans les phoques parmi les amphibies quadrirèmes, dans les Cétacés et dans toute la série des Marsupiaux. On ne peut donc pas expliquer jusqu'à présent la loi de leur existence. Tout ce que l'on peut en conclure , ainsi que d'autres différences que nous aurons occasion d'observer dans la suite de cette leçon , c'est que les organes reproducteurs ne paraissent pas subordonnés aux organes conservateurs de la vie, ou, en d'autres termes, que le genre de vie de l'animal peut varier beaucoup, que sa nourriture peut être animale ou vé- gétale , sans que ses organes reproducteurs éprouvent des changements correspondants (1). Les animaux à bourse nous en fournissent une preuve frappante. Les uns ne vivent que d'insectes ou d'ani- maux encore plus analogues à leur propre nature , les autres broutent l'herbe , d'autres enfin ne semblent (i) C'est encore un principe que mes propies obseï valions, mes mé- ditations sur le sujet fie. cette rédaction m'avaient suggéré. ART. I. DES VÉSICULES SÉMINALES. 16 1 vivre que de racines. Tous cependant ont les organes de la génération très analogues. Les vésicules séminales varient à l'infini dans leur forme , et Ton sent que cela peut être sans que leur structure essentielle en soit changée pour cela. Rare- ment leur cavité est-elle simple (les lièvres)-, ordinaire- ment on la trouve plus ou moins anfractueuse, et quel- quefois très divisée (les Roussettes). Leurs parois sont généralement minces et simplement membraneuses; on n'y observe aucune fibre musculaire ; et lorsque la force contractile , qu'il faut cependant leur accorder, ne paraît plus suffisante , comme lorsqu'elles ont un très grand volume, pour expulser avec assez de force la masse du liquide qu'elles renferment, elles ont alors un muscle extrinsèque qui sert à les contracter : c'est ce que nous verrons dans Y éléphant. Ces mêmes parois ont évidemment, dans plusieurs cas, une nature glanduleuse; ce qui doit faire penser que les vésicules séminales ne sont pas de simples ré- servoirs de la semence , mais qu'elles servent encore à faire subir à ce liquide des changements plus ou moins importants, soit par l'absorption d'une partie de ses principes constituants , soit par l'addition d'autres prin- cipes. Les vésicules séminales des Singes sont très sem- blables à celles de l'homme. On peut dire cependant qu'elles sont en général plus ramifiées , et que leur ca- vité est plus anfractueuse. La surface interne de celle- ci présente constamment un réseau à mailles très fines, et quelques grosses lames, qui divisent encore plus cette cavité qu'il ne le paraît à l'extérieur. Gomme dansl'homme, chaque canal éjaculateur s'unit, du côté 8. îl 162 XXXlll* LEÇOJN. SECT. II, ORGANES MODIFICATEURS, ETC. interne et postérieur, avec le canal déférent correspon- dant, et ne forme plus avec lui qu'un canal commun, qui paraît plutôt appartenir au premier, traverse la prostate, perce la paroi supérieure de l'urètre et s'ouvre à côté du verumontanum. Dans les makis proprement dits, les vésicules sé- minales consistent en un gros boyau conique, dont le sommet est recourbé eu dedans. Leur cavité est simple, leurs parois sont minces, et présentent intérieurement un réseau fin. Ces vésicules s'ouvrent par un large orifice, commun au canal déférent, sur le côté du verumontanum. Celles du tarsier forment deux larges sacs, dont les parois semblent un peu glanduleuses. Leurs rapports avec l'urètre et les canaux déférents sont les mêmes que dans les précédents. Dans les roussettes , elles forment chacune un lonjj et gros boyau, ayant trois inflexions, dont la cavité est divisée, dans les deux tiers de sa longueur, en une foule de petites cellules à parois membraneuses. Son dernier tiers est un simple canal, qui s'ouvre dans un corps arrondi, assez consistant, placé sur le col de la vessie, dont l'intérieur est divisé par des lames membraneu- ses, comme le boyau séminal, en un grand nombre de petites cellules que l'on trouve de même remplies dune humeur séminale coagulée. Cette sorte de ré- servoir reçoit aussi les canaux déférents, et communi- que dans lurètre par deux petits orifices. Les vésicules séminales sont très petites dans les galéupilhèques. Elles ont un volume médiocre dans les chauves-souris , où elles forment deux sacs arrondis, blanchâtres, à cavité simple, à parois glanduleuses. ART. I. DES VÉSICULES SÉMINALES. 163 Les vésicules séminales des Rongeurs sont remar- quables , dans la plupart , par leur grand développe- ment. Celles du cochon d'Inde forment deux longs tuyaux coniques, s'amincissant beaucoup vers le bout, ayant quelques bosselures dans leur seconde moitié, et s'ouvrant dans 1 urètre par un orifice commun avec celui des déférents. Dans Y agouti, ce sont de même deux gros boyaux , ayant quelques branches plus petites, et dont les pa- rois sont peu épaisses. Chacun a un orifice séparé dans la cavité commune du verumoptanum, où se rendent aussi séparément les conduits déférents et les conduits excréteurs des vésicules accessoires ; de sorte que tous ces canaux communiquent ensemble par le moyen de cette cavité. Les vésicules séminales de la marmotte des Alpes sont peu développées, à cavité très anfractueuse, et à parois glanduleuses. Elles sont semblables, suivant Pallas , dans le boback ; mais dans le souslich [mus titillas, Pall.), d'après le même auteur, elles sont composées d'un petit boyau froncé, qui adhère à une masse formée de plus petits boyaux. Ce sont de nouveau, dans les rats proprement dits, de grandes vessies membraneuses, coniques, aplaties, [ayant leur bord antérieur inégal, bosselé, comme di- visé quelquefois en crête de coq, lorsque les cellules que ces bosselures indiquent sont profondément sépa- rées] ; elles sont situées en très grande partie hors du bassin , à caisse de leur volume considérable. Elles ont une structure semblable dans les hamsters, les campagnols, les loirs , les gerboises; c'est-à-dire que ce sont, dans tous ces animaux, des vessies à cavité 164 XXXIII e LEÇON. SECT. II, ORGANES MODIFICATEURS, ETC. simple, mais inégale, qui se développent singulière- ment dans le temps des amours. [Nous les avons trouvées^ongues, cylindriques, volu- mineuses, ayant leur dernier tiers replié sur le précé- dent, dans la gerboise de Mauritanie. Celles de la gerbille de Schaiv ont une structure et une forme très analogues.] Dans le lièvre et le lapin, ou les lièvres proprement dits, ces organes sont remplacés par un sac unique, d'un volume assez considérable , de forme rectangu- laire, dont les deux coins libres sont quelquefois allon- gés et très distincts. Les parois de ce sac sont mem- braneuses, excepté dans les deux tiers du côté supérieur, où elles sont formées dune substance glanduleuse très épaisse, analogue à la prostate. Ce sac s'ouvre dans l'urètre par un orifice unique , percé] au milieu du verumontanum , et dans lequel se rendent aussi les deux canaux déférents. Les vésicules séminales sont doubles et séparées dans les lagomys (lepus pusillus, ogotonus et alpinus, PalL). Elles consistent chacune, dans X écureuil vulgaire, en un petit canal ridé et replié sur lui-même, qui se rapproche de son semblable entre la prostate et le canal de l'urètre, et, contre l'ordinaire, en dedans des canaux déférents. Leur petitesse, la nature glanduleuse de leurs parois, le défaut de vésicules accessoires, et, comme nous le verrons, la présence d'une véritable prostate et d'énormes glandes de Cowper, rapprochent, à cet égard , ces animaux de la marmotte des Alpes et du boback. ART. I. DES VÉSICULES SEMINALES. 165 Ces vésicules n'ont pas une structure moins variable clans les PacJiydermes, Celles du daman sont très grandes et ramifiées. Elles forment, dans le rhinocéros, deux sacs assez grands, à cavité inégale, à surface extérieure bosselée, dont les conduits se réunissent, avec les déférents, en un canal commun , à en juger d'après les dessins exécutés sous les yeux de Vicq-d'Azyr et l'explication écrite de sa propre main. On dirait, en voyant celles du sanglier, que ce sont deux portions de thymus. Elles sont très volumineuses, et composées de lobes et de lobules ; et ceux-ci d'assez grandes cellules membraneuses polygonales, dont les cavités, remplies d'une humeur séminale coagulée, communiquent ensemble, et se rendent enfin dans un petit canal excréteur commun , qui réunit les précé- dents, et s'ouvre dans le verumontanum, avec le ca- nal déférent de son côté. La même chose a lieu dans le tajaçu. Ces vésicules sont très grandes dans Y éléphant, de figure ovale , ayant un étranglement près de leur sommet, qui sépare la cavité de celui-ci de la grande cavité. Leur surface interne est divisée par des colonnes irrégulières, en sillons pins ou moins larges, mais peu profonds, plus marqués dans le sommet et la partie moyenne des vésicules que vers leur base , où ils s'effa- cent, et sont très comparables à ce que l'on voit dans les vessies à colonnes. Ces colonnes sont formées par la membrane propre des vésicules, beaucoup plus épaisse vers le sommet que dans le reste de son étendue, composée, en grande partie, d'un tissu cellulaire très serré, et présentant, à l'extérieur., un tissu fibreux, 166 XXXIII' LEÇON. SECT. II, ORGANES MODIFICATEURS, ETC. très évident, que l'on devrait peut-être distinguer comme formant une membrane à part. Du côté ex- terne et antérieur de chacune de ces vessies, est un muscle particulier qui s'élève de leur col vers leur partie moyenne, et dont les fibres s'écartent à mesure quelles montent. Ce muscle contracte les vessies séminales en rapprochant leur sommet de leur col, et sert ainsi à faire sortir le liquide qu'elles renferment. Celui-ci passe dans le canal de l'urètre en traversant l'extrémité des canaux déférents, à chacun desquels la vessie cor- respondante se réunit, au-delà de leur ampoule. Celles des Solipèdes sont deux sacs membraneux, qui ont chacun un large canal excréteur, dont l'orifice dans l'urètre est commun au canal déférent de son côté. Nous avons mis les Ruminants, au commencement c^e cette histoire , parmi ceux qui manquent de vésicules séminales, quoiqu'on leur en accorde généralement; c'est qu'on a pris pour telles de véritables glandes que nous décrirons comme des prostates. Nous trouvons cependant deux petites capsules glanduleuses dans le daim , jointes ensemble par leur bord interne, tenant à la base des prostates par leur bord externe, traver- sant comme un pont l'extrémité des déférents, et dont la petite cavité paraît aboutir dans le verumontanum, par la même embouchure que le déférent. Dans d'autres Ruminants , tels que le bélier, Y axis, etc., au lieu de ces capsules on ne trouve plus qu'un simple ligament qui traverse de même, comme un pont, les extrémités des canaux déférents ; et s'attache à fe base des deux prostates , qu'il réunit. ART. I. DES VÉSICULES SÉMINALES. 167 G. Dans la classe des Oiseaux. [Nous avons déjà dit que leurs déférents se termi- nent dans le cloaque, sans même éprouver une dila- tation qui pourrait servir de réservoir à la semence.] D. Dans la classe des Reptiles. [Il y a souvent dans l'ordre des Ophidiens, à la fin du canal déférent, une ampoule qui pourrait passer pour servir à ce dernier usage; mais ce n'est pas une vé- sicule séminale teile que nous lavons caractérisée et décrite chez les mammifères. On ne croirait guère qu'après avoir vu disparaître ces organes dans la classe des Oiseaux et chez les Rep- tiles propres , les Batraciens anoures , parmi les Reptiles amphibies , pourraient nous en offrir un nouvel exemple. Dans le genre Rana^Guv., où nous les avons étudiées, il est remarquable que ces vésicules diffèrent d'une espèce à l'autre. Celles de la grenouille verte sont annexées à l'extré- mité du canal urétro-séminal et à son côté externe. La paroi de ce canal , dont elles ne sont qu'un déve- loppement, est percée de plusieurs trous ronds, qui sont les embouchures des cellules dont se compose cl jaque vésicule. Ces cellules sont allongées en travers \ elles ont une cavité anfractueuse , des parois résistantes qui supportent très bien les injections au mercure, et elles paraissent communiquer entre elles. Dans la grenouille rousse , le canal urétro-séminal commence à se dilater après avoir dépassé le rein, et 168 XXXIII e LEÇON. SECT. II, OKGANES MODIFICATEURS, ETC. prend, en arrière de cet organe, un renflement qui va de même en diminuant et qui lui donne, dans cette partie , la forme d un fuseau ; c'est à cette portion renflée qu'est annexée la vésicule séminale qui est oblongue , jaunâtre, celluleuse, analogue à celle que nous venons de décrire dans la grenouille verte, mais sa position est avancée, au lieu d'être reculée, comme dans cette dernière.] E. Dans la classe des Poissons. [Il n'y a de réservoirs de la semence que chez les Sélaciens, dont l'appareil génital est d'ailleurs très com- pliqué. C'est une petite vessie annexée au caual déférent, ei qui contient, à l'époque du rut, un liquide verdâirè avec un grand nombre de spermatozoïdes (i).] § II. Des vésicules séminales accessoires. [Nous avions adopté cette dénomination, dans notre ancienne rédaction,] pour des paquets de tubes ou de boyaux membraneux, plus ou moins nombreux, plus ou moins ramifiés, collés au côté interne des vésicules séminales, ou situés autour de l'origine de l'urètre , et dont la cavité communique dans ce canal par le moyen d'un ou de plusieurs canaux excréteurs, qui se rendent dans le même orifice que les vésicules séminales et les déférents (l'agouti), ou qui percent l'urètre séparément. [La circonstance que leur liquide ne montre pas de spermatozoïdes, et qu'il ressemble au produit des pros- (i) Voir le mémoire cité de M. Lallemand sur le développement des zoospermes chez les raies. (Annales des science* nat. 9 5 e ?érip, t. XV, p. 257. ART» II. DES GLANDES PROSTATES.! 169 tates eelluleuses, nous a déterminé, dans cette nouvelle rédaction , à classer les organes dans le type des pros- tates tubuleuses.] ARTICLE II. DES GLANDES PROSTATES ET DE L'HUMEUR QU'ELLES SÉPARENT. [Les mammifères sont presque les seuls des animaux vertébrés chez lesquels ces glandes accessoires de l'ap- pareil génital mâle existent. Nous les retrouverons seulement chez les Urodèfes, parmi les Reptiles amphibies., et , ce qui est bien re~ marouable, avec les mêmes caractères de structure et de produit que chez le hérisson.] On pourrait, en ayant égard aux différences que présente leur structure , distinguer, dans les Mammi- fères, deux sortes de prostates. Chez les uns, cette glande a un tissu parfaitement semblable à celui de la prostate de l'homme. Il en est même plusieurs (le dau- phin et le marsouin), où son volume est de beaucoup plus grand et sa structure celluleuse bien plus appa- rente : elle a toujours, dans ce cas, plusieurs canaux excréteurs, qui percent l'urètre par autant d'orifices, et elle est plus souvent simple que double. Dans un petit nombre , au contraire, X éléphant et les Ruminants, cette glande est constamment double ou même quadruple (dans X éléphant), et elle présente intérieurement une cavité centrale, où s'ouvrent beau- coup d'autres cavités plus petites, qui communiquent avec l'urètre par un seul canal excréteur. [Ce dernier type, que nous avions distingué du pre- mier, n'en diffère cependant pas essentiellement : c'est 170 XXXIII* LEÇON. SECT. II, ORGANES MODIFICATEURS, ETC. encore celui des prostates celluleuses. Les cryptes qui forment la partie de sécrétion de leur tissu s'ouvrent dans des cellules moins petites, et celles-ci dans d'autres graduellement plus grandes qui finissent par aboutir dans un seul ou dans plusieurs canaux excréteurs. D'autres prostates ont une organisation tubuleuse. Elles se composent de paquets plus ou moins compli- qués de tubes longs ou courts, plus ou moins repliés sur eux-mêmes , plus ou moins ramifiés, dont les pa- rois sécrètent l'humeur que leur canal renferme. Nous avons classé ces prostates, dans notre ancienne rédaction, ainsi que nous venons de l'écrire, parmi les vésicules séminales accessoires; mais la circonstance que leur contenu ne montre pas de spermatozoïdes , et qu'il a , au contraire , une composition analogue à celle des autres prostates , nous détermine à les con- sidérer comme telles.] A. Chez V homme et les Mammifères, I. De la glande. § 1. Chez l'homme. On appelle prostate , chez Y homme, un corps glan- duleux, d'un tissu particulier, charnu en apparence, rouge, ferme, quoique celluleux, ayant une forme co- nique, placé en grande partie sous le commencement du canal de l'urètre, où il fait une saillie considérable, et enveloppant ce canal sur les côtés. Des fibres mus- culaires, qui partent du col de la vessie, viennent se fixer à sa surface et la recouvrent en partie. On remarque, dans son intérieur, de petits canaux excréteurs, dont les principaux, au nombre de huit à A.HT. II. DES GLANDES PKOSTATES. 171 douze, s'ouvrent dans l'urètre autour du verumonta- num. [Ces canaux excréteurs ont leur origine dans des cellules de différentes grandeurs , dont les plus petites, véritables cryptes glanduleuses qui n'ont pas plus d'un demi-millimètre dans leur plus grande dimension , versent l'humeur quelles sécrètent dans les plus gran- des, d'où elle passe dans les canaux que nous venons d'indiquer.] § 2. Dans les Mammifères. Nous donnerons le même nom aux corps glandu- leux , de structure analogue , dont les canaux excré- teurs s'ouvrent, par un ou plusieurs orifices, dans le commencement de la portion musculeuse de l'urètre, ou dans la première partie de son étendue. Une pa- reille glande existe dans tous les Quadrumanes ; dans les Chéiroptères ; les hérissons parmi les Insectivores ; dans les ours, le raton, les mangoustes et autres Car- nivores ; dans les écureuils, les marmottes et les lièvres, parmi les Rongeurs; dans les Pachydermes, les Soli- pèdes, les Ruminants , les amphibies et les Cétacés. Dans les Singes, la forme de la prostate est moins régulière, plus large de haut en bas que d'avant en arrière, et embrassant l'urètre comme un croissant. Elle ressemble d'ailleurs parfaitemeut à celle de l'homme par sou tissu, sa situation et son volume. On lui voit, dans le mandrill, quelques lobes acces- soires. Celle des makis proprement dits envoie deux pro- longements qui enveloppent les canaux excréteurs des vésicules séminales. 172 XXXIII* LEÇON. SECT. II, ORGANES MODIFICATEURS, ETC. On en trouve deux dans le tarsier, formant chacune un tubercule distinct, situé au-devant des vésicules séminales, sur les côtés de l'urètre. Les galèopithèques en ont de même une seule, large et embrassant la base des vésicules séminales. Son vo- lume est très considérable. Dans les Roussettes , la prostate est simple, entou- rant, comme dans les singes, une grande partie de la circonférence de l'urètre, à l'origine de ce canal. Dans les Chauves-souris proprement dites, elle en- toure toute la circonférence de l'urètre, et semble composée d'un grand nombre de lobules. [Les prostates sont multiples chez le hérisson , d'une énorme proportion, et elles appartiennent au type des prostates tubuleuses. Les deux plus grandes sont les prostates supérieures, qui se composent de tubes longs , ramifié*s et très repliés, réunis en lobules, puis en lobes, et dont les tubes se réunissent successi- vement pour former un seul canal excréteur, qui perce la paroi supérieure du canal de l'urètre. Deux autres paquets plus petits, de forme arrondie, les prostates inférieures , se composent de tubes moins longs dont les divisions s'étendent en éventail, et se dirigent vers la circonférence de la glande, dans la- quelle elles se terminent en culs-de-sac. Leur canal excréteur s'ouvre dans l'urètre à côté du verumonta- nura.] Les tubes' de ces différentes prostates ont des pa- rois membraneuses, minces et faciles à rompre. [Nous verrons qu'il y a aussi, dans le même animal, des glandes de Cowper, dont l'organisation est exac- tement semblable à celle des prostates inférieures.] ART. II. DES GLAINDKS PROSTATES. ' J 73 Dans la taupe , il n'y a qu'une prostate, qui se coin- pose de tuyaux membraneux, ramifiés et repliés sur eux-mêmes, formant, dans le temps de la chaleur, un énorme paquet, plus grand que la vessie urinaire, situé sur l'urètre, au-devant du réservoir de l'urine. Dans les ours, parmi les Carnassiers , sa substance paraît se confondre avec le renflement des canaux dé- férents réunis. Elle s'étend, outre cela, autour du commencement de l'urètre, auquel elle fournit une couche plus ou moins épaisse , suivant les espèces. Dans la loutre , ce n'est qu'une couche assez mince sans renflement ; elle est de même très peu développée dans la belette et les autres martes. Dans Yichneumon, c'est une masse glanduleuse assez considérable , située, comme à l'ordinaire , sur le côté de l'urètre qui répond au rectum, et composée de plusieurs lobes distincts, qui ont chacun leur canal excréteur. Celle des chats et des chiens est très volumineuse, et fait un gros bourrelet très saillant autour de l'u- rètre ; son tissu est semblable à celui de la prostate de l'homme, et ses orifices, dans l'urètre, sont également nombreux , et percés de même dans la saillie du veru- montanum. Dans Y hyène ^ elle est également très volumineuse. Celle de la civette forme deux tubercules peu saillants au-devant de l'insertion des déférents. Parmi les Rongeurs , elle forme, dans la marmotte des Alpes, sur l'origine de l'urètre, un renflement con- sidérable, partagé en arrière en deux lobes arrondis. On peut regarder comme telle, dans le lapin, la substance glanduleuse qui forme une partie des parois 174 XXXIII e LEÇON. SECT. il, ORGAKES ^ODIllCATEL'ES, ETC. du sac séminal , et s'étend pins bas sur ia partie mus- culeuse de Furètre. Celle de Y écureuil est aussi longue que cette por- tion de Furètre , à laquelle elle ne paraît adhérente que par les deux points où elle lui envoie ses canaux ex- créteurs ; son volume est très considérable ; sa forme est ovale, aplatie en dessus, et bilobée en arrière. On trouve dans la nombreuse famille des Rats plu- sieurs paquets de tubes ramifiés autour de l'origine du canal de Furètre, qui composent les prostates de ces animaux. Deux autres sont collées contre la face inférieure des vésicules séminales , et sont formées d'un tronc prin- cipal ayant peu de ramifications. Les lagomys ont ces dernières prostates; [les seules peut-être que l'on pourrait considérer comme des vésicules séminales accessoires.] Dans Y agouti , les prostates sont composées de même d'un tronc divisé en rameaux et en ramuscules, dont les derniers se terminent par des digitations vé- siculeuses. Ge sont également, dans le cochon d'Inde, des tuyaux nombreuxramifiés, repliés sur eux-mêmes, réu- nis par un tissu cellulaire lâche et occupant en dessous la place de la prostate des autres mammifères. il y en a quatre dans Y éléphant ^ deux de chaque côté , de grandeur inégale , situées à l'extérieur des vé- sicules séminales , près de leur base , et d'un volume très petit, à proportion des autres glandes qui appar- tiennent à la même fonction. Elles sont recouvertes de quelques fibres musculaires, et présentent intérieure- ment des lobes peu distincts. ART. II. DKS GLANDES PKOSTATES. 175 Chacune de ces glandes a une cavité principale dans laquelle viennent aboutir d'autres cavités plus petites, par de fort larges orifices. Ce sont autant de culs-de-sac de grandeur variée, qui communiquent les uns dans les autres , et s'ouvrent à fin dans la cavité principale; celle-ci donne dans un canal excréteur d'un grand diamètre ; ceux des glandes du même côté marchent adossés l'un à l'autre , et s'ouvrent séparément dans l'urètre à côté du verumontanum. Celle du sanglier, parmi les Pachydermes , fait une saillie considérable sur le commencement de l'urètre ; elle est divisée en lobes dont le tissu est d'ailleurs très compacte. On trouve de plus, dans cet animal, une couche glanduleuse analogue , qui enveloppe toute la partie musculeuse de l'urètre, et dont la grande épais- seur est à l'origine de ce canal en dessus; elle est re- couverte, dans son commencement, par des fibres musculaires qui lui viennent du col de la vessie, et, dans le reste de son étendue, par des fibres transver- sales, dont nous parlerons plus en détail en décrivant !a portion pelvienne de l'urètre. Dans les Solipèdes , il existe deux prostates très considérables, qui sont placées à côté des vésicules sé- minales. Comparées aux glandes de Cowper, elles sont moins rouges; la masse de la glande y parait moindre et les cavités plus grandes ; elles sont recouvertes défibres tendineuses et musculaires qui leur viennent des vési- cules séminales et de la vessie; et leurs canaux excré- teurs ont plusieurs orifices dans l'urètre de chaque côté de ceux des vésicules séminales. Doit-on appeler ainsi un long cylindre membra- neux , ayant l'extrémité sphérique, placé dans les So- 176 XXXIII e LEÇON. SECT. II, OKGANES MODIFICATEURS, ETC. lipèdes entre les deux canaux déférents, et dont la lon- gueur égale leur partie renflée ? Cette longue vessie s'ouvre dans l'urètre en avant des orifices communs des déférents et des vésicules séminales , plus près de celui du côté gauche. Il en sort une humeur qui a la consistance et la couleur du miel. Les Ruminants ont toujours deux prostates qui sont exactement comparables aux précédentes. Leur pro- portion est plus grande dans le bélier et le bœuf; on y remarque des lobes plus distincts, ayant chacun une petite cavité qui se réunit à la principale ; celle-ci se continue dans un canal membraneux qui s'ouvre dans une assez large lacune du verumontanum , en dedans ou en arrière de l'orifice du canal déférent. Leur surface est plus unie dans le daim , Y axis ^ le bubale , et leur forme plus régulièrement ovale ; elles ont dans tous une cavité centrale, où viennent aboutir, par de larges orifices, d'autres cavités plus petites , et un canal excréteur unique , dont l'orifice est percé dans le verumontanum , le plus souvent derrière celui du déférent de son côté. En général, ces glandes ne diffèrent, dans cet ordre, que par leur volume, qui égale, dans le chameau, celui d'un petit œuf de poule, et par la proportion de leur cavité centrale , comparée à la masse de la glande , proportion qui s'est trouvée quelquefois assez grande pour faire méconnaître la nature de cet organe et le ranger parmi les réservoirs de la semence. Les phoques, parmi les Amphibies quadrirèmes , ressemblent , à cet égard , comme à beaucoup d'autres, à la loutre. Cette glande forme de nouveau , dans les Cétacés , ART. II. DES GLANDES PROSTATES. 177 une seule masse très volumineuse, qui recouvre une grande partie de la première portion de l'urètre , particulièrement en dessus, et est elle-même recou- verte par un muscle très fort. Son intérieur présente , dans quelque sens qu'on la coupe, les ouvertures dune foule de cellules; l'humeur qu'elle sépare arrive dans l'urètre par plusieurs orifices. Si nous l'étudions dans la seconde série des Mammi- fères, celle des Marsupiaux , nous la trouverons dans les kanguroos , très épaisse à son origine , près du col de la vessie; elle va en diminuant d'épaisseur à mesure qu'elle s'avance autour de la partie musculeuse de l'urètre , à laquelle elle donne la forme d'un cône très allongé. [Son diamètre vers la vessie urinaire excède celui de ce réservoir lorsqu'il est contracté. Sa coupe, dans sa plus grande épaisseur autour de l'origine du canal de l'urètre , a o m ,o 1 2 d'épaisseur, et la couche muscu- leuse qui la recouvre o m ,ooi seulement. Sa structure se compose de tubes ramifiés, perpendiculaires aux parois du canal de l'urètre , dont les divisions se multiplient de dedans en dehors, et se terminent à la surface de la glande par de petits ccecums, dont le fond touche à son enveloppe celluîo-musculeuse.] Dans les pftâtangers, elle forme semblablement une- couche assez épaisse, qui enveloppe la même partie de l'urètre. Cette couche ne nous a pas paru sensible dans les phascolomes , de sorte que l'existence de la prostate y paraît douteuse. 12 178 XXXIII e LEÇON. ORGANES MODIFICATEURS, ETC., MALES. B. Chez les Reptiles Amphibies* [L'ordre des Urodèles , dans cette sous-classe, est pourvu, par exception, de glandes analogues aux pros- tates ou aux glandes de Gowper des mammifères. Nous les avons plus particulièrement étudiées chez les salamandres et les tritons. Chez les mâles des salamandres , elles se composent chacune de deux lobes , un horizontal , et l'autre ver- tical. Le premier représente, avec son symétrique, dans la salamandre commune , la forme d'un cœur, dont la pointe serait en arrière , et au centre duquel se trouve les lèvres et la fente du vestibule. Le lobe vertical s'élève obliquement vers la face dor- sale , de manière que les deux lobes verticaux laissent en avant un intervalle dans lequel pénètrent les reins. Un muscle pubio-coccygien s'avance entre les deux lobes d'un même côté, et les sépare. Dans la salamandre noire , ces glandes sont aussi étendues à proportion. Elles ont de même deux lobes chacune. Chez les tritons, ces prostates composent un ap- pareil encore plus compliqué. La prostate qui répond au lobe inférieur de celle des salamandres compose essentiellement la paroi en forme de calotte du vestibule. Il y a, outre cela , deux prostates pelviennes, qui répondent au lobe vertical de la prostate vestibulaire des salamandres. Elles occu- pent la face dorsale du vestibule et du bassin, et se sous-divisent chacune, ou celle d'un côté seulement, en deux lobes. Leurs canaux excréteurs aboutissent ART. il. .DES GLANDES PROSTATES. i?9 dans la ligne médiane de la partie la plus reculée du vestibule. Les tritons ont encore une troisième prostate que j'appelle abdominale, parce qu'elles occupent sur les muscles abdominaux et sous le péritoine une grande partie des parois musculeuses de l'abdomen. Enfin les salamandres et les tritons ont des prostates intravestibulaires. Chez les premiers, elles se composent de deux rangées de lames ou des plis qui occupent les parois latérales du vestibule. Chez les tritons , dont le vestibule est occupé par la verge, ces lames sont portées au dehors, sur la lèvre interne, qu'elles garnissent, et elles ont la forme de petites palmes. Leur bord libre est traversé par les petits tubes qui le dépassent , après être entrés dans la composition de ces lames et de ces palmes. Toutes ces prostates pelviennes , abdomino-vestibu- laires externe ou interne, se composent de tubes courts formant de petits ccecums, ou longs et repliés , quel- quefois divisés ou ramifiés, dont les parois celluleuses sécrètent l'humeur dont ils sont les réservoirs. La structure de ces prostates est absolument compa- rable à celle des prostates du hérisson (i). II. De l humeur des prostates. Cette humeur a été étudiée , dans sa composition mi- croscopique, par MM. Prévost et Dumas (a) dans le (i) Voir mon troisième fragment sur les organes génito-urinaires des reptiles et sur leurs produits. — Comptes-rendus de l'Académie de* sciences, t. XIX , p. 951 et suiv. Paris, 1 844- (2) Annales des se. natur n t. I. 180 XXXIil* LKÇOi\. ORGANES MODIFICATEURS, ETC., MALES. chien, le chat, le liérisson et le lapin. Ils l'ont trouvée composée de globules nombreux semblables à ceux du lait. Dans le hérisson , nous avons observé que l'humeur de la prostate contenait de nombreuses vésicules ovales, pour la plupart , dont quelques unes sont sphé- riques , d'autres oblongues , coniques. Plusieurs de ces vésicules, celles de prostates su- périeures, avaient une forme étoilée , avec un noyau central. Les canaux excréteurs de toutes ces glandes abou^ tissent au vestibule génito-excrémentitiel, et y mêlent l'humeur des prostates à celle des glandes sperma- gènes. ARTICLE III. DES GLAKDES DE COWPER ET DE L'HUMEUR QU'ELLES SECRETENT. [On appelle ainsi de petites glandes dont le canal excréteur est en rapport, chez Y homme et les Mammi- fères , avec le commencement de la partie érectile ou vascnlaire du canal de l'urètre , ou avec la fin de sa partie pelvienne. Ces glandes ont beaucoup de rapports avec les pro- states.] I. Des glandes de Cocvper. A. Chez r homme. Les glandes qui portent ce nom, dans Y homme, sont au nombre de deux, situées immédiatement der- rière le bulbe de l'urètre : elles ont la grosseur et la forme d'un pois, un tissu jaunâtre, une structure cel- luleuse et un seul canal excréteur, qui perce oblique- ART. III. DES GLANDES DE COWPER. 181 ment l'urètre et s'ouvre dans sa partie bulbeuse. [On leur découvre parfois une cavité centrale d'un demi jus- qu'à un millimètre de diamètre, dans laquelle le canal excréteur prend naissance, avec un diamètre d'un tiers de millimètre ; c'est dans cette cavité centrale qu'abou- tissent des canaux peu ramifiés qui tirent leur ori- gine de cryptes, formant des grains glanduleux réunis en grappes , ayant une forme plutôt anguleuse que vésiculaire, et un diamètre de i/3o et au plus i/i-2 de millimètre.] Ces glandes ont échappé longtemps, à cause de leur petit volume, aux recherches des ana- tomistes. On serait tenté de croire, par la même raison, qu'elles ne jouent, chez l'homme, qu'un rôle très secondaire. Il n'en est pas de même, comme nous allons nous en convaincre, dans plusieurs mammifè- res, où elles sont, en général, plus développées à pro- portion, et chez lesquels leur volume excède quelque- fois , de beaucoup, celui des prostates. [Il est remarquable que, dans l'espèce humaine, le sexe mâle ne soit pas exclusivement pourvu de ces glandes, et qu'elles existent aussi chez la femme (1). On les trouve derrière un rudiment de bulbe de l'urètre. De leur côte interne et inférieur sort leur canal excréteur, qui a o m ,o-2 de long et s'ouvre dans le vagin, un peu en dedans de son origine.] B. Dans les Mammifères. Ces glandes existent dans tous les Quadrumanes, dans les Chéiroptères, et parmi les Carnassiers , dans (i) Voir Frietlerich Tiedemann von den Duverneyschen Driïsen des Weibs, etc. Heidelberg, 1 840; etFalentinBepertorium, pour 1837, p. i3s. 182 XXXIIie LEÇON. ORGANES MODIFICATEURS, ETC., MALES. Xichneumon, et sans doute dans les autres mangous- tes, dans la civette, Y hyène, les chats, les Rongeurs (ex- cepté les lièvres proprement dits), les Pachydermes et la plupart des Ruminants et tous les Marsupiaux. Elles manquent dans les Insectivores, les ours, le raton, dans la loutre et les martes, dans les chiens-, dans plu- sieurs Ruminants tels que les cerfs ; dans les Solipèdes, les phoques , parmi les Amphibies quadrirèmes et les Cétacés. On voit quelles se trouvent assez souvent avec les prostates et les vésicules séminales; ou avec les vési- cules séminales et les vésicules accessoires; ou avec les prostates seulement. Chez les Didelphes carnassiers, ce sont les seules glandes accessoires : aussi semblent-elles très essen- tielles dans tous les animaux de cette division des Mar- supiaux. Leur structure est loin d'être toujours parfaitement semblable. Celles des Quadrumanes, des Carnassiers , et des Ruminants ont peu de cavité et un tissu serré. Les écureuils et les marmottes les ont vides et comme vésiculeuses dans une bonne partie de leur étendue ; ce qui a pu les faire considérer, ainsi que leur grand volume, pour des vésicules séminales. Mais les rap- ports de leur canal excréteur avec l'urètre sont tels , précisément dans ce cas, qu'il serait impossible au li- quide séminal d'y parvenir : il faut donc que l'humeur qu'elles renferment soit séparée par leur portion glan- duleuse. Cette humeur les gonfle d'ailleurs dans toutes les saisons. Elle paraît généralement d'un blanc bleuâtre ou opaliu, demi-transparente, ayant la con- sistance de l'amidon , et parvient constamment dans la portion bulbeuse de l'urètre par un seul orifice. ART. III. DES GLANDES DE COWPER. 183 Enfin, un dernier caractère commun à toutes ces glandes, c'est d avoir besoin d'être comprimées pour se débarrasser de l'humeur qu'elles renferment : aussi sont-elles enveloppées complètement, ou en partie, par des gaines musculeuses ou musculo-aponévrotiques plus ou moins épaisses. On les découvre ordinairement dès qu'on a enlevé la peau du périnée où elles sont placées, hors du bas- sin entre le bulbo-caverneux et les ischio-caverneux. Chez les Singes , on les trouve déjà beaucoup plus grandes, à proportion, que dans l'homme : leur tissu est plus lâche que celui de la prostate. Leur volume paraît encore plus considérable dans les makis pro- prement dits, chez lesquels leurs canaux excréteurs marchent collés l'un à l'autre sous l'urètre avant d'ar- river au bulbe. Les chauves-souris, parmi les Chéiroptères, les ont encore plus considérables à proportion. [Dans le Desman de Russie, elles sont allongées et courbées en genoux (i).] Les glandes de Gowper du hérisson sont deux glandes semblables aux prostates inférieures arrondies et apla- ties composées d'un grandnombrede tubes courts, non repliés, mais couchés parallèlement les uns aux au- tres , formant des ramuscules, des rameaux, des bran- ches, qui se réunissent enfin en un seul tronc ou canal principal. Celui-ci s'ouvre dans l'urètre pelvien. Parmi les Carnassiers, ces glandes sont très grandes dans les civettes et les chats, où le muscle qui les enve- loppe est très épais; mais aucsun de ces animaux ne les (i) M. Brandt, Areh. de Wiegmami, f, III. 184 XXXIII e LEÇON. ORGANES MODIFICATEURS, ETC., MALES. a aussi volumineuses que X hyène : la section y fait voir des lobes distincts et les radicules de leurs canaux ex- créteurs. Celles de Xichneumon forment par leur réunion un renflement très considérable , à Fendroit où com- mence le bulbe : leur forme est arrondie et leur masse composée de vésicules , qui communiquent entre elles et se réunissent, vers l'extrémité de la glande,. en un canal commun, qui se prolonge au-dessous de la verge, à côté de son semblable, et s'ouvre, par un orifice séparé, au fond du cul-de-sac qui est à cette extrémité, et. dans lequel aboutit aussi le canal de l'urètre. Cha- cune d'elles a une enveloppe muscuio-tendineuse, puis toutes deux sont recouvertes à la fois par une autre couche de fibres musculaires. Parmi les Rongeurs , celles de Xécureuil sont deux grandes vessies coniques, roulées sur elles-mêmes, dont le sommet a sa cavité divisée en petites cellules, et des parois plus épaisses et plus évidemment glanduleuses que le reste. Chacune délies s'ouvre par un large ori- fice dans un cul-de-sac qui occupe le bulbe de l'urètre, et se prolonge en un canal qui va en se rétrécissant jusqu'au pli de la verge, où il s'ouvre dans celui de l'urètre. Le long du bord interne de la spire, règne un vaisseau d'un blanc de lait, dont les ramifications très fines augmentent vers le sommet de celies-ci: les deux côtés de cette même spire ont des fibres musculaires obliques, qui servent à contracter sa cavité. On en trouve dans les marmottes des Alpes et dans les boback , d'une structure analogue : elles sont en partie vésiculeuses, et présentent la forme d'une mas- sue dont le- bout serait replié contre le manche qui formerait le canal : celui-ci a une cavité simple , tan- ART. III. DES GLANDES DE COWPER. 185 dis que la masse est divisée en cellules glanduleuses. Le canal aboutit, avec celui de son côté, dans un cul- de-sac creusé dans le bulbe , qui se rétrécit, en avan- çant, en un canal étroit, et s'ouvre dans l'urètre vers le milieu de la verge. Dans les rats , elles sont d'un assez grand volume , blanches à l'extérieur, pyriformes, et s'ouvrent dans l'urètre, comme celles des autres ordres : elles ne pa- raissent avoir qu'une enveloppe aponévrotique. Elles sont plates, arrondies et très vasculeuses dans Y agouti. Celles du cochon ci v lnde sont plus arrondies, mais elles ont la même structure. [Elles sont ovoïdes, sphériques et situées derrière le bulbo-caverneux dans la gerboise de Mauritanie, pyra- midales dans la. gerbille de Schaw.] Celles de Y éléphant sont rondes et plates, et d'un très grand volume, comparées aux prostates, ayant au fond la même structure que celles-ci : leur couleur est rougeâtre, et leur surface extérieure très inégale, ce qui leur donne une apparence lobuleuse. On y dis- tingue deux portions , une petite plus près du bulbe , et l'autre beaucoup plus grande ; le centre de la pre- mière présente une cavité assez considérable, qui re- çoit, par de larges orifices, l'humeur renfermée dans des cavités plus petites , dans lesquelles aboutissent d'autres cavités plus petites encore. La cavité princi- pale s'ouvre dans un canal excréteur qui, après un tra- jet de quelques centimètres, s'unit au canal commun. Ce dernier, qui vient de la grande portion, est formé de deux branches , répondant aux deux cavités cen- trales de cette portion; il rampe quelque temps dans l'épaisseur des parois de l'urètre, avant de s'ouvrir , 186 XXXIII e LEÇON. ORGANES MODIFICATEURS, ETC., MALES. comme à l'ordinaire, dans sa partie bulbeuse. Ces glan- des sont enveloppées d'un muscle très épais, dont les fibres convergent vers un tendon qui se fixe à chaque brandie du corps caverneux. Dans le sanglier , parmi les Pachydermes, elles for- ment un long cylindre aplati ( de 0,1 mètre de lon- gueur); composé d'une substance ferme, ayant de pe- tites cellules qui se réunissent dans de plus grandes celles-ci forment une cavité centrale, aboutissant à un canal excréteur membraneux, qui va s'ouvrir sur les côtés d'une espèce de cul-de-sac creusé dans la partie bulbeuse de l'urètre et par lequel commence cette partie : elles ont chacune un muscle dont les fibres obliques régnent d'avant en arrière sur une de leurs faces, dans toute son étendue. Chez les Solipèdes les glandes de Cowper forment un renflement ovale de chaque côté de l'extrémité pelvienne du canal de l'urètre. Ces glandes sont enve- loppées, dans toute leur étendue, par des fibres muscu- laires et tendineuses; elles ont chacune une douzaine d'orifices, formant deux rangées dans la portion de l'urètre à laquelle elles adhèrent. Dans le chameau, parmi les fiuminants, elles ont la forme et la grosseur d'un œuf de pigeon, la surface ex- térieure unie , un tissu assez ferme et un canal excré - teur, dont la terminaison est, comme à l'ordinaire, dans le bulbe de l'urètre. Leur structure est la même dans les autres Pxumi- nants qui en sont pourvus. Elles y sont constamment enveloppées par un muscle épais. Tous les Marsupiaux ont des glandes de Cowper. Celles de Didelphes sont remarquables par leur nom- ART. III. DES GLANDES DE COWPER. 187 bre; on en compte six dans le cayopolin , les phalan- ge rs , 3e phascolome, le kanguroo-géant ; et quatre seulement clans la sarigue et le kangaroo-rat. Deux d'en- tre elles sont placées, dans le kanguroo-géant, à côté l'une de l'autre sur l'urètre, et immédiatement derrière les branches du corps caverneux; les deux autres , de chaque côté, sont en arrière de ces branches \ et plus grosses que les premières. Toutes ont une enveloppe musculeuse et aponévrotique. Elles sont évidemment composées, dans ces animaux, d'un tissu de canaux dirigés suivant la longueur, et dont on aperçoit les nombreux orifices, lorsque l'on coupe leur substance en travers. [Ainsi, leur structure est analogue à celle de la pros- tate. Elle se compose de tubes ramifiés, qui commen- cent à la surface de la glande par de petits cœcums, et se terminent dans une cavité centrale qui a son issue dans le canal excréteur de la glande.] Dans Xéchidnè et Xornithorhynque , ou chez les Monotrèmes , on trouve une glande de Cowper de chaque côté du cloaque, peu volumineuse, de forme ovale, ayant dans son milieu une cavité étroite abou- tissant dans un canal excréteur, qui pénètre à travers le constricteur du cloaque , et va se joindre au petit conduit [séminal qui se détache de l'urètre près de sa terminaison , dans le cloaque, et se continue jusqu'au gland.] Cette glande est enveloppée par un muscle très fort, dont Faction devenait nécessaire pour lan- cer l'humeur qu'elle sépare, à travers le long canal ex- créteur dont elle est pourvue. 188 XXXIII e LEÇON. ORGANES MODIFICATEURS, ETC., MALES. G. Dans la classe des Oiseaux, [Aucune trace de glande , analogue aux glandes de Cowper des mammifères, n'a été signalée jusqu'à pré- sent dans cette classe, ainsi que nous lavons dit des prostates.] D. Dans la classe des Reptiles* s [Les Reptiles propres n'ont rien de semblable. Ils ont, sous ce rapport, une organisation conforme aux oiseaux. Les Reptiles amphibies urodèles sont, au contraire, pourvus d'un appareil glanduleux , qui entoure leur vestibule génito-urinaire, appareil que nous avons fait connaître dans l'article précédent, mais qui ne manque pas de rapports avec les glandes de Cowper.] E. Dans la classe des Poissons. [Le sperme très épais des Poissons ovipares destiné à féconder les œufs dans l'eau a une composition ana- logue à ce moyen de fécondation; et aucun organe ac- cessoire ne sécrète , chez ces animaux , une liqueur propre à délayer le sperme qui sort de la glande qui l'a préparé. Cependant on a décrit, dans le Gobius niger, un ap- pareil glanduleux composé de deux vésicules ovales assez grandes, situéessur le col de la glande spermagène. Il y a même une petite glande impaire attachée au col des vésicules paires. Elles sont composées de cel- lules anguleuses que l'on trouve remplies d'une hu- meur semblable au sperme. On dirait des vésicules APPENDICE. 189 séminales qui sécréteraient une matière liquide pro- pre à délayer le sperme du testicule (i). Les canaux de ces trois petites glandes aboutissent à une papille creuse, où se rend aussi le canal éjacula- teur. Nous ferons connaître dans la leçon suivante, à la suite des organes d'accouplement , une glande dont l'usage est encore problématique ; elle existe dans l'appendice extérieur génital qui caractérise les mâles des Sélaciens et des Chimères.] II. De V humeur des glandes de Coivper. [L'humeur des glandes deCowper chez Y homme est transparente, visqueuse, filante et composée de gra- nules ronds , de 1/900 jusqu'à 1/370 de ligne ($). Nous avons dit ( p. 182 ) quelle avait, dans les ècureuds , la consistance de l'amidon et une couleur opaline demi-transparente.] APPENDICE POUR LA LEÇON ACTUELLE ET LA PRECEDENTE. DE l'HERMAPHRODITISME DES POISSONS, OU DE LA REUNION DANS LE MEME INDIVIDU DES ORGANES PRÉPARATEURS DES OVULES ET DU SPERME. [Un des caractères généraux des animaux vertébrés est d'avoir les organes sexuels séparés, chez des indi- vidus différents. « Cependant, suivant M. Ccwier^ on trouverait de » temps à autre , parmi les poissons ordinaires , des (1) M. Rathke o, c, § 5g, p. 201, et Pi. V, fig. 10. (3) Suivant, M. Krause, mém. cité. J90 XXXIII e LEÇON. APPENDICE. » individus qui ont d'un côté un ovaire, et de l'autre » un testicule ; mais il paraît que certaines espèces » réunissent naturellement et constamment les organes » des deux sexes. Gavoiini l'assure du serran , ou » perche demer^etsir Everard Home de Y anguille et de » la lamproie; pour ce dernier genre, MM. Magendie » et Desmoulins pensent qu'il y a des mâles. ».... Quant au serran, nous avons vérifié, ajoute » M. Guvier, que les ovaires ont leur partie postérieure » d'un tissu différent du reste de leur masse , et fort » semblable à celui d'une laitance. Il reste à savoir si » cette partie en fait réellement les fonctions (i). » Nous avons rapporté ce texte afin de faire mieux comprendre les progrès que la science a faits à cet égard, depuis 189.8, époque de la publication du vo- lume dont il est extrait. LThermaphroditisme accidentel peut avoir lieu, si l'on en croit plusieurs auteurs recommandables, qui en citent des exemples, entre autres Leeuwenhoeek, pour la merluche. Il serait à désirer cependant que ces exemples eussent été conservés dans les collections , pour être contrôlés par l'examen sévère de la science d'aujourd'hui. Jusque là nous devons suspendre notre jugement, malgré les autorités respectables qui regar- dent ce fait comme certain. Quant aux espèces qui seraient constamment her- maphrodites , l'erreur de sir Everard Home , pour Y anguille et la lamproie , est généralement reconnue. Le savant anatomiste avait pris les reins de la lamproie (1) Hist. nat. des poissons, t. I, p. 534 et 535. APPENDICE. 191 marine (1) pour ses laites, et n'avait pas su distinguer l'organe femelle de l'organe mâle de ces deux genres , parce que la forme générale de ces deux sortes d'or- ganes est la même , et que le sperme se trouve réuni dans de nombreuses et petites poches rondes, qui ont beaucoup de ressemblance avec des œufs. Cependant MM. Magendie et Desmoulins annon- çaient à l'Académie des sciences, en 1822 (2), avoir distingué la laite dans un individu, et l'ovaire dans plusieurs autres, et l'existence d'un grand nombre d'in- dividus femelles et d'un petit nombre de mâles. Mais l'emploi qu'ils ont été obligés de faire du microscope pour distinguer, dans les feuillets de l'ovaire, des glo- bules semblables à ceux que contiennent les ovaires de l'esturgeon dans un état flétri, démontrent au moins que l'individu présumé mâle qu'ils ont observé n'était pas en rut. Nous avons nous-même constaté, dès 1829, sur plu- sieurs individus mâles, l'existence des testicules, et celle des ovaires chez plusieurs femelles. Ces individus avaient été pris dans le Rhin, aux mois de mai et de juin, époque à laquelle ils remontent ce fleuve pour frayer. On a pu voir, dans la description que nous avons don- née de ces organes, articles II et V, que les petites cap- sules qui se montrent de toutes parts à l'œil, à travers les parois du falbala très plissé que forme le testicule, sont plus nombreuses, plus petites et moins unies que les ovules, qui sont plus gros, moins nombreux et par- faitement sphériques. (1) Trans. philos., pour i8i5, P. II, p. 257-271. (2) Journal de physiologie, t. II, p. 224. 192 XXXIII* LEÇON. APPENDICE. Nous avons vu, dans les mêmes articles II et V, que les ovules de Yanguiile sont ovales, tandis que les cap- sules spermatiques sont rondes. L'incertitude et les erreurs sur les sexes de ces deux genres proviennent uniquement de ce qu'on a méconnu la structure intime de leur glande sperma- gène, ainsi que les différences qu'elle présente, com- parée à la glande ovigène. L'observation de Cavotini sur la perche de mer, serra- nus scriba, est-elle bien exacte et surtout justement ex- pliquée? Les sacs distincts des ovaires que ce grand observateur a vus et fait figurer (1) sous l'extrémité postérieure de ces derniers organes étaient-ils bien des laites, malgré les apparences dont M. Cuvier lui- même a été frappé, sur les individus qu'il a examinés? Ou n etaient-ce pas plutôt des glandes sécrétant une humeur servant à envelopper les œufs à leur sortie, et qui ne se montrerait qu'à l'époque de la ponte ? Cette restriction me ferait comprendre l'état dans lequel j'ai trouvé ces organes dans un exemplaire de la même espèce , qui n'était pas encore arrivé à cette époque. Les ovaires étaient deux sacs coniques, nés avan- çant qu'à la moitié de la longueur de la cavité abdo- minale, à parois demi- transparentes. Ils contenaient des œufs de forme polygonale, irrégulière, ayant tous une vésicule germinative. Les deux sacs se réunissent à un oviducte commun , et celui-ci au canal de la vessie urinaire, pour aboutir au même orifice derrière l'anus. (i) Memorie sulla yenerazione dei Pèscidn di Filoppo Cavolini, p. p5. In Napoli, 1787. APPENDICE. 193 Dans nn exemplaire de serranus cabrilla, l'organe génital était unique, mais bifurqué, et paraissait com- posé de cellules polygonales. Nous avons compté dans une de ces cellules huit ou neuf corps ronds , de diffé- rentes grandeurs, que nous avons pris pour des cap- sules de spermatozoïdes , plutôt que pour des ovules. Il n'y avait, dans l'un ni dans l'autre exemplaire, deux sortes d'organes qui aient pu nous faire soupçon- ner, le moins du monde, l'existence simultanée, dans le même individu , des organes de génération mâle et femelle, et conséquemment l'hermaphroditisme. 8. 13 194 XXXIV e LFÇOX. ORGANES D' ACCOUPLEMENT TRENTE-QUATRIÈME LEÇON. DES ORGANES D'ACCOUPLEMENT DANS LES ANIMAUX VERTÉBRÉS. [Les organes d'accouplement, chez les mâles, sont en pénéral des cavités qui reçoivent le sperme qu'y ver- sent les canaux excréteurs des glandes spermagènes , et qui le transmettent, soit immédiatement, soit par l'in- termédiaire d'une ou plusieurs verges, dans les or- panes d'accouplement de la femelle.] Ce sont encore, dans quelques cas , des espèces de membres surnumé- raires , ou de membres ordinaires modifiés, qui don- nent aux mâles la facilité de se cramponner sur leurs femelles. Les organes d'accouplement de celles-ci sont , au contraire, des conduits particulièrement destinés à re- cevoir la verge du mâle, ou à donner passage aux pro- duits de la conception ; ou des cavités, servant encore à d'autres usages , qui reçoivent dans l'accouplement une ou plusieurs verges, et que la liqueur fécondante est obligée de traverser pour arriver aux organes édu- cateurs. [Les divers types des organes mâles d'accouple- ment étant nécessairement en rapport , dans chaque classe, avec les organes femelles, au lieu de faire connaî- tre successivement, dans les quatre classes, les modifi- cations des organes d'un même sexe, nous croyons de- voir réunir dans la même section l'histoîre^siiccessive DES ANIMAUX VERTEBRES, EN GENERAL. 195 et comparée des organes femelles, après celle des or- ganes mâles d'une seule classe.] Il paraît peu juste, au premier abord, de dire que les organes d'accouplement existent moins généra- lement dans les femelles que dans les mâles. Cela est vrai cependant: c'est que, dans le petit nombre de Poissons qui s'accouplent, chez les Ché/oniens , les Sauriens et les Ophidiens , parmi les Reptiles, dans tous les Oiseaux, dans Xornithorhynque et Xét - Iiiclné^ le cloaque [ou le vestibule génito-excrémentitiel ] tient lieu de ces organes. Il s'abouche avec celui du mâle, reçoit la verge ou les verges de celui-ci , lorsqu'il en a une ou deux, et la liqueur séminale. Un très petit nombre de femelles \ parmi tes es- pèces dont les mâles ont une verge J paraissent être pourvues dun clitoris, le seul organe particulier à l'ac- couplement qu'elles présentent dans ces trois classes. [J'avais trop restreint, dans la rédaction qu'on vient de lire, la signification des organes d'accouplement ou leur détermination : c'est qu'à l'époque où cette ré^ daction a été faite, l'idée qu'on avait du cloaque était, ainsi que ce nom l'indique, celle d'un égout ou d'un ré- servoir pour les excréments. Cette idée était à la fois inexacte et incomplète. La cavité qui est au-devant de l'issue du rectum est sans doute traversée par les fèces alimentaires; mais elle ne leur sert pas de réservoir (1). Cette cavité appar- tient plus essentiellement aux fonctions génératrices , dont les organes ont généralement leurs communi- (i) Voir le t. II, p. 335, Je la Philosophie an atomique de M. GeoffYoy- Saint-Hilaire , où cette proposition est démontrée, pour les oiseaux, par l'observation et l'expérience. 196 xxxiv e leçon, org. d'accouplement des vertébrés. cations au dehors, plus ou moins liées avec celles de la sécrétion de l'urine. C'est pour cela que j'ai chan- gé, depuis plusieurs années , dans mes cours, l'expres- sion de cloaque en celle de vestibule génito-excrémen- titiel, parce que j'avais considéré comme les plus essen- tielles, comme les principales, les fonctions génératrices de ce vestibule , et que je l'avais reconnu existant, même lorsqu'il est séparé de l'issue du rectum 5 et qu'il ne donne plus passage aux fèces alimentaires. Il est en- core , dans ce cas , l'issue commune des fèces urinaires et des produits de la génération; et c'est toujours par son intermédiaire, chez les femelles, que la liqueur fé- condante du mâle pénètre dans le canal ou dans les canaux qui doivent la porter sur les ovules, toutes les fois que la fécondation doit avoir lieu avant la ponte. C'est donc essentiellement, pour les femelles, l'or- gane d'accouplement. Je ne connais qu'une seule ex- ception à cette règle : c'est celle bien singulière que présentent les Chimères, dont les oviductes s'ouvrent immédiatement au dehors, derrière l'orifice du cloaque, qiji n'est plus un vestibule génito-excrémentitiel que chez les mâles. Chez les Sélaciens seuls, dans la classe des Poissons, avec les Chimères^ ce vestibule est l'aboutissant du rectum. Chez les autres Poissons cartilagineux et dans toute la sous- classe des Osseux , le rectum a son issue en avant de celle des produits de la génération et de l'urine, qui sont ordinairement communes. Chez les vi- vipares qui doivent se rapprocher pour la fécondation intérieure , cette issue commune est conséquemment celle d'un court vestibule génito-excrémentitiel, dont l'orifice peut servir d'organe d'accouplement.] SECT. I. ABT. I. ORGANES MALES DES MAMMIFÈRES. 197 SECTION I. DES ORGANES D'ACCOUPLEMENT DANS LA CLASSE DES MAMMIFÈRES. ARTICLE I. DES ORGANES MALES. [Nous avons suivi dans cette classe les canaux défé- rents jusqu'à l'origine du canal de l'urètre, où ils se ter- minent. C'est aussi à cette origine que sont les embou- chures des vésicules séminales, des glandes prostates , et plus loin , au commencement de la partie bulbeuse de ce canal , celles des glandes de Cowper, dont les di- verses humeurs viennent s'y mélanger à la semence. L'urètre, chez tous les mammifères, les Monotrèmes exceptés, se continue le long d'un corps saillant érectile, destiné à introduire la liqueur fécondante dans les organes d'accouplement de la femelle. Chez les Monotrèmes qui n'ont que la partie pel- vienne du canal de l'urètre, un canal séminal parti- culier se détache de l'extrémité de l'urètre, pour suivre la verge jusqu'aux glands et y diriger la semence. La verge, chez les Mammifères, est donc l'organe essentiel d'accouplement des mâles. Nous aurons à décrire, avec elle , le fourreau cutané qui l'enveloppe, ou le cloaque qui la recèle dans quelques cas ; les glan- des e J es muscles qui appartiennent exclusivement à ses enveloppes.] Dans Y homme et les Mammifères , on ne trouve 198 XXXIV e LEÇOiV URG. d' ACCOUPLEMENT DES VERTEBRES, jamais qu'une seule verge, toujours percée, dont la position, la forme générale et la grandeur relative varient beaucoup. Elle est composée : i° d'un corps fibro-vasculaire, appelé corps caverneux , susceptible de se gonfler et de prendre assez de consistance pour rendre pos- sible l'introduction de cet organe dans ceux de la femelle ; 2° quelquefois dun os destiné au même usage; 3° d'un canal qui commence à la vessie urinaire, et se termine à l'extrémité de la verge, à travers lequel passe la semence, pour arriver dans le corps de la femelle; l\° d'une extrémité plus ou moins dis- tincte , à laquelle on a donné le nom de gland, siège principal de la sensibilité dont la verge est susceptible; 5° de muscles qui servent à mouvoir cet organe, ou à contracter l'une ou l'autre de ses parties ; 6° de vaisseaux sanguins et de nerfs qui le gonflent et le toidissent au moment du coït, et lui donnent une, sensibilité si exquise, qu'ils en font pour ainsi dire un organe de toucher particulier. 1. Position , forme générale, enveloppes et gran- deur relative de la verge. La position de la verge varie de quatre manières différentes : i° Après être sortie du bassin, elle s'élève un peu ie long de la symphyse des os pubis.., et tient à l'ar- cade de ces os, on à cette symphyse, par un ou deux ligaments suspenseurs; tandis qu'elle est libre et pendante dans le reste de son étendue, et renfermée dans un fourreau ou prolongement de la peau égale- SECT. I. ART. 1. OKGAJNES MALES DES MAMMIFERES. 199 ment libre ei détaché du ventre. Vhotnmt :■■, tons les quadrumanes et les chéiroptères sont dans ce cas. i° Elle continue son chemin d'arrière en avant , depuis la symphyse des os pubis , sous la ligne mé diane de l'abdomen, jusque plus ou moins près de l'ombilic. Dans ce trajet, elle est contenue dans un fourreau qui n'est qu'une légère extension de la peau du ventre, et qui la tient appliquée à cette partie; un tissu cellulaire plus ou moins fort, qui se change, lorsque la verge a un grand poids (comme dans X éléphant) , en un ligament aponévro- tique très solide, sert encore à l'affermir dans cette position. Elle est particulière à tous les Carnassiers } aux phoques, aux Proboscidiens , aux Pachydermes , aux Solipèdes , aux Ruminants. Dans ce cas, elle a l'orifice de son fourreau plus ou moins près de l'om- bilic , [et la peau qui constitue ce fourreau se replie dans elle-même comme dans le premier cas, en s 'amin- cissant beaucoup pour se fixer autour de la couronne ou de la base du gland.] Lorsque la verge est retirée dans son fourreau, elle y éprouve, toutes les fois qu'elle est très longue, une ou plusieurs inflexions en différents sens. La verge de X éléphant est repliée dans son fourreau en forme de double S italique. Celle des Ruminants se détourne de son chemin direct pour s'élever dans l'échancrure pro- fonde que borne , en arrière , le bassin , et en avant la grande saillie du ventre; elle reprend ensuite sa pre- mière direction pour ne plus en dévier. Dans le cha- meau et le dromadaire , son extrémité est repliée en arrière; il en est de même dans celle des chats : aussi ces animaux lancent-ils leur urine de ce côté; mais 200 XXXIV e LEÇOX. ORG. d' ACCOUPLEMENT DES VERTÉBRÉS. lorsque cet organe entre en érection , il se redresse et se porte en avant. Tous les animaux qui ont la verge ainsi fixée sous le ventre ont deux muscles qui doivent servir, jusqu'à un certain point, à retirer le fourreau sur elle lorsqu'elle doit y rentrer : ce sont des protracteurs du fourreau. Ils s'attachent en avant , par plusieurs languettes , sous l'aponévrose moyenne des muscles du bas-ventre , ou sous leur portion charnue, se rapprochent l'un de l'autre en se portant en arrière , et en réunissant ces languettes, et se fixent, par leur extrémité, sur les côtés de la portion antérieure de ce fourreau. Ces mêmes animaux ont encore deux muscles qui s'attachent aux premières vertèbres de la queue , des- cendent de chaque côté du rectum, ou tiennent seu- lement à ce dernier et au sphincter de l'anus, gagnent la verge près du bulbe ou au-delà, suivent ses parties latérales ou sa partie inférieure jusque vers le gland, où ils se terminent; soit à la paroi externe du corps caverneux , ou à l'os de la verge (les Carnivores); soit au fourreau de la verge (les Ruminants). Dans ce der- nier cas , ils sont les antagonistes des muscles que nous venons de décrire. On leur donne alors le nom de rétracteurs du prépuce. Lorsque l'animal relève sa queue, ils agissent sur le fourreau, et le tirent en arrière. Ils ont sans doute la même action sur la verge, lorsque c'est à cet organe qu'ils se fixent, comme dans les Carnivores . Il est moins facile de se rendre compte de leur usage lorsque, comme dans les Solipèdes , ils sui- vent, rapprochés l'un de l'autre, la partie inférieure de la verge le long de l'urètre , en donnant des ban- SECT. I. ART. I. ORGANES MALES DES MAMMIFÈRES. 201 deletles au muscle qui recouvre ce canal , et en se perdant ainsi; ils modèrent probablement l'allonge- ment de la verge dans l'érection, et contribuent à la retirer dans son fourreau. Ces muscles ne se trouvent pas dans Y éléphant , et semblent y être remplacés par deux muscles extrêmement forts , que nous décrirons sous le nom de releveurs, en parlant des muscles de la verge. La verge des tatous tient à la fois de la disposition décrite en premier lieu et de la seconde. Elle n'a que sa première moitié fixée sous le ventre dans un four- reau cutané. L'autre moitié est libre en dessus, et non recouverte par son fourreau, qui est comme tronqué obliquement de ce côté; tandis qu'en dessous il va se fixer, en se rétrécissant toujours, à quelques lignes de l'extrémité du gland. 3° Dans la troisième sorte de position que prend la verge, cet organe , après s'être avancé jusqu'au bord antérieur du pubis , se replie sous la peau pour revenir sur lui-même et se rapprocher de l'anus. L'orifice du prépuce est alors trèsvpeu en avant de ce dernier. Le cochon d'Inde et Yagouti ont la verge ainsi dis- posée. Des fibres musculaires transversales, qui vont d'un crémaster à l'autre, passent sur sa courbure, et y prennent, pour une partie, leur point d'attache. D'autres fibres vont du grand oblique au même point. Les pre- mières doivent, en pressant sa courbure, contribuer un peu à faire sortir ia verge de sa position et de son fourreau. Les dernières retirent sans doute la verge lorsqu'elle est sortie. Sa position , dans la marmotte , tient à la fois des 102 XXXIV e LEÇOiN. URG-. D ACUOUPLEMEINT DES VEATÉBRÉS. deux précédentes. Parvenue à la région sous pubienne, elle ne se replie pas en arrière pour se rapprocher de l'anus, mais elle se recourbe directement en bas, pour sortir par le prépuce, qui est percé à cet endroit. Un ligament, qui vient s'y fixer de la ligne médiane, la maintient dans cette situation. Dans Y écureuil , elle se replie subitement à la hauteur du gland, pour gagner l'orifice du prépuce, qui est plus en arrière. 4° Enfin, dans beaucoup de Rongeurs, tels que les rats , les campagnols , les loirs , les gerboises , les lièvres, les lagomys et chez tous les Didelphes, la verge affecte une quatrième position. Dans aucun de ces animaux, elle ne remonte, après être sortie du bassin, le long de la symphyse des os pubis, mais elle continue de se porter en arrière jusque près de l'anus; l'orifice du prépuce est alors immédiatement au-devant de ce dernier, et compris dans le même sphincter, comme dans les Didelphes , ou un peu moins rapproché de la même ouverture, et hors du sphincter de l'anus, comme dans les Rongeurs. Ces positions variées qu'affecte la verge des Mammi- fères sont sans doute en rapport avec le mode de coït auquel ils sont soumis; mais elles paraissent encore tenir à la longueur proportionnelle de cet organe. Dans les Ruminants , qui ont la verge très allongée , dans les Solipèdes et plusieurs Pachydermes , il fallait qu'elle put s'étendre le long du ventre, tandis que dans les Didelphes et plusieurs Rongeurs, où elle est plus courte, proportion gardée, elle n'aurait pu s'avancer jusque là. Les Quadrumanes, les Carnassiers , les Chéirop- tères , ont cet organe médiocrement long. Il est court , SECT. I. ABÏ. I. OAffràBftS MALES DEb MAMMIFERES. 203 comme nous venons de le dire, dans les Didelphes et chez la plupart des Rongeurs; dans les Carnivo- res digitigrades et les phoques , parmi les Amphibies. Dans le cochon d Inde et Yagouti, sa longueur propor- tionnelle paraît à peu près la même que dans les pre- miers. La forme générale de la verge ne varie pas moins que sa position et sa longueur. Elle est grêle dans le sanglier et les Ruminants ; grosse et cylindrique dans les Solipèdes, Y éléphant et le lamantin; grosse et conique dans le rhinocéros et le marsouin ; grosse , conique et aplatie dans le dauphin; à peu près cylin- drique dans les Quadrumanes et les Rongeurs ; courhée en S dans le raton, etc. Nous reviendrons sur ces formes en parlant du gland, qui compose souvent à lui seul la partie de la verge qui paraît au dehors, et en décrivant l'os pénial,dont la figure détermine quelque- fois celle de la verge. 11. Du corps caverneux et de l'os de la verge. A. Du corps caverneux. Ce corps donne au pénis des Mammifères la consis- tance nécessaire pour être introduit dans les parties sexuelles de la femelle. 11 forme seul la très grande partie de la portion de cet organe qui se trouve hors du bassin. Son origine est, dans Y homme, à chaque branche de l'ischion , un peu au-dessus des tubérosités de cet os, par deux racines qui adhèrent fortement à ces branches, et dont les parois externes semblent con- fondues avec leur périoste. De là ces deux racines se rapprochent l'une de l'autre, en s élevant vers l'arcade 204 XXXIV e LEÇON. OBG. D'ACCOUPLEMENT DES VERTEBRES. du pubis, et se réunissent bientôt pour ne plus former qu'un seul corps cylindrique . ayant en dessous une large rainure dans laquelle s'introduit le canal de l'urè- tre , et j en dessus, un sillon moins profond, le long du- quel marchent une partie des principaux vaisseaux sanguins et des nerfs de la verge. Ce corps se ter- mine au gland; c'est proprement un composé de deux demi-cylindres creux , dont la cloison mitoyenne , qui devrait résulter de leur réunion , n'est complète que dans une partie de leur étendue, et ne se voit, dans le reste de leur longueur, que le long de la paroi supé- rieure. Il n'a donc , en effet , qu'une seule cavité, sé- parée en deux loges dans son commencement par une cloison perpendiculaire , et dont les parois sont com- posées d'un tissu tendineux très solide , affermies et préservées contre une trop forte dilatation, par des lames et des filets de même nature, ayant aussi , dans quelques cas, l'apparence musculeuse, qui la traversent en tous sens, et se fixent aux points opposés de ses parois. Le corps caverneux n'est rempli, outre cela, depuis le commencement de ses racines jusqu'au gland, que par un réseau très compliqué de vaisseaux sanguins accompagné de beaucoup de filets nerveux. Ce réseau est susceptible de prendre très promptement une grande extension en tous sens, par l'afflux du sang qui peut y aborder; ou de revenir sur lui-même et de se vider aussi promptement de la plus grande partie de ce liquide qui s'y trouve enfermée. Le sang ne s'épanche point, pendant l'érection, dans de véritables cellules , formant, comme on le dit, des cavités intermédiaires entre les veines et les artères. C'est un fait dont nous nous sommes bien convaincus SECT. I. ART. I. ORGANES MALES DES MAMMIFÈRES. 205 par la dissection de la verge de Yélép/umt. Le corps caverneux de cette énorme verge est rempli, en très grande partie, de rameaux veineux qui ont entre eux de si larges et de si fréquentes anastomoses, dont les parois se confondent et s'ouvrent si souvent, pour ces nombreuses communications, qu'il en résulte, dans quelques endroits, une apparence ceîluleuse. En comparant cette structure avec celles d'autres verges successivement plus petites; en passant, par exemple, de l'éléphant au cheval, de celui-ci au mur- souin, au chameau, au bœuf ', au houe, etc., il nous a paru démontré quelle était la même dans tous les Mam- mifères; c'est-à-dire composée essentiellement d'un ré- seau extrêmement compliqué de ramifications de vais- seaux sanguins, et particulièrement de veines. Si l'on fait une section longitudinale du corps caverneux , on distingue facilement les principaux rameaux de celles- ci, qui suivent la longueur de la verge , rapprochées de sa paroi dorsale. Les deux racines du corps caverneux varient bien un peu, pour la longueur, dans les différents mammi- fères ; mais elles sont, en général, très courtes, et ad- hèrent, dans la plupart des cas, aux ischions, aussi inti- mement que dans l'homme. Nous ne connaissons à cet égard que deux exceptions remarquables. La première est commune à tous les Didelphes. Ces branches, qui sont longues et d'un diamètre peu consi- dérable, y sont absolument libres, et ne tiennent aux ischions que parle tendon du muscle quiles enveloppe. La seconde de ces exceptions concerne les Cétacés, qui n'ont pour tout bassin que deux os séparés l'un de l'autre, et placés presque parallèlement l'un à l'autre, de 206 XXXIV e LEÇON. ORG. D ? ACCOUPLEMENT DES VERTÉBRÉS. chaque côté de l'origine du corps caverneux. Us ne sem- blent exister, dans ces animaux, que pour fournir un point d'attache aux organes de la génération, et leur écartement l'un de l'autre varie avec la grosseur des branches du corps caverneux qui les séparent. Celles-ci commencent par deux grosses tubérosités aplaties , et dirigées en arrière et en haut, très rapprochées l'une de l'autre et tenant entre elles et aux os du bassin, dont elles restent séparées d'abord de quelques millimètres, par desfibresligamenteuses très fortes. A mesure qu'elles pé- nètrent entre ces os, elles s'en rapprochent davantage et s'y unissent aussi intimement que les branches du même corps avec les os de l'ischion, dans les autres Mammifères. Ces branches se confondent très souvent en un seul corps , dès quelles se sont rapprochées; de sorte que l'on aurait encore moins de raison que dans l'homme, de regarder le corps caverneux comme formé de deux portions distinctes. Cependant il y a , à ce! égard, beaucoup de variations. Parmi les Singes, par exemple , nous n'avons pas trouvé de cloison dans le sài. Il y en avait une complète dans le calli triche , dans toute l'étendue du corps caverneux. Elle était très mince, et n'allait qu'au-delà de la partie moyenne de ce corps, dans d'autres cercopithèques. Elle est com- plète dans les Mandrills, et incomplète dans les ci/nocé- phales. Dans les Makis, on peut la suivre jusqu'à l'os ; mais elle est incomplète. On n'en voit pas de trace dans Yours, le blaireau. Elle est épaisse et complète dans le chien. Elle manque généralement dans les Pa- chydermes, le rhinocéros excepté, les Ruminants et les Cétacés. Elle existe dans X éléphant. SECT. ï. A HT. ï. ORGANES MU.F.S DES \» AMMÏFKRES. 20? Les filets ou les lames fibreuses qui traversent le corps caverneux de ces animaux semblent partir de tous les points de sa circonférence pour se réuni r à son axe, où ils sont plus épais et plus forts. Le corps caverneux est également sans cloison dans les Sarigues y et cela est d'autant plus remarquable qu'il était plus naturel de penser que les deux pointes qui bifurquent l'extrémité de leur verge n'étaient qu'une simple séparation des deux corps caverneux , que l'on supposait former cet organe. Dans le Kanguroo-géant , le corps caverneux pré- sente une structure que nous n'avons rencontrée dans aucun autre animal. Il commence, comme nous l'avons dit, pour tous les Didelphes, par deux longues racines enveloppées par les iscliio-caverneux. Deux autres racines plus courtes, placées au-dessous des premières, enveloppées de même par un muscle , et tenant lieu du bulbe de l'urètre, viennent se confondre avec celles- là. Toutes quatre ne forment bientôt qu'un seul corps cylindrique, ayant un canal qui suit à peu près la direction de son axe, dont les parois sont également fortes et de nature fibreuse, et qui contient celui de l'urètre : de sorte que la coupe transversale du corps caverneux ressemble à un anneau ; encore les deux moitiés latérales sont-elles séparées par deux cloisons verticales qui s'étendent, du canal intérieur, au clos ou à la paroi inférieure de la verge. L 'épaisseur des parois du corps caverneux n'est pas la même dans tous tes animaux : elle est quelquefois si considérable, quelle égaie la moitié du diamètre total de la verge, et que la cavité ne comprend que l'autre moitié; c'est ce que nous avons vu dans une verge de Cêtacè. 208 XXXIV e LEÇON. ORG. d' ACCOUPLEMENT DES VERTÉBRÉS. B. De Vos de la verge. [Un certain nombre de Mammifères a, dans une par- tie plus ou moins étendue du corps caverneux et même du gland , un os destiné à leur donner plus de consis- tance, pour faciliter, indépendamment de l'érection, l'introduction de la verge dans le vagin de la femelle.] Cet os existe dans la verge des Quadrumanes , des Chéiroptères , des Carnivores , celle de X hyène ex- ceptée ; il existe encore dans la verge des Rongeurs , dans celle des Phoques parmi les Amphibies quadri- rèmes, et dans celle des baleines , parmi les Cétacés. La verge de l'homme en est dépourvue. On n'en trouve pas dans celle des Insectivores , des Proboscidiens , des Pachydermes, des Solipedes ., des Ruminants, des Tardigrades et des Edentés; des la- mantins parmi les Amphibies trirèmes , et du dauphin et du marsouin parmi les Cétacés. Sa grandeur et sa forme varient beaucoup dans ces différents animaux: chez les uns, il formela plus grande partie de la verge (les ours , le raton , le blaireau , les chiens, la loutre , les martes) ; chez d'autres, il n'en com- pose qu'une petite portion (les chats, Yichneumon, la plupart des Rongeurs). Cet os est courbé en S dans le raton ; il est très volumineux dans les baleines , et renflé en massue dans la portion qui occupe le gland. C'est cette portion qui donne souvent à ce dernier les différentes formes qu'il présente. Nous les décrirons plus en détail avec lui. L'autre extrémité tient tou- jours, comme nous l'avons dit, à celle du corps caver- neux, et lui est intimement unie. Dans les animaux dont Y os pénial forme une bonne partie de la verge, le corps caverneux est beaucoup m SECT. I. ART. t, ÛR(*Ai\KS MALES DES MAMMIFÈRES. 209 moins étendu que dans ceux où cet os n'existe pas; sa cavité cesse où l'os commence, ses parois se perdent sur la surface de l'os et se confondent avec son pé- rioste. Telle est entre autres sa conformation dans les ours , les martes , les loutres , les chiens , les phoques, le morse, etc. III. Du canal de C urètre. Ce canal s'étend, dans l'homme et les mammifères, depuis le col de la vessie jusqu'à l'extrémité du gland. Il n'est essentiellement composé, dans tout cet espace, que par un prolongement de la membrane muqueuse qui tapisse les parois de la vessie, et qui, après avoir formé le canal en question , vient se confondre à l'ex- térieur avec la peau du gland. En ayant égard aux enveloppes qui affermissent ou soutiennent cette mem- brane, on peut reconnaître dans le canal de l'urètre, deux portions différentes : la première s'étend, dans l homme , depuis le col de la vessie jusqu'à quelques millimètres au-delà de la prostate ; la seconde com- mence où finit la première, par un renflement très marqué, et se continue jusqu'au bout du gland. A. De la partie pelvienne de F urètre, ou de sa partie musculeuse. C'est dans cette partie que s'ouvrent toujours les canaux déférents, les vésicules séminales, les vésicu- les accessoires , et les canaux excréteurs de la pro- state ou des prostates. La membrane interne y prend ordinairement une consistance qu'elle n'avait pas dans la vessie; on y remarque généralement , très près du corps de celle-ci, une éminence, qui n'est assez souvent 8. 14 210 XXXIV LEÇON. ORG. d'ACCOUPLEMEINT DES VERTEBRES. quïm pii longitudinal, à laquelle on a donné le nom de verumonlanum. Elle est remarquable, parce que c est autour d'elle, ou même dans son épaisseur, que sont placés, comme nous lavons vu , les orifices des défé- rents, des vésicules séminales et des prostates. Le veru- montanum renferme quelquefois un profond cul-de- sac ; il est entre autres ainsi conformé dans Xéléphan t(i). On trouve assez fréauemment dans ce même canal, d'autres plis longitudinaux , trop peu constants, au reste, pour être décrits. Les marmottes seules, à notre connaissance, en offrent, dans le sens opposé, qui sont permanents. Douze plis très saillants partent de cha- que côté , d'une éminence longitudinale qui règne sur la paroi inférieure de cette portion de l'urètre, et la divisent en travers , en interceptant autant de petites fosses qui rendent sa cavité extrêmement inégale, et présentent un obstacle remarquable au flux de l'urine et à celui de la semence. La longueur de cette portion de l'urètre, comparée au reste de l'étendue de ce canal, est très variable. Dans X homme et les singes, elle est très courte et en- veloppée, pour la plus grande partie, par la prostate. Dans les Makis , elle est longue et grêle ; elle est lon- gue dans les Chéiroptères ; sa longueur est médiocre dans les ours. Elle a le tiers de la longueur totale dans le hérisson ; elle excède la moitié de cette longueur dans la civette , les chats, les sarigues , le kanguroo- rat,\ephascolome, et elle n'atteint pas tout-à-fait cette [i) C'est une poche analogue que M. Weher a reconnue dans l'homme, et qu'il appelle vésicule prostatique. (Communication faite à la reunion 'les Naturalistes allemands à Brunswich, en i84 T -) S£CT. I. ÀBT. ï. ORGANES MALES DES MAMMIFÈRES. 211 mesure dans le kanguroo- géant-, elle est moins éten« due dans les chiens. On la trouve plus longue que le reste du canal et d'un très grand diamètre dans la marmotte ; ayant un peu moins que la moitié de tout le canal, dans les rats, les cochons d Inde; encore un peu moins longue dans les lièvres ; courte et n'attei- gnant que le quart de cette longueur totale dans X écu- reuil; n'ayant que le tiers ou le quart de la même mesure dans X éléphant , les Pachydermes , les Soli- fêèdes , les Ruminants, le dauphin et le marsouin. Elle est plus courte, en général, dans X homme et les Singes que dans tous les autres Mammifères , et c'est parmi les Carnivores , dont la verge proprement dite est très peu allongée, tels que le chai et la civette , que cette proportion nous a paru la plus grande. Nous donnons encore à cette portion pelvienne du ca- nal de l'urètre, qui est contenue dans le bassin, l'épithète de muscuîeuse, parce que ses parois sont généralement enveloppées d'une couche plus ou moins épaisse de fibres de cette nature. DamX homme et les Singes, c'est particulièrement sur les côtés qu'on les remarque : elles ont une direction oblique, et vont se perdre, en avant , au bulbo-caverneux et aux os pubis; et en ar- rière , au col de la vessie , après avoir traversé la pro- state. Dans les autres Mammifères, elles sont toujours cir- culaires; la couche quelles forment est très épaisse dans les Chéiroptères , dans la taupe, le hérisson, dans les chats-, elle est mince dans les chiens , la civette, les sarigues; elle est peu sensible dans la marmotte, chez laquelle les parois de cette portion semblent plutôt tendineuses; les Rongeurs l'ont généralement peu 212 XXXIV e LEÇON. OR G. D' ACCOUPLEMENT DES YERTÉBRÉS. épaisse; mais son épaisseur est très grande dans les Pachydermes, les Ruminants. On prévoit qu'elle doit avoir pour usage , en contractant la première portion du canal de l'urètre , d'en expulser la semence et de servir ainsi à l'éjaculation. Voilà pourquoi, sans doute, elle est si épaisse dans les animaux dont la verge est fort longue, tels que les Ruminants, etc., et dans ceux qui ont ce même organe fort court , tels que les chats. Dans le premier cas , il fallait une grande force pour chasser la semence à travers un si long canal: i! en fallait également une très grande dans le second , afin que ce liquide qui n'aurait pas été porté assez avant par cette courte verge, fût lancé loin de cet or- gane jusqu'au lieu où il doit atteindre. Cette espèce d'éjaculation était encore bien nécessaire lorsque , outre la longueur de la verge, le canal de l'urètre pré- sente un obstacle de plus à la semence qui doit le tra- verser. C'est ce qui a lieu dans le marsouin et le dau- phin, où sa partie membraneuse, qui est enveloppée en totalité par la prostate , forme un angle très aigu avec le reste du canal, et se rétrécit sensiblement vers le sommet de cet angle. Il y a , dans ces animaux , un muscle très épais, fixé en arrière, au-devant des bran- ches du corps caverneux , dont les fibres dirigées d'a- vant en arrière, recouvrent la prostate, et dont quel- ques unes se portent en dessous jusqu'au col de ia vessie : son action sert évidemment à vaincre la diffi- culté que doit avoir l'urine, et, sinon la semence qui découle dans i'urètre au sommet de cet angle, du moins l'humeur de la prostate, à traverser ce canal. La portion de l'urètre que nous venons de décrire ne se continue pas toujours directement avec la sni- SECT. I. ART. ï. ORGANES MALES DES MAMMIFÈRES. iM3 vante, mais elle s'y termine au contraire, dans plusieurs Mammifères, en s'ouvrant à la paroi supérieure de celle-ci, un peu au-delà de son commencement. Les Ruminants et les Pachydermes nous offrent des exem- ples de cette conformation. B. De la partie vasculaire ou caverneuse du canal de V urètre. Cette partie commence, dans Y homme, au moment où les branches an corps caverneux se réunissent, ou un peu en-deçà, par un renflement ovale, auquel on a donné le nom de bulbe ; elle diminue de diamètre au- delà de celui-ci, prend une forme cylindrique et la conserve jusqu'au gland. Le canal de l'urètre est placé, dans toute cette étendue, dans une rainure ou demi- canal de la face inférieure du corps caverneux ; il pré- sente partout à peu près le même diamètre, et sa forme extérieure ne varie que par suite des variations qui existent dans l'épaisseur de ses parois. Celles-ci sont entourées et affermies par un réseau vasculaire ana- logue à celui que nous avons dit remplir la cavité du corps caverneux, susceptible comme lui de se gonfler de sang, et qui contribue à donner à ces parois la fer- meté nécessaire pour faciliter le passage de la semence. Beaucoup plus épais au commencement de cette por- tion, particulièrement du côté inférieur, c'est ce ré- seau érectiie qui forme le renflement ovale qu'elle pré- sente ; il s'amincit en avançant , et entoure plus égale- ment et plus complètement l'urètre; vers l'extrémité de ce dernier, il se développe pour former le gland. Chez les Mammifères, la portion musculeuse de l'u- rètre ne se continue pas toujours directement comme 214 XXXIV e LEÇON. OEG. D' ACCOUPLEMENT DES VERTÉBRÉS. dans l'homme, avec la portion vasculaire. Nous avons déjà dit que la première se termine quelquefois dans celle-ci par une embouchure ouverte à sa partie supé- rieure, un peu au-delà de son origine. C'est ce qui a lieu dans les Ruminants et le sanglier. Alors la portion vas- culaire de l'urètre commence par un cul-de-sac plus ou moins large, creusé dans le bulbe, dans lequel la se- mence , qui a traversé la portion musculeuse, est pré- cipitée, tandis que l'humeur des glandes de Cowper y découle par les côtés. D'autres fois (dans les écureuils, les marmottes), ce même cul-de-sac ne reçoit que les orifices de ces dernières glandes, et se continue en un canal étroit qui se jette dans l'urètre, soit à la partie moyenne de la verge , soit même au-delà. L'urètre passe, dans ce cas, au-dessus de lui , et ils sont enve- loppés l'un et l'autre par le tissu vasculaire qui forme le bulbe. La portion de l'urètre que nous décrivons est gé- néralement placée sous le corps caverneux , comme dans l'homme. Il faut en excepter le Kanguroo-géant , dans lequel ce corps est creusé, dans une partie de sa longueur, en un canal qui contient celui de l'urètre. Ce canal , formé de parois de même nature que celles qui enveloppent extérieurement le corps caverneux, suit d'abord la direction de son axe, et se rapproche ensuite de la face inférieure de la verge , qu'il touche vers l'extermité de celle-ci, où il se termine. C'est à cet endroit seulement que l'urètre se trouve hors du corps caverneux. Le tissu vasculaire de l'urètre existe dans tous les mammifères; mais dans les Kanguroo , à cause de la disposition que nous venons de décrire, il se confond *ECT. I. ART. I. ORGANES MALES DES MAMMIFÈRES. 215 avec celui du corps caverneux , ce qui n'a pas lieu de même dans tous les Didelphes. Il est remarquable que , dans toute cette division de la série des Marsupiaux , ce tissu vasculaire commence par deux branches, comme le corps caverneux, libres et enveloppées chacune par un muscle particulier. Dans \e phascolome , les sarigues, ces deux branches se réunissent ensemble pour former le tissu que nous décrivons. Dans le kanguroo , elles ne tardent pas à se confondre chacune avec la branche du corps ca- verneux qui lui correspond, et contribuent à former ce corps. Le bulbe de l'urètre, ou le commencement de la portion vasculaire de ce canal, naît encore de deux branches dans le rat d'eau; il est large et triangulaire dans le surmulot; on y voit deux rudiments de bran- ches dans le chameau. En général, ce renflement est plus ou moins développé dans les différents Mammifères, ainsi que le tissu qui enveloppe le reste de retendue de l'urètre. Il nous a paru très épais dans les Ruminants -, les Pachydermes , et très mince en comparaison dans les carnassiers , tels que Tours, la loutre, etc. , dont l'os de la verge est fort gros : il disparaît presque dans ceux-ci, lorsque le canal est parvenu sous cet os. Rarement le bulbe est-il placé en-deçà du corps ca- verneux et commence-t-il avant ce corps. Dans les cyno- céphales cependant, ce renflement a lieu plus tôt, ce qui semble dépendre de la forme particulière de leur bassin, dont les tubérosités iscbiatiques sont réunies: aussi faut-il le chercher sous l'anus, dans l'ouverture étroite que présente le détroit inférieur du bassin ; tandis que les branches dû corps caverneux ne corn- *2îÔ XXXIV» LEÇOiï. OKG. d' ACCOUPLEMENT DES VERTÉBRÉS. meneent qu'au-delà de îa large surface plate et cal- leuse que forment ces tuhérosités. Si le bulbe avait commencé comme à l'ordinaire , il se serait trouvé caché par cette large surface ; ce cas ne prouverait-il pas que sa position hors du détroit inférieur, immédia- tement sous la peau et très près de l'anus , lui est très essentielle? Ne pourrions-nous pas ajouter, pour ap- puyer cette opinion, que c'est aussi pour cela, outre les autres raisons que nous avons déjà alléguées, que la portion musculeuse de l'urètre s'allonge ou se raccour- cit? Elle est obligée de s'adapter aux différentes di- mensions du bassin, afin que la portion bulbeuse ar- rive toujours au même point, et qu'elle conserve tou- jours les mêmes rapports. Dans les Singes, qai n'ont pas le bassin conformé comme celui des mandrills , le bulbe est situé comme dans l'homme. [J'ai découvert dans la gerboise de Mauritanie une singulière disposition de la seconde partie du canal de l'urètre. Cette partie vasculaire reste séparée du corps caverneux et ne le joint qu'au moment où il s'unit au gland ( 1 ). Elle reçoit à son origine les canaux excréteurs des glandes de Cowper, et elle est enveloppée, dans la première moitié de sa longueur au moins, par un bulbo-caverneux considérable , qui est confondu, jus- qu'à un certain point, avec le sphincter de l'anus.] (i) Voir dans le journal ['Institut, numéro 4*3, p. 4 00 > 2e colonne, l'extrait d'une Note communiquée à la Société philomatique, avec un dessin de cette singulière organisation , exécuté sous mes yeux, déjà en i83a. Voir encore les Notes et renseignements sur plusieurs Mammifères de l'Algérie, par MM, Duvernoy et Lereboullet. Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Strasbourg , t. III. SECT. I. ART. ï. ORGANES MALES DES MAMMIFÈRES. 217 IV. Du gland. A. Dans l'homme. C'est, dans l'homme, un corps ovale placé très obli- quement sur l'extrémité de la verge, et qui couronne cette extrémité , de manière qu'il présente en dessus une surface beaucoup plus étendue qu'en dessous. Le canal de Furètre suit sa face inférieure, et se termine à son sommet par une ouverture percée de haut en bas. Lorsqu'on examine sa composition, on voit quelle est formée d'un tissu extrêmement fin et serré de vais- seaux sanguins, qui ne semblent qu'une extension de Fenveloppe vasculaire de Furètre, qui se serait en même temps repliée, particulièrement en dessus , au- tour de l'extrémité du corps caverneux. La couleur rouge de ce tissu paraît à travers la peau délicate qui recouvre le gland. La surface de celui-ci présente un grand nombre de papilles , comparables sans doute à celles qui se voient au bout des doigts , et faisant de la verge un organe de toucher très délicat. Pour en conserver la sensibilité et la préserver en même temps des impressions douloureuses , la peau de la verge , après s'être fixée en arrière du gland, dans la rainure qui sépare sa base , ou le rebord saillant et arrondi qu'on nomme sa couronne, du corps caverneux ; cette peau, dis-je, forme un prolongement détaché, auquel on a donné le nom de prépuce , qui recouvre toute l'étendue du gland, lorsque la verge est clans l'état de relâchement. Outre l'adhérence circulaire que nous venons d'indiquer, il en a une plus intime du côté in- férieur : c'est le frein de la verge, sorte de ligament 218 XXXIV e LEÇON. OEG. D'ACCOUPLEMENT DES VERTEBRES. formé par la peau du prépuce , et qui se confond d'autre part avec celle du gland , un peu en-deçà de l'orifice de l'urètre. Le gland est donc essentiellement formé d'un tissu de vaisseaux sanguins qui , lorsqu'ils se gonflent de sang, lui donnent la roideur nécessaire pour être in- troduit dans les parties sexuelles de la femme , et y produire un frottement qui n'est pas moins important à la conception. En même temps, ils surexcitent la sen- sibilité de cette partie, dont la peau, fortement tendue par ce gonflement, devient susceptible des plus fortes impressions; vivement excitée par les frottements du coït, elle exalte à son tour la sensibilité des autres organes de la génération, et devient la cause des con- tractions et des spasmes qui terminent cet acte par l'ex- pulsion de la semence. B. Dans les Mammifères, Le triple but que l'on peut reconnaître dans cette organisation du gland de l'homme , et que nous pour- rons encore saisir dans celle du gland de tous les Mam- mifères , est donc : i° de lui donner la consistance nécessaire pour être facilement introduit dans les parties sexuelles des femelles; 2° de le rendre assez dur pour y produire des frottements capables de ré- veiller et d'exalter la sensibilité de ces parties; 3° d'augmenter momentanément celle du gland. Ce triple but a pu être atteint de bien des manières. Aussi rien de si varié que îa forme et même la composition du gland dans les différents Mammifères. On dirait que chaque famille, chaque genre, et même chaque espèce devait avoir, dans cette partie, SECT. T. ART. I. ORGANES MALES DES MAMMIFÈRES. 219 une sensibilité propre, et de plus une forme, une com- position adaptée à la sensibilité des organes femelles , qui sans doute a de même quelque chose de particu- lier dans chaque espèce. Ne serait-ce pas ici une des causes de la conserva- tion des espèces pures, et sinon de l'absence totale, du moins de la rareté des espèces hybrides (1) ? Dans les uns, nous verrons le gland gros et unique- ment vasculaire, comme dans l'homme; dans d'autres nous le trouverons pointu, allongé, grêle, et formé en partie par le corps caverneux , qui se prolonge jus- qu'à sa pointe. Un grand nombre nous le présenteront soutenu par un petit os , dont la forme varie beaucoup et dont la pointe fait ordinairemeut saillie à l'extré- mité de ce gland ; chez d'autres moins nombreux, cet os le formera presque en totalité , et le tissu vasculaire lâche et peu épais que nous trouverons sous sa peau mince et ridée ne sera plus là pour lui donner de la roideur, mais seulement pour en augmenter la sensibi- lité. Plusieurs nous y présenteront des appendices ten- dineux; nous le verrons recouvert de poils, d'écaillés ou de fortes épines; ou même armé de scies cartila- gineuses ; ou déroulant au dehors deux fortes cornes , retirées, dans l'état de repos, au fond dune espèce de poche. Nous ne trouverons pas moins de variétés dans la direction de l'orifice de l'urètre dont il est percé , direction qui sans doute est en rapport avec celle des organes qui doivent recevoir la semence. Voilà pour- quoi dans beaucoup de Didelphes , cet orifice s'ouvre (i) Idée du rédacteur. 220 XXXIV* LEÇON. ORG. d' ACCOUPLEMENT DES YERTÉBRES. dans un double canal, à la face interne des deux poin- tes qui bifurquent le gland. Ce n'est pas toujours au bout de celui-ci qu'est situé cet orifice; c'est quel- quefois une fente plus ou moins longue , ou un orifice étroit , percé de côté , en dessus ou en dessous de cette extrémité. La famille des Singes présente déjà de très grandes différences dans la forme du gland. Dans les sapajous il est terminé par un large bourrelet saillant , qui lui donne la forme d'un champignon , et au centre du- quel s'ouvre l'urètre. Dans les macaques et les cyno- céphales , sa forme est ovale et s'éloigne peu de celle qu'il a dans l'homme ; mais son extrémité est partagée profondément par une large fente , qui forme l'orifice de l'urètre. Celui du macaque bonnet-chinois a plu- sieurs bourrelets qui lui donnent une forme tout-à-fait bizarre. Il y en a un qui termine son extrémité , et la rend comme tranchante; il se prolonge en crête sous sa face inférieure. Un autre bourrelet plus large cou- ronne sa base en dessus, et va s'unir sur les côtés à deux autres qui descendent jusqu'à la pointe. L'orifice de l'urètre est dans une fosse qui s'ouvre en dessus du gland par une large fente longitudinale. Dans le maki mococo, parmi les Lémuriens, il va en s' élargissant un peu jusque près de la pointe, qui n'est formée que par celle de l'os qu'il contient et au-des- sous de laquelle l'urètre est ouvert. Sa surface est hé- rissée de fortes épines de nature cornée, dont la pointe est tournée en arrière. Celui des galéopithèques présente, de chaque côté, deux bourrelets longitudinaux , qui ne s'avancent pas jusqu'à sa pointe, où se trouve percé l'orifice de lu- !>ECT. 1. ART. I. ORGANES MALES DES MAMMIFÈRES. 221 rètre. On voit dans la sèrotine (Vesp. serotinus), deux semblables bourrelets ou proéminences latérales qui élargissent la surface supérieure du gland; tandis que l'inférieure présente au bord tranchant qui s'arrondit vers l'extrémité pointue de cet organe , dont toute la surface est hérissée de poils rudes. C'est à cette pointe que se trouve l'orifice de l'urètre. Celui de la taupe est mince , effilé^ et sans os. Son extrémité est surmontée, dans le hérisson, d'une lan- guette cartilagineuse , par laquelle se termine le corps caverneux, et dont le bout est percé d'un orifice ex- trêmement fin , celui de l'urètre. Pour arrivera cet en- droit, ce canal est obligé de s'élever obliquement dans le gland, d'arrière en avant. Au-dessous de la languette, ce dernier forme une grosse boursouflure dont la peau extrêmement ridée contient un tissu vasculaire très lâche. [Le gland du desman de Russie est hérissé de petites aspérités de nature cornée , dentelées , disposées en lignes arquées. 11 y a de plus de petites élévations à l'orifice du canal de l'urètre (1).] Dans les ours proprement dits, la forme du gland ou de l'extrémité delà verge est celle de l'os qui la compose en très grande partie. Il est un peu renflé et allongé en pointe du côté inférieur ; l'orifice de l'urètre est percé au bout de cette pointe. Le tissu vasculaire de ce canal arrive au tiers anté- rieur de l'os, se détache de l'urètre pour se dévelop- per autour de ce dernier, jusqu'au bout de la verge, en formant un réseau à mailles distinctes. Sans doute (i) Mémoire de M. Brandt, déjà cite. 222 XXXIV e LEÇON. ORG. D* ACCOUPLEMENT DES VERTÉBRÉS. que dans l'érection le sang le gonfle assez pour rem- plir, sinon en totalité, du moins en partie, l'espèce de sac que forme la peau relâchée du gland. Celui du blaireau est moulé de même sur l'os de la verge. Le canal qui règne le long de la partie inférieure de ce dernier os, s évase à son extrémité, en même temps que ses bords se replient vers le haut et rend plus ouvert l'orifice de l'urètre placé à cet endroit. Le tissu vasculaire du gland forme autour de Fos, un renflement ovale. Dans le raton, l'extrémité de Fos, qui forme égale- ment celle du gland , présente deux espèces de con- dyles , entre lesquels il y a un large sillon où se trouve l'orifice de l'urètre. Le gland àeYichneumon est comprimé sur les côtés, arqué en dessus à son extrémité, et composé, en trei; grande partie, de Fos qui le contient. Son bord infé- rieur présente une fente qui ne s'étend pas jusqu'à l'ex- trémité. Elle aboutit à une sorte de cul-de-sac très profond, qui remplit 1 échanerure de l'os , et au fond duquel viennent s'ouvrir, par deux orifices séparés , l'urètre et le canal excréteur commun des glandes de Cowper. Dans toutes les martes, le gland n'est presque, comme dans les ours proprement dits et le raton , que le bout de l'os de la verge, dont le canal s'évase en cuilleron , ei qui, dans plusieurs, tels que \& fouine, le putois, la be- lette, se recourbe en crochet du côté inférieur. Celui de la civette présente un renflement ovale. S;i peau, qui est lisse, tient à celle du fourreau par un frein, qui empêche une grande partie de la verge de paraître au dehors. • SECT. 1. AST. I. OfiCrANES MALES DES MAMMIFÈRES. 223 La forme du gland, dans les chats, est celle de la verge en général. Il est conique et terminé conséquem- ment en pointe. Celle-ci est en même temps la pointe du petit os pénial; elle surmonte l'orifice de l'urètre, dont le tissu érectile se développe autour de l'os. La peau du gland est armée, dans la plupart des espèces , d'épines dont la pointe regarde en arrière. Il y en a peu dans le lion; elles sont plus nombreuses dans Yo- celot. Celui de Y hyène est court, distinct, grossissant vers le bout, où il se termine par un bourrelet , entourant obliquement de haut en bas et d'arrière en avant, une éminence pointue et cartilagineuse , qui termine le corps caverneux, et sous laquelle s'ouvre l'urètre. Le bourrelet et tout le renflement du gland est rempli d'un tissu vasculaire lâche. Si l'on veut appeler gland, dans les chiens, toute la partie de la verge qui paraît au dehors au moment de l'érection, on dira que cette partie présente deux renflements successifs, un au commencement, qui ré- pond au tiers postérieur de l'os, et l'autre près de son extrémité. Chacun de ces renflements est composé d'un véri- table tissu caverneux, formé d'une substance fibreuse , et ayant un grand nombre de cellules s'ouvrant les unes dans les autres. Ce tissu érectile s'amincit entre les deux, mais il entoure toute l'étendue du gland. Les cellules du premier s'ouvrent du côté postérieur, dans deux veines placées dans un sillon de chaque côté de la verge, qui ont leur origine à cet endroit, et reçoi- vent le sang de ces cellules, à peu près comme les ju- gulaires internes reçoivent celui des sinus cérébraux. 224 XXXIV e Lfeçd». org. d'accouplement des vertebues. Le gland des Rongeurs est encore plus variable pour la forme et plus remarquable par les singulari- tés qu'il présente, que celui des autres ordres de cette classe. Celui du cochon d'Inde est affermi , du côté supé- rieur, par un os plat, un peu courbé, plus large à ses extrémités que dans son milieu, dont le bout est celui du gland , sous lequel l'urètre est ouvert. En arrière , et au-dessous de l'orifice de ce canal , est celui d'une poche, au fond de laquelle sont fixés , par leur base, deux longues cornes cartilagineuses. Cette poche se clé- roule en dehors dans l'érection , et forme alors une avance cylindrique qui allonge le gland, et dépasse de beaucoup l'orifice de l'urètre. Sa surface est re- couverte d écailles, comme celle de tout le gland , et son extrémité est armée des deux cornes, précédemment indiquées. Deux tendons qui s'attachent en dehors, au fond de cette poche, suivent le dessous de la verge, et aboutissent à un plan très mince de fibres muscu- laires, qui passent sous le bulbe de l'urètre et s'y atta- chent, ainsi qu'aux branches du corps caverneux; ces tendons servent , soit par leur propre élasticité 9 soit par l'action des fibres musculaires auxquelles ils abou- tissent , à retirer le fond de cette poche dans le gland. Le gland de ['agouti contient de même une sem- blable poche; mais outre les écailles qui hérissent sa surface, il a, de chaque côté, deux lames de substance cornée, adhérentes au gland par leur bord interne , et dont le bord extérieur libre est hérissé de dents comme celui d'une scie. Le gland du castor est cylindrique, hérissé de papilles r;^;fes ; avant l'extrémité aplatie , entourée d'un bord SECT. î. ABT. I. OUGAiNES MALES DCS MAMMIFERES. '22b crénelé, et perccé à peu près au centre de l'orifice de l'urètre , sous lequel s'avancent deux dentelures qui sont celles de l'extrémité de l'os pénial. îl est également cylindrique dans les lièvres propre- ment dits , et percé à son extrémité. Il est mince , ef- filé et recourbé en alêne dans les lagomijs. Sa forme dépend ; dans les écureuils, comme dans ces derniers, de celle de l'os qu'il renferme. Il est à peu près cy- lindrique, un peu comprimé latérelement, ayant une crête en forme de S , sur son extrémité; celle-ci se- vase en un cuilleron dont les bords sont tranchants , et dans lequel s'ouvre l'urètre. Dans la marmotte des Alpes, il est conique , et ter- miné par une pointe grêle, formée uniquement par l'os qu'il renferme; adroite de cette pointe s'ouvre l'urè- tre, et à gauche une petite fosse profonde. Celui des Rats a généralement une forme cylindrique. Dans le rat ordinaire , son extrémité présente, dans l'état de relâchement, comme un second prépuce. C'est le bord d'une cavité creusée au milieu du gland , et renfermant un os , dont l'extrémité s'avance hors de ce dernier , lorsqu'on le comprime , et présente de chaque côté , deux petits appendices cartilagineux en forme d'ailerons. L'orifice de l'urètre s'ouvre sous cette extrémité, et a sur son bord inférieur une valvule en forme de gouttière. Le gland des autres espèces de rats, des hamsters , des campagnols, des rats-taupes, paraît générale- ment formée sur le même modèle. Sa surface est lisse ou couverte de papilles , ou hérissée de poils fins, comme dans le hamster. Celui des loirs se rapproche , pai sa forme , du gland 8. 15 22(5 WX1V* LEÇON. 0I1G. R' ACCOUPLEMENT DES VERTEBRES. des marmottes. Il a une pointe effilée, formée par l'os qu'il renferme, à l'extrémité de laquelle s'ouvre l'u- rètre, et deux fossettes, de chaque côté de sa base qui est élargie. [Dans notre gerboise de Mauritanie , le gland a sa face dorsale et les côtés hérissés de petites pointes. Du milieu de cette face dorsale sortent deux cornes con- tenues chacune dans un fourreau. Cette organisation rappelle celle du cochon dinde. Dans la gerbille de Schaw , cette même partie est. garnie d'une lame osseuse en palettes, dont la partie la plus large est en avant. ] Dans Y éléphant, le gland conserve quelque temps la forme cylindrique delà verge; il s'amincit vers son extrémité. Celle-ci est arrondie et présente, un peu en dessous, l'orifice de l'urètre, qui est en Y. Dans les Solipèdes, le gland est cylindrique, comme la verge, renflé et arrondi à son extrémité. Le milieu de celle-ci présente une fosse dans laquelle se trouve un corps de forme pyramidale, dont le sommet tron- qué eut percé par l'orifice de l'urètre. Dans le rhinocéros, l'extrémité de la verge s'évase en une sorte de cloche, du milieu d'e laquelle sort un pédicule, dont le diamètre est beaucoup moindre , et dont le bout , élargi en forme de champignon , pré- sente une surface plate, ovale à bord tranchant où se trouve percé, du côté inférieur, l'orifice de l'urètre. Dans le sfinglier, le gland est conique, et termine la verge par une pointe assez mince, sur les côtés de la- quelle est une lente où s'ouvre l'urètre. Cette forme du gland , et cette position de l'orifice de l'urètre, se retrouvèrent dans un assez grand nombre SECT. I. ABT. I. OBGANES MALES DES MAMMIFERES. "22? de Ruminants. Il existe au reste , à cet égard, des diffé- rences marquées entre des espèces du même genre. Le daim, par exemple, a le gland ainsi conformé; tandis que celui de Y axis reste à peu près cylindrique, et que l'orifice de l'urètre est précisément à son extrémité On le trouve ainsi percé dans le bubule et la gazelle. Le gland du bélier est un renflement ovale et ridé, fendu au bout horizontalement, et ayant l'air d'une tète de serpent. L'urètre s'ouvre du côté gauche , où il y a , près de son orifice, un long appendice grêle, de sub- stance tendineuse. Dans le chameau et le dromadaire, le gland est allongé, conique, et terminé par un appendice de sub- stance dure , qui se recourbe transversalement de gauche à droite, présente son tranchant en avant, et dont la pointe est à droite. [ Les amphibies quadrirèmes et les - Imp/iibies /rire- mes ou les Cétacés herbivores présentent, à cet égard , de grandes différences. ] La verge des Phoques est organisée comme celle des carnassiers. Le gland n'est guère que l'extrémité conique de l'os qui la forme. Le fourreau qui le re- couvre est adhérent tout près de cette extrémité, ou n'en laisse à nu qu'une très courte portion. L'os très considérable de la verge du morse doit composer une grande partie du gland (i). Dans le lamantin du nord, on a dit que le gland res- semblait ; comme tout le reste de la verge , à celui du cheval. Parmi les (Jétacës ,ie sland du marsouin est un peu (i) :*. r MscM»ï anaU m.: ïirçgdu«i-Baùv» : t. ITT- SùpeH : Rfiiggfftjimi . n".- 2i.;^~:207.~. 2*28 XXXIV e LEÇOiV. Oil'V. h ACCOUPLEMENT DES YÈRTEBUÉS. renflé à sa base; mais il ne tarde pas à diminuer su- bitement et ne forme bientôt qu'une pointe effilée , dont l'extrémité est percée obliquement par l'orifice de l'urètre. Sa forme est absolument différente dans le dauphin. Elle est large, conique et aplatie. Le canal de l'urètre forme, le long de sa face inférieure, une can- nelure arrondie très distincte, et s'ouvre à l'extrémité de cette face. Chez tous ces animaux, il reste caché dans son fourreau, hors des moments de l'érection; il est préservé, par ce moyen , des impressions douloureuses des corps extérieurs. [Les Mammifères de la seconde série montrent dans cette partie , comme pour les autres de cet organe de copulation, des formes qui les caractérisent; telle est , entre autres, sa division en plusieurs lobes. ] Dans la section des Dideiphes , les sarigues ont le gland fourchu, et divisé en deux branches plus ou moins allongées , formées par un prolongement du corps caverneux , entre lesquelles s'ouvre l'urètre. Ces branches sont comtes et coniques dans le sarigue, et s'écartent l'une de l'autre. Elles sont extrêmement al- ongées dans le marmose et le cayapolin , et creusées le long de leur face interne d'un demi-canal, qui forme un canal complet lorsque les deux branches sont rap- prochées. Ce canal prolonge alors de beaucoup celui de l'urètre. Les phalangers présentent à peu près ia même structure. Le gland du phascolome est cylindrique , et par- tagé, à l'extrémité, en quatre lobes par deux sillons qui se croisent, et dont le transverse est le plus profond. L'orifice est placé à l'endroit de leur réunion. Dans les kangwoes , il n'est pas plus possible que dans les chats et dans plusieurs autres Mammifère?, SECT. I. ART. I. OKGANES MALES DES MAMMIFERES. 229 de distinguer où commence le gland. La verge du kanguroo-géant forme , comme nous l'avons dit: , un cône allongé, dont la pointe est en même temps celle du corps caverneux. A l'instant où l'urètre se dégage du canal que lui fournit ce corps , ses parois deviennent vasculaires , et il aboutit dans une sorte de poche dont l'orifice est sous la pointe de la verge, et le fond à plusieurs cen- timètres de sa pointe. Cette poche se voit encore dans le kanguroo-rat , dont la verge est moins conique ; mais son ouverture est au bout de celle-ci, au-dessus de celle de l'urètre. V. Des muscles propres de la verge. La verge de l'homme n'en a que trois qui sont : i° Un impair; le bulbo -caverneux , qui recouvre en dessous le bulbe de l'urètre, et dont les fibres partent de chaque côté, d'une ligne médiane, s'avancent obli- quement en dehors , et s'attachent au bas du corps caverneux. 2° Les deux autres , les i s chic- caverneux " sont des muscles pairs qui s'élèvent de la îubérosité de l'is- chion, sur la racine du corps caverneux qu'ils recou- vrent en très grande partie. Le premier comprime fortement le bulbe de l'u- rètre , et contribue peut-être de cette manière , à l'é- rection ; mais son effet principal paraît être de res- serrer la portion de ce canal enveloppée par le bulbe, et de servir à en expulser, soit la semence, soit l'urine; delà son nom d'accélérateur. On a cru que les derniers servaient également à l'érection (î) ; mais ils ne pourraient avoir cet usage (i) Cette idée vient d'être exposée de nouveau p.ir M. Ki\ui$r, Archives •2-'»0 WXiV* LEÇÙS. 0&(x. D ACCOUPLEMENT DES VERTÉBRÉS. qu'en comprimant la partie du. corps caverneux qu'ils recouvrent , pour en chasser le sang vers l'extrémité de la verge, ils ne paraissent avoir aucune action sur la portion libre de la verge, lorsque cet organe n'est pas Oîi érection; dans ce dernier cas, ils doivent, comme le pensait Haller, en la tirant en bas et en arrière, lui faire faire un angle , plus convenable à son introduc- tion dans le vagin. [On a encore décrit un petit muscle pair aplati, qui descend de l'arcade pubienne sur les côtés de la portion muscnîeuse de l'urètre et va se terminer à nne aponé- vrose commune à son symétrique. Cette aponévrose qui passe sous la face inférieure du canal de l'urètre , doit le comprimer quand elle est distendue par l'action de ses muscles. Ce sont les constricteurs de l'urètre de Wilson.l Les muscles ischio-caverneux et bulbo-caverneux existent dans tous les Mammifères Monociel plies et Diclel plies. Les ischio -caverneux varient dans leur grandeur proportionnelle, [et dans leur liaison plus ou moins di- recte avec l'ischion et la branche pubienne; cette dernière circonstance doit changer leurs rapports avec les troncs des vaisseaux sanguins de la verge]. Ils nous ont paru, entre autres, extrêmement forts dans le lion ; ils sont beaucoup plus petits, à proportion , dans le chei'al. Ceux de Xèièphant sont formés chacun de quatre portions distinctes. Ce sont eux qui contribuent le plus, dans les Cétacés, à fixer les os du bassin. Us s'attachent à toute leur force interne et inférieure* et tte J Muller pour 1837, p. 3o et suiv. Nous en parkron* encore à la iii »ie cette description c'e la vppj?» des mammifère». S2CT. 1. AUT. £. 0/UÏ.AX$S MAUiS y^ ^^aiif^^^ -2^ i se portent de ïà sur les branches cm corps caver- neux. Les Didelphes sont les seuls, à notre connaissance, où ces muscles secartent de ce type généra] (1). Gela tient à la disposition des branches du corps caverneux qui sont absolument libres dans ces animaux et n'ont aucune adhérence avec les ischions. Les ischio-caverneux forment, autour de ces bran- ches, un renflement ovale, composé de plusieurs cou- ches épaisses de fibres concentriques, qui les envelop- pent jusaue près de leur réunion, et ne tiennent aux ischions que par quelques fibres tendineuses. Leur principal usage semble être, dans ce cas, de compri- mer la portion du corps caverneux qu ils entourent, ils peuvent encore , à la vérité , retirer un peu vers l'ischion les branches de ce corps , et donner par là plus de fixité à la veroe. Le bulbo- caverneux présente un plus grand nombre de différences remarquables. Dans plusieurs cas, sa plus grande épaisseur tient à une difficulté plus .grande que doivent avoir l'urine et la semence à traverser la portion de l'urètre qu'il recouvre. 11 est très épais, entre autres dans le sanglier, où il doit expulser l'un ou l'autre de ces liquides, du profond cul-de-sac qui occupe le bulbe , et par lequel commence la seconde portion de l'urètre. Son action n'est pas toujours la même , et l'urètre en est quelquefois absolument privé. Aussi ce canal [iybt. Krause afaitfigurer ceux du hérisson comme s 'attachant à l'ar cadeetà la symphyse du pubis, autant qu'aux ischions, ibid. : pour 1837 » p. 36. 232 xxxiv* leçon, org. d'accouplement des vertébrés. est-il plus constamment et plus; efficacement contracté par un autre accélérateur, formant, comme nous la- vons dij, une couche épaisse de fibres circulaires au- tour de sa première portion. Les marmottes , les écureuils et Xichneumon nous ont offert des exemples de la particularité dont nous par- ions. Le bulbo-caverneux ne sert, dans les deux pre- miers genres , qu'à faire sortir du cul-de-sac creusé dans le bulbe, l'humeur des glandes de Gowper, que leurs canaux y versent de chaque côté, et son action ne peut se communiquer à l'urètre, qui passe au-dessus du cul- de-sac. Celui de Yichneumon n'a pas même cet usage. Il forme une enveloppe assez mince, qui recouvre à la fois les deux volumineuses glandes de Gowper, et sert, avec leur muscle propre , à les vider de leur humeur. Celui du cheval est composé de fibres transversales, sans ligne médiane. 11 ne forme pas une saillie consi- dérable qui se bornerait à retendue du bulbe, mais une simple enveloppe qui s'étend jusqu'au gland. Ce muscle est double dans plusieurs animaux , tels que X éléphant, le chameau, les rats, proprement dits, le rat-d'eau et tous les Didelphes. Dans les deux premiers , les bulbo-caverneux re- couvrent cependant un seul bulbe, et leurs fibres anté- rieures vont se fixer au corps caverneux. Presqu'au- eune de ces circonstances n a lieu dans les rats, et elles manquent toutes dans les Dide/phes. Nous avons déjà dit, que dans le surmulot et le rat ordinaire, le bulbe de l'urètre est gros et triangulaire, et que les deux angles dirigés en arrière, présentent un commencement de branches ; que cette même par- SECT. I. ART. I. ORGANES MALES DES MAMMIFERES. 233 tie est divisée en deux branches distinctes dans le rat d'eau et les Didelphes. Dans tous ces cas les deux muscles analogues au hulbo-caverneux, n'ont aucune action sur le canal de l'urètre, excepté peut-être un peu dans le premier. Ils sont fort considérables dans les rats proprement dits , où ils recouvrent en dehors chaque angle du bulbe , et s'étendent plus avant sur cette partie. On peut même y distinguer deux portions, dont la première s'attache plus évidemment au corps caverneux. Dans le rat d'eau chacun de ces muscles est composé de fibres transversales, dont quelques unes seulement tiennent au corps caverneux , et dont un plus grand nombre s'attachent au bulbe. On voit que ce ne sont plus guère des bulbo-caverneux. Ce nom ne leur convient absolument plus dans les Didelphes, chez lesquels ils forment un renflement con- sidérable autour des branches du bulbe de l'urètre, qu'ils enveloppent de plusieurs couches épaisses de fibres concentriques. Leur usage ne peut être, dans ce cas, que de comprimer fortement la partie vascuîaire qu'ils entourent. En voyant constamment (excepté âa.ns Y ichneumon) le bulbo-caverneux, ou les deux muscles analogues, accompagner le bulbe ou les branches dans lesquelles il se partage, et perdre absolument un des usages que nous lui avons assignés d'abord, celui d'accélérer la marche de l'urine ou de la semence, ne serait-on pas tenté de croire que ce n'est pas là la plus importante de ses fonctions i Mais pourquoi a-t-il plus générale- ment celle de comprimer ce bulbe ? Contribuerait-il, par cet effet, à l'érection ? 234 \XXjr* LEÇOiS. GAG. ■n'ACGOIii'UÎM.ËNT DES VEi^Tf.BEÉS. Les muscles précédents ne sont pas le i seuls qui agis- sent sur la verge des Mammifères ; uu grand nombre d'entre eux en ont un antre, quelquefois à deux ventres, qui a la fonction particulière de relever cet organe. îl se trouve dans les cynocéphales, parmi les Singes , où il est composé ,de deux ventres épais, attachés à l'ar- cade du pubis, et d'un tendon qui règne sur le dos de îa verge et se confond vers son extrémité avec le corps caverneux. Il existe aussi dans les lièvres , les mar- mottes, les cabiais , etc. , chez lesquels il contribue à donner à la verge la direction propre à l'accouple- ment ; on se rappelle qu'elle est tournée en arrière dans tous ces animaux. On le voit encore dans Y éléphant, où son grand volume est proportionné à celui de îa verge, qu'il doit soutenir et soulever. Il a deux venlres charnus, dis- tincts, fixés aux os pubis, et en partie sur les branches du eorps caverneux qui s'avancent sur le dos de la verge et dont les tendons, très courts, se réunissent bientôt en un seul; celui-ci règne sur le dos de la verge jusqu'à son extrémité, enveloppé, dans ce trajet, par une gaine fibreuse extrêmement forte. Tout est ici cal- culé d'après le poids de cette énorme verge. Il est remarquable que ce muscle manque dans le cheval, dont la verge cependant est d'un très graud volume; aussi cet animal a-t-il une grande difficulté pour lui donner la direction propre au coït. Les ours, le raton et le chien, out un petit muscle dont les fibres charnues partent des branches du corps caverneux, et se réunissent à un tendon moyen qui se fixe à la verge au-dessous du pubis. Dans la guenon cullitriche , où nous l'avons également trouvé, il n'avait ÏECT. I. ART. i. ORGANES MALES DES MAMMIFÈRES. 235 pas de tendon moyen , et devait servir à comprimer la veine dorsale. Enfin, nous avons trouvé, dans les Ruminants, un ischio-bulbeux,qui s'attache à la tubérosité de l'ischion et s'élève obliquement en dedans pour s'attacher au bulbe avec son semblable ; il tire le bulbe en bas et en avant, et contribue un peu , à ce qu'il paraît, à l'al- longement de la verge. VI. Vaisseaux sanguins et nerfs de la verge, et struc- ture intime des tissus érèctiles de cet organe. A. Des vaisseaux sanguins. Les artères principales de la verge viennent, dans l'homme, de la honteuse interne ; elles naissent d'une branche de cette artère qui est d'abord couverte par le muscle trausverse du périné, pénètre entre le bulbo- caverneux et lischio-caverneux , ensuite entre les branches de l'ischion et du pubis et celles du corps caverneux, donne en chemin deux artères importantes au bulbe de l'urètre; parvient sur le dos de la verge et s'y divise en deux autres branches : lune règne sur cette partie jusqu'au gland, fournit de petits rameaux aux parois externes du corps caverneux, et se îermine en un grand nombre de ramifications qui vont parti- culièrement au gland et au prépuce, c'est l'artère dor- sale de la veroe. L'autre, l'artère caverneuse, pénètre dans le corps caverneux, et s'avance dans l'intérieur de ce corps jusqu'à son extrémité, en diminuant à me- sure et en donnant une foule de ramifications. lies veines de la même partie se réunissent, pour îa plupart, à un seul tronc, celui de la veine dorsale. 236 XXXIV e LEÇON, ORC~. D*ACCOt"?LEMEST DES VERTÉBRÉS. qui règne sur le dos de la verge et se rend dans le plexus veineux qui enveloppe la prostate et le col de la vessie. Elle a des valvules, comme toutes les veines sujettes à être comprimées. Quelques autres ramifications des plus superficielles se rendent à la saphène ou à la crurale. On trouve à cet égard une très grande conformité dans la plupart des mammifères. Les principales ar- tères de la verge ont généralement l'origine qui vient d'être indiquée; celle du corps caverneux y pénètre toujours, dès sa base, par une ou plusieurs branches. Les veines forment, à la superficie de cet organe, un plexus très compliqué, dont les principales bran- ches se rendent à une et quelquefois à deux veines dor- sales, à la saphène ou à la crurale, B. Des nerfs de la verge. Leur nombre et leur grandeur sont parfaitement en rapport avec la grande sensibilité de cet organe ; ils forment, entre autres, plusieurs gros cordons sur le dos de la verge, dont les nombreux filets s'entrelacent autour des vaisseaux de cette partie. Ces nerfs tirent leur origine, dans l'homme, du plexus sciatique formé par les quatrième, cinquième paires lombaires, et par les quatre premières paires sacrées. Ce même plexus fournit des nerfs aux vésicules sé- minales, à la prostate, en même temps qu'à la vessie urinaire et au rectum. Ils sont constamment très gros dans tous les mam- mifères. L'observation la plus remarquable que nous ayons faite sur leur distribution, est qu'ils enveloppent de leurs nombreux filets les veines dorsales de la ver^ £ECT. î. ART. f. ûfi^ANËS MALES DES MAM.MIFÈUES. *237 aussi bien que les artères (i). Gela est extrêmement évident dans X éléphant, et nous paraît un indice cer- tain du rôle que jouent ces nerfs dans l'érection, et de la contractilité qui est propre à tous ces vaisseaux. G. De la structure intime des tissus èrectiles du pénis des Mammifères et du mécanisme de Vérection de cet organe. [Le tissu érectiie de la verge et son érection ont été, dans ces derniers temps, le sujet de recherches, d'ex- périences et de discussions dont nous devons dire ici quelque chose. Le tissu érectiie du corps caverneux était considéré, avant M. Guvier, « comme composé de cellules ana- » logues à celles du dedans des os, dans lesquelles le » sang devait s'épancher durant l'érection (2). » M. Cuvier ayant eu l'occasion d'étudier celui de la verge de 1 éléphant r a vu que ces cellules n'existent pas, et que ce tissu se compose essentiellement d'un réseau très compliqué, de vaisseaux sanguins veineux entrelacés de cordons et de filets nerveux, de filets et de lames tendineuses fixés, aux parois de même nature qui composent le fourreau du corps caverneux. Quel- ques unes de ces lames seraient même en partie mus- culeuses dans les grands animaux. Notre ancien texte, que nous avons rédigé d'après un grand nombre d'observations directes, faites avec le plus grand soin, confirmant celles de M. Guvier, sur (1) J'ai conservé le dessin de cette observation que j'avais eu l'occasion de faire sur îa verge de l'éléphant mort à la ménagerie du Jardin-des- Pl an tes en 1804. (a) Anatomie de Sabatier, t, 111, p. 55, êdit. in-12. ParÎ3 , T777- 238 XXXIV* LEÇOIS. ob&. d'accouplement des vertèbres. la verge de l'éléphant, était assez explicite, pour que cette doctrine, fondée sur des observations faciles à vérifier, ait pu dès lors entrer dans la science comme une vérité incontestable. Cependant plusieurs ouvrages élémentaires d'ana- tomie humaine restèrent encore à cet égard , vingt ans après notre publication, dans l'ancienne manière de voir, oui n'est vrai que pour le tissu érectile qui en- toure l'os de la verge dans le chien , et celui des autres mammifères qui en sont pourvus. J'en excepte AL Lauth , qui reconnaît que le tissu érectile de la verge est essentiellement vascuîaire. Il avait, à la vérité, une idée inexacte de la nature de ce tissu vascuîaire , qui se composerait, d'après cet auteur, des dernières extrémités des artères formant des dila- tations qui donneraient naissance aux veines et dans lesquelles le sang s'accumule dans l'érection. Le tissu érectile est formé, clans le corps caverneux , comme dans le bulbe de l'urètre ou dans le gland, d'un réseau vascuîaire intermédiaire entre les veines et les artères de cet organe, origine des premières terminaison de celle-ci. 11 ne diffère que par son grand développement du réseau capillaire intermédiaire qui lie généralement les dernières ramifications artérielles avec les premières radicales des veines , et semble d'ailleurs plutôt appar- tenir au système veineux qu'au système artériel. Suivant M. /. Màllei\ une partie des dernières ra- mifications de l'artère profonde du corps caverneux, qui versent immédiatement le sang artériel dans ce réseau érectile, seraient contournées en hélice et \&Sr minées. en euls-dc-saes. SECT. î. AflT. l. &KG&mS MALES DES MAMMIFERES. '239 Ces artères, qui sont très courtes et très petites (il y en a 160 dans un pouce carré), ne pourraient pas, objecte-t-on, produire directement l'érection, mais elles seraient ouvertes dans ie réseau érectile, et faciliteraient le passage du sang dans ce réseau par le diamètre qu'elles conservent, et qui est encore d'un dixième de ligne, et même plus, à leur extrémité; tandis que les communications ordinaires des artères avec les veines sont au moins vingt fois plus petites. Les artères hélicines sont plus développées, à pro- portion , chez X homme et les singes , que dans le cheval. J. Millier n'a pu les découvrir dans X éléphant. Ce physiologiste célèbre, après avoir rendu compte du mémoire de M. Krause, que nous venons de citer, ajoute : 11 est aussi incertain qu'auparavant, si les ar- tères hélicines servent à l'érection comme diverticulum, ou en versant leur sang dans les cellules du pénis. Aux yeux de l'auatomiste, elles sont fermées à leur extré- mité. Au reste, si cette singulière disposition des der- nières ramifications artérielles en rapport avec le ré- seau veineux, est telle que M. Krause Fa décriie, elle doit faciliter l'afflux rapide du sang dans ce réseau , et elle semble faite pour empêcher la résistance que cet afflux pourrait éprouver à mesure que ce réseau s'em- plit. Mais il faut encore, pour expliquer l'érection, une cause qui empêche le sang de sortir de ce réseau par les veines qui en naissent, avec autant de rapidité e* d'abondance qu'il v est entré par les artères. Cette cause ne peut pas être particulière à certgfthéts espèces; elle ne doit pas dépendre de certaine dispo- 240 \>:xiv e leçok. ose. i> accouplement des vebtebee. . sition organique quelles auraient exclusivement à d'antres espèces. Il faut nécessairement qu'elle soit aussi générale que son effet, Yérection, ou du moins que l'existence du réseau vasculaire érectile. L'afflux rapide du sang artériel dans les réseaux vasculaires de la verge, par les passions, l'imagination chez l'homme , par la vue d'une femelle en rut chez les animaux, par les odeurs qui s'exhalent de ses par- ties génitales ou autres, doit avoir pour cause l'action nerveuse, Faction d'un fluide impondérable. C'est encore à cette action qu'il faut, selon nous, at- tribuer la disproportion entre l'entrée et la sortie du sang dans les réseaux érectiies; soit qu'il se produise une contraction dans les vaisseaux efférents qui ra- lentit la sortie du sang , soit que ce fluide se meuve lentement dans les détours de ces réservoirs compli- qués. Nous rangerons, parmi les dispositions particulières, douteuses, pour le rôle qu'elles joueraient dans l'érec- tion, celle des isehio-caverneux, dont l'aponévrose commune, liée chez l'homme et chez plusieurs mammi- mifères au fascia du pénis, comprimerait, suivant M. Krause, les veines dorsales de la verge; tandis que la liaison au bulbo-caverneux avec le même fascia arrêterait, du côté inférieur, le sang qui revient du tissu caverneux de l'urètre (i).] (i) Voir sur la structure de la verge des mammifères, et plus particu- lièrement du tissu caverneux, les mémoires suivants : i° La découverte des âttêrés qui produisent l'érection dans le pénis de riiomme et des animaux, par J. Miiiier. Archives dû 1 835, p, 202 pi. III. 2 Les mélanges d'observations sur le Pénis et ie ti^su caverneux de l'homme et ides mammifères, par -M. Krause , aé Hanovre. Archives ds SECT. I. ART. 1. ORGANES MALES Î)ES MAMMIFERES. 24 î VIL Du canal de ï urètre et de la verge des Mono- tremes. [Nous croyons devoir faire connaître, dans un ar- ticle séparé, la verge des Monotrèmes, parce qu'elle présente une composition particulière qui ne la rend propre qu'à la copulation , sans plus servir à l'é- coulement des urines. Elie se compose essentiellement d'un corps caverneux et d'un canal séminal, qui reçoit: la semence par l'intermédiaire de la portion muscu- leuse ou pelvienne du canal de l'urètre; la seconde portion, ou la vascuîaire, manquant chez ces animaux , la première verse l'urine dans le cloaque, et fait passer la semence qu'elle a reçue des déférents, dans un canal qui n'a pas d'autre usage.] Nous avons décrit, dans la leçon précédente, les testicules de ces singuliers Mammifères, et nous avons suivi leurs canaux déférents jusqu'au commencement de l'urètre, dans lequel ils se terminent , comme dans tous les animaux de cette classe. Ce dernier canal est composé seulement d'une portion musculeuse, ren- fermée dans le bassin , et manque , ainsi que nous ve- nons de le dire, de celle que nous appelons vascuîaire. 11 parcourt une étendue de o,o4 mètre environ, depuis la vessie jusqu'au cloaque, collé à la face inférieure .1. Miiller pour i837, p. 3oetpl. III; et le compte-rendu de ce travail archives de i838, pi, CXI. 3° Le Mémoire de Valentin , mêmes Archives, p. i8i-2?.4, sur la mar- che des vaisseaux sanguins dans le pénis de l'homme, et le Répertoriant du même auteur pour 1 83g. 4° Et le nouveau travail de J. Millier, même apnée, p. 224 à 296, et pi. V. 8. 16 ■?A'I XXXIV e LEÇOiN. ORG. d'ACGOUPLEMEIST DES VERTÉBRÉS. du rectum, enveloppé avec ce dernier par un muscle constricteur commun, et se termine par un cul-de-sac. Une couche de fibres musculaires, très épaisse dans toute son étendue, mais particulièrement autour du cul- de-sac, renforce ses parois. A très peu de distance de celui-ci, le canal de l'urètre fait un coude vers le haut , pour s'ouvrir par une étroite embouchure dans l'in- térieur du cloaque. Telle est l'unique voie par laquelle l'urine sort de ce canal. [Mais, dans ce môme cul-de-sac de Furètre, se trouve l'embouchure d'un petit canal sé- minal, qui gagne immédiatement la ligne médiane de la face inférieure de la verge et se porte jusqu'aux glands. Chacun de ceux-ci est traversé par un canal co- nique, en forme d'entonnoir, dont le petit bout se con- tinue avec Je canal séminal du corps de la verge, et dont le gros bout répond aux épines creuses qui héris- sent la surface de chaque gland. L'urine est lancée dans le cloaque , et la semence à travers les voies compliquées que nous venons de dé- crire] par la contraction des parois muscuieuses de l'u- rètre , aidée encore par le constricteur commun de ce dernier et du rectum. La verge est retirée, pendant son état de relâche- ment, dans une poche particulière [anfractuosité du vestibule génito-excrémentitiel] ; elle sort, lors de l'é- rection , par un orifice situé à la paroi inférieure de ce vestibule, au-dessous de celui de Turine. Cette verge est courte, à peu près cylindrique, et terminée par quatre glands arrondis. Leur somme! présente une légère fosse, qui s'efface sans doute pen- dant l'érection. La peau de ces glandes est hérissée de SECT. 1. ART. 1. ORGANES MALES DES MAMMIFÈRES. 243 papilles [et armée d'une couronne d'épines creuses, par l'extrémité desquelles sort la semence.] Cette verge n'a qu'un corps caverneux, composé, comme à l'ordi- naire, d'un réseau de vaisseaux sanguins , plus fin et plus serré dans les lobes qui répondent au gland , et contenu dans une gaine tendineuse. Sa peau est une continuation de celle qui tapisse l'intérieurdu cloaque. Elle lui est fortement adhérente dans toute la partie où elle recouvre immédiatement le corps caverneux , et n'y tient que faiblement dans celle qui recouvre le muscle rétracteur. Ce dernier est un ruban épais, dont les fibres nous ont paru en rapport avec celles du constricteur com- mun du rectum et du cloaque, il s'étend le long de la face inférieure de la verge jusque vers son extrémité où il se fixe , et sert évidemment à la retirer dans sa poche, lorsque l'érection, jointe à la compression du constricteur du cloaque, l'en a fait sortir. La verge deXornilhorhijnqueiie diflère de celle de Xéchidnè que par le nombre des mamelons qui termi- nent le gland , dont il n'y a que deux dans le pre- mier (i). VIÏÎ. Glandes prépuciales qui versent [humeur quelles séparent autour du gland ou dans la poche que forme Le prépuce. Plusieurs sortes de glandes séparent une matière (i) Voir notre Mémoire sur les organes Je la génération de l'ornitho- «hynque et cîe l'échidné , inséré parmi ceux de la Société d'histoire natu- relle dé Strasbourg , t. ï, et la Monographie de Mek*t de Ornitlu\rhynr.ki pnr&doxi anatomia. '244 XXXIV e LEÇON. OEG. D' ACCOUPLEMENT DES VERTÉBRÉS. odorante qui enduit le prépuce de ia verge ou du cli- toris, et la surface du gland de ces deux organes. Les unes sont desimpies follicules contenus dans l'épaisseur du prépuce, et séparant une humeur sébacée : ce sont celles que l'on rencontre le plus généralement; d'autres sont de véritables glandes conglomérées , formées d un amas de lobes et de lobules, et ayant un seul ca- nal excréteur qui s'ouvre dans le prépuce, sur les cô- tés du gland de la verge ou du clitoris. On en trouve de semblables dans plusieurs genres de Rongeurs, tels que les rats proprement dits , les campagnols , les hamsters, qui en ont de très grandes, ovales, aplaties et situées immédiatement sous la peau du bas-ventre, de chaque côté de la verge ou du clitoris. [La poche ombilicale ou plutôt prépuciale du musc (mosc/ius mosciferus) est un réservoir glanduleux qui appartient à la même catégorie des glandes de l'ap- pareil générateur.] Elle est parfaitement semblable, pour la structure , aux poches du castor. P allas est Fauteur qui nous en a donné la meilleure description. Sa forme est ovale ; située sous la peau du bas-ventre, elle est creusée en- dessous d'un sillon dans lequel la verge s'avance. Ses parois sont minces et seulement membraneuses en ap- parence. La membrane qui les revêt intérieurement présente un grand nombre de rides irrégulières. Son orifice est petit et percé au-devant du prépuce. La membrane qui le borde contient quelques follicules qui séparent une humeur sébacée. Enfin . sous cette poche, entre elle et la peau extérieure, se trouve une substance d'apparence glanduleuse. Elle reçoit ses artères des iliaques (probablement de l'épigastrique). SECT. I. ART. I. ORGANES MALES DES MAMMIFÈRES. 245 On ne la trouve remplie de musc que dans l'animal adulte: elle est vide chez les jeunes et manque dans les femelles. Une espèce d'antilope (ant. gutturosa) présente, suivant le même auteur, une- semblable bourse mem- braneuse, dans laquelle il n'a trouvé aucune ma- tière. Ce sont des glandes analogues qui , dans le castor , fournissent le castoréum. Salles forment deux glandes- masses, une de chaque côté , en avant du prépuce. Ces masses sont composées d'une agglomération de petits lobes glanduleux qui versent l'humeur qu'ils séparent dans une cavité centrale , dont l'issue unique se voit de chaque côté de la poche du prépuce. [Il ne faut pas confondre les glandes prépuciaîes du castor, avec deux grandes vessies pyriformes, collées l'une à l'autre au-dessus des premières. Leurs parois sont minces et membraneuses, enveloppées extérieu- rement de graisse et parle peaucier, et présentent inté- rieurement de larges plis irréguliers, formés par la membrane interne. Ces vessies s'ouvrent de chaque côté de l'anus par un seul orifice. Elles contiennent une matière grisâtre; tandis que celle que séparent les glandes prépuciaîes est jaune, onctueuse et très combustible; c'est, en un mot, le castoréum. On peut regarder comme très analogues aux glandes du prépuce, les glandes inguinales des lièvres propre- ment dits , et qui manquent dans les lagomys. Ces glandes sont ovales, longues de six millimètres et lar- ges de trois; elles versent leur humeur, par un ori- fice unique , dans une petite aréole semilunaire dé- nuée de poils, qui se voit de chaque côté du prépuce 246 XXX.lt' LEÇON. ORG-. D' ACCOUPLEMENT DES VERTÉBRÉS. de la verge du mâle ou du clitoris de la femelle. Cette humeur est jaunâtre et très puante. ARTICLE II. BIS ORGANES D'ACCOUPLEMENT CHEZ LES FEMELLES DE LA CLASSE DES MAMMIFÈRES. [Les organes femelles d'accouplement servent à con- duire l'élément mâle du germe, ou le sperme, vers l'élément femelle ou l'ovule; la fécondation résultant de la combinaison de ces deux éléments devant être intérieure chez tous les Mammifères. Le chemin que l'élément mâle doit parcourir pour oénétrer jusqu'à l'ovaire, ou seulement jusque dans la première partie de l'oviducte, où il peut rencontrer l'ovule, est très compliqué dans cette classe. 23ous connaissons déjà l'origine de l'oviducte ou son pavillon qui établit les rapports de ce canal avec l'ovaire; la première partie de l'oviducte, appelée trompe de Faltope , canal étroit qui forme l'oviducte proprement dit ; nous avons vu qu'il se continue dans la cavité simple ou compliquée, l'utérus, que nous avons dis- tingué sous le nom d'oviducte incubateur, afin de faire saisir à la fois son analogie de composition et sa fonc- tion particulière. C'est dans cette partie que l'œuf s'ar- rête pour le premier développement du germe chez les Didelphes , ou pour son complet développement chez les Monodelphes. Deux autres cavités, ou conduits, précèdent, chez la plupart des mammifères, ces deux parties de l'ovi- ducte; le plus extérieur est le vestibule génito-excré- mentitk'l ou la 'vulve; le plus intérieur est le canal SECT. I. ART. II. ORGANES FEMELLES DES MAMMIFÈRES. 247 génital ou le vagin, qui doit être considéré comme un ■p appendice du vestibule, appartenant exclusivement à l'appareil générateur des Mammifères, dans le type des Vertébrés. Nous décrirons successivement ces deux parties, com- posant généralement les organes d accouplement dans cette classe.] I. Du vestibule génito-excrémentitiel ou de la vulve. [Conformément aux idées que nous avons expo- sées dans nos généralités sur les organes d'accouple- ment des Vertébrés, nous considérons la vulve, quoi- que séparée de l'anus par un isthme de la peau , chez la plupart des femelles des Mammifères, quoique ne donnant plus issue qu'aux fèces urinaires, comme l'a- nalogue du vestibule génito-excrémentitiel des ani- maux chez lesquels ce vestibule sert encore de pas- sage aux excréments. Cette séparation est loin d'ailleurs d'exister dans toute la classe des Mammifères. Elle diminue déjà chez plusieurs Carnivores (la loutre), et chez un plus grand nombre de Rongeurs, dont le même sphincter em- brasse à la fois le rectum et son issue , et celle des or- ganes génito-urinaires;elle se change même en un ves- tibule commun chez le castor, et chez tous les Didel- phes ; chez les Mono trémes , ce vestibule ne montre plus de différence avec celui des Oiseaux, ou mieux encore avec celui des Reptiles à une seule verge. Considéré comme organe d'accouplement, le vesti- bule génito-excrémentitiel des Mammifères a une certaine analogie de composition avec leur verge, et les différences qu'il présente tiennent évidemment à '248 XXXIV e LEÇON". OEG. D'ACCOUPLEMENT DES VERTÉBRÉS. la fonction qu'il a de recevoir la liqueur fécondante, au lieu de l'introduire, et de donner passage aux pro- duits de la génération. La présence des glandes de Gowper semble compléter cette analogie de composi- tion, et démontrer que la partie du canal qui les reçoit, dans l'homme, est remplacée ici par l'extrémité du va- A. Chez la femme, le vestibule gènito-excrêmenti- tiel est très peu profond; il est limité en dedans, chez les filles vierges, par la membrane de l'hymen , et il s'ouvre au dehors par une fente longitudinale, étendue entre l'arcade des os pubis et deux ou trois centimètres en-deçà de l'anus. Deux replis de la peau , plus ou moins épais par la graisse qu'ils contiennent, couverts de poils extérieurement, tapissés sur leur face interne d'une membrane muqueuse, rouge, humectée, bordent cette fente de chaque côté, et se prêtent à son exten- sion à l'époque de l'accouchement : ce sont les grandes lèvres, dont la commissure inférieure porte le nom de fourchette. La même fente est surmontée d'un coussin de graisse , placé sur la symphyse des os pubis , dont la peau est de même couverte de poils , et qui a évi- demment pour usage d'éviter que les deux sexes ne se froissent en s'approchant. Au-dessous de la commissure supérieure des grandes lèvres se voit le clitoris, petit corps défigure conique, suspendu à la symphyse par un ligament, et qui naît, comme le corps caverneux de la \erge , de deux racines fixées aux branches montantes des ischions. Deux mus- cles, semblables aux ischio-caverneux, remontent de (i) Voir notre rîcsciiptioÉi de ces glandes^ p. i S i . SECT. ï. ART. II. ORGANES FEMELLES DES MAMMIFERES. 249 même, de ces os, sur ces racines. Cet organe a d'ailleurs une structure semblable à celle du corps caverneux de la verge. Ses parois sont de nature fibreuse , et sa cavité, séparée en deux par une cloison verticale, renferme un tissu de vaisseaux qui se gonflent de sang, comme ceux du corps caverneux de la verge de l'homme, et en produisent l'érection. Mais il tient, en même temps, de la nature du gland parla peau délicate et extrême- ment sensible qui enveloppe sa pointe, et par un pré- puce qui ne l'entoure pas à la vérité , mais le recouvre seulement et descend sur ses côtés. Ce prépuce va se joindre à deux espèces de petites lèvres appelées nym- phes, parce qu'on leur attribue l'usage de diriger le jet de l'urine, qui tiennent encore au corps même du cli- toris par deux petits freins, et bordent la moitié supé- rieure de la vulve, en dedans des grandes lèvres. Elles sont d'un rouge vermeil chez les jeunes filles, et bru- nâtres chez les femmes qui ont eu des enfants; formées de lames cellulaires et de vaisseaux sanguins qui les rendent susceptibles d'une certaine érection, elles sont revêtues d'une membrane dermoïde très sensible sur laquelle on remarque des papilles, comme à celle du gland de la verge ou du clitoris. En suivant, sous ce dernier, la paroi supérieure de la vulve, on trouve bientôt l'orifice du canal de l'urètre. Telle est la conformation ordinaire des organes exté- rieurs de l'accouplement chez ici femme. Elle ne pré- sente de différence dans les différentes nations que celle qui dépend de la grande proportion des nymphes chez les femmes de l'Asie et de l'Afrique, et celle analogue que plusieurs voyageurs ont appelée le tablier des Hot- îentotes, et dont quelques antres voyageurs ont nié 250 XXXIV' LEÇON. OBti. d' ACCOUPLEMENT DES VERTÉEEÉS. l'existence. MM. Perron et Lesueur, dans un mémoire lu à Y Institut national, pensent que ce tablier est un appendice distinct des grandes lèvres, de 8 1/2 centi- mètres de longueur dans une femme adulte, adhérant dans son tiers moyen , qui en est la partie la plus étroite, à la commissure supérieure des grandes lèvres, recou- vrant le clitoris, et se divisant vers la moitié de la hauteur de la vulve en deux lobes qui, rapprochés l'un de l'autre, couvrent cet orifice. Cet organe accessoire est formé dîme peau molle, ridée , fort extensible, entièrement dépourvue de poils, un peu rougeâtre, quoique de la même couleur que le reste de lu peau, se fronçant d'ail- leurs comme celle du scrotum de l'homme. On ne le trouverait que chez les femmes d'une nation qui habite au midi du cap de Bonne-Espérance, que les Hollan? dais appellent Roschismans, et Levaiîlant Houzwâna. Elles se distinguent encore des femmes hottentotes par d'énormes fesses, formées d une masse de graisse. [Une femme de cette sous - race , morte à Paris en 181 5, et qui s'était montrée au public, sous le nom de Venus hottentote , a mis à même M. Cuvier de décrire en détail cette singulière conformation (1). 11 a constaté, sur le cadavre, qu'elle n'était qu'une exten- sion des nymphes et du prépuce dn clitoris; extension assez fréquente chez les femmes de l'Orient, chez celles entre autres de l'Abyssinie, et qui a donnélieu à la cou- tume de la circoncision des filles, comme le dévelop- pement exagéré du prépuce à celle des garçons. (1) Voir l'article de la Vénus hottentote , dans l'Histoire naturelle des mammifères de MM. Geoffrov-Saint-Hilaire et Préâéric Cuvier ; cet ar- ticle a ('té rédigé par M. O. Cuvier. 5ECÏ. i. AliT. II. OB&ANES FEMELLES DES MAMMIFÈRES, 251 B. Dans les Mammifères. L'entrée du vestibule génito-excrémentitiel ou de ia value se présente à l'extérieur sous la forme d'une fente longitudinale, ce qui est le plus ordinaire, ou d'une fente transversale , comme dans Y hyène , ou . d'un orifice circulaire , comme dans les Rongeurs. Quelquefois elle est comprise avec l'anus dans un même bourrelet circulaire , formé par un sphincter commun; c'est ce qui a lieu dans plusieurs de ces der- niers et dans les Marsupiaux; mais le plus ordinaire- ment on la voit à quelque distance de cet orifice. Dans la. civette, il y a une poche glanduleuse consi- dérable qui sépare les deux ouvertures. Steller a compté huit pouces d'intervalle entre l'une et l'autre dans le Lamantin du Nord. Elles sont , au contraire, très près l'une de l'autre dans les Tardigrades et les É dent es. Les grandes lèvres semblent manquer souvent : l'o- rifice de la vulve, au lieu d'être entouré de ces replis épais , ne présente fréquemment qu'un rebord cutané assez mince. La manière dont les Mammifères s'accouplent , pour la plupart, rendait inutile le mont de Vénus, qui n'existe pas conséquemment. [Cependant on pourrait considérer comme une dis- position organique analogue, mais beaucoup plus pro- noncée , ces énormes boursouflures qui circonscri- vent l'orifice de la vulve chez les Cynocéphales et les Mandrills.] Le vestibule génito-urinaire, la vulve proprement dite, n'est pins généralement , comme dans la femme, 252 XXXIV e LEÇON. ORG. D' ACCOUPLEMENT DES VERTÉBRÉS. une cavité superficielle qui conduirait presque immé- diatement dans le vagin. C'est ordinairement un canal plus ou moins profond , dont la longueur égale quel- quefois celle du vagin , comme nous l'avons observé dans les sapajoux. Elle surpasse même de beaucoup ^cette longueur dans les ours. ., Nous devons dire cependant que la profondeur de la vulve est quelquefois réduite à celle qu'elle a dans la femme ; c'est ce qui se voit dans les makis et dans plusieurs Rongeurs , tels que les agouti , paca et co- chon d'Inde-, elle devient même superficielle chez ce dernier. Elle excède de très peu la proportion qu'elle a dans l'espèce humaine, chez les cynocéphales. [.le crois avoir observé le premier, dans mon an- cienne rédaction, que la limite entre le vulve et le va- gin était marquée soit par un étranglement formé par un anneau lisse, soit par des replis membraneux for- mant un véritable hymen.] L'intérieur de la vulve est rarement sans rides (comme dans le daman). Quelquefois elle en a de trans- versales, comme chez les Ruminants et Xhyène, où elles sont nombreuses, fines, ondulées; d'autres fois il y en a d'obliques , extrêmement fines ( chez le tigre) ; mais plus souvent elles sont longitudinales et peu mul- tipliées. En général, les plis ou les rides de la vulve sont dans une direction différente des rides ou des plis du vagin. [L'aspect de la muqueuse c'est jamais absolu- ment la même dans l'un et l'autre canal.] Tous les Mammifères Monodolphes , et les Didel- phes de notre division des Marsupiaux, sont pourvus fcECT. 1. ART. II. ORGAWBS FEMELLES DES MAMMIFÈRES. 253 d'un clitoris , dont la situation, le volume relatif, la forme, la structure même, varient beaucoup. La position horizontale de ces animaux fait qu'au lieu de se trouver à la partie plus élevée de la vulve, comme chez la femme, le clitoris est situé précisé- ment à la plus inférieure. Quelquefois c'est même assez en avant, clans la profondeur de la vulve qu'on Fy ren- contre , comme chez la civette ; mais le plus souvent il fait saillie sur son bord inférieur. Dans la louve, il est dans un cul-de-sac, dont l'ouverture assez large est en dedans de la vulve. Dans Y ours , il est retiré dans une poche au-dessous de ce bord , et ne communique avec la vulve que par une ouverture étroite. 11 est entièrement séparé de la vulve dans les cynocéphales , contre l'ordi- naire de la famille des Singes , et même assez éloigné d'elle. La même chose a lieu dans les rats , où on le trouve caché en avant de la vulve , dans une sorte de prépuce dont les bords sont très relevés , et qui est, en même temps, l'aboutissant de l'urètre. Son volume proportionnel est souvent très grand. Dans les Singes , il excède généralement de beaucoup celui qu'il a dans la femme, et cette circonstance d'or- ganisation répond bien à leur naturel lascif. Les ma/as , les Carnassiers en général, et la plupart des Rongeurs , l'ont de même très volumineux. Dans Yours, où il est très long, on le trouve courbé en double S, dans la partie qui précède le gland. Il n'est pas toujours évidemment semblable pour la forme, au gland des mâles , comme on pourrait le croire. Cependant nous remarquerons que, dans les "254 XXXI V* LEÇON. OKG. D ACCOUPLEMENT DES VERTEBRES. Didelphes , qui ont ie gland de la verge bifurqué . celui du clitoris l'est de même. Lorsqu'il fait saillie à la partie inférieure de la vulve ? sa face supérieure est creusée ordinairement d'un profond sillon longitudinal , dont les bords se continuent même quelquefois avec deux plis qui pro- longent ce sillon, jusque vers l'orifice de l'urètre. L'urine est ainsi dirigée au dehors par ce demi-canal. Dans les makis proprement dits et les loris , au lieu d'un simple sillon, il présente un canal complet, comme nous le verrons plus bas. Plusieurs des espèces qui ont un os dans la verge ont également un osselet dans le clitoris; tels sont la loutre, chez laquelle cet os fait presque toute l'épaisseur de la partie saillante du clitoris ; les ours , dont il n'oc- cupe que le gland; les chats , les Rongeurs. Nous n'en avons pas trouvé dans les Quadrumanes , dans la ci- vette et les chiens parmi les Carnassiers. Le prépuce qui le recouvre contient des glandes sébacées analogues à celles du prépuce de la verge. Ces glandes, et l'humeur qu'elles séparent, sont très mar- quées dans les chiens. Cette humeur a, dans la civette, l'odeur et la nature de celle contenue dans la poche à musc. Dans les fûts , les glandes du prépuce sont aussi grandes dans les femelles que dans les mâles, et évi- demment de même structure, séparant une humeur semblable. \1 orifice de V urètre est placé presque constamment a la limite de la paroi inférieure de la vulve, et c'est immédiatement derrière lui que commence le vagin. SECT. I. A11T. li. OMGAWES FEMELLES DES MÀMM1FÈBES. % 2Ô5 Cet orifice est percé, chez les sapajoux^àans l'épais- seur dune forte ride qui s'étend de l'hymen dans toute la longueur de la vulve, et répond à une autre ride de la face opposée. Il forme, dans plusieurs Carnassiers (les chiens , les chats) une fente longitudinale ouverte entre deux bourrelets relevés; ou bordée, comme clans le porc-épic , de deux plis qui se continuent avec les bords du sillon creusé sur le dos du clitoris, et qui ont été pris pour les petites lèvres ; ou bien il est percé au centre d'un seul bourrelet lisse et uni (dans le coati), ou fendillé (dans Y ours briui) . Cet orifice est très grand dans les Didelphes , et placé vis-à-vis du fond ou du cul-de-sac postérieur de la matrice. Il s'ouvre , dans Y agouti et le paca , sur la base du clitoris, qui est reculée presque sur le bord de la vulve. C'est un acheminement à ce que Ton voit dans les makis proprement dits et les loris, chez lesquels le canal de l'urètre se prolonge sur le dos du clitoris, et dont l'orifice est situé un peu en deçà de la pointe de ce dernier. On voit qu'il ne manque à ce clitoris , pour être une véritable verge, que d'avoir à conduire dai:s son canal une liqueur fécondante de la nature de celle du in aie. Dans les rats , l'orifice du canal de l'urètre se trouve en avant de la fente du vestibule, entre les prolonge- ments du prépuce du clitoris, qui pourrait passer pour des nymphes, comme chez le porc-épic. [Aussi est-ce à tort que nous avons dit d'une manière absolue que] les petites lèvres ne se rencontrent pas chez les Mammi- fères. 236 XXXIV e LEÇON. OIU.. DACC.'t fMfBMKNT DES \ JiRTEBBÉS. Nous ajoutions que si c'est un organe de plaisir de moins , son défaut est bien compensé par la quantité de sang qui afflue dans leur vulve au temps de la cha- leur, gonfle toutes ses parties et les rend extrêmement sensibles. [Le fait est que les nymphes existent chez plusieurs Rongeurs , etc. Elles sont même très développées chez le lapin.] C'est le vestibule génito-urinaire qui est principale- ment embrassé chez les Mammifères par le plexus de vaisseaux sanguins qui entoure, chez la femme, le commencement du vagin, et par les deux Constric- teurs. Ses côtés sont percés des canaux excréteurs des glandes de Cowper, que nous avons trouvées très grandes dans les chats , ayant, comme celles des mâles, une gaine musculeuse , dans les Didelphes , [et même dans toute la seconde série des mammifères que j'ap- pelle Marsupiaux. Le vestibule génito-urinaire des Didelphes , outre qu'il n'a qu'un sphincter commun cii v onscrivant en même temps la fin du rectum, a pour caractère singu- lier de ne pas conduire dans un seul vagin , mais de recevoir, de chaque côté, les embouchures de deux vagins que nous décrirons dans le paragraphe suivant. Chez les Monotrêmes ; ce vestibule n'est plus diffé- rent de celui des Reptiles à une seule verge , ainsi que nous l'avons déjà exprimé. Nous avons vu qu'il recèle chez les mâles, dans une anfractuosité de sa cavité, une verge considérable. Le rectum s'ouvre dans sa profondeur, ou dans sa irtiè la plus avancée, mais en dessus; plus bas est SECT, I. ART. II. ORGANES FEMELLES DES MAMMIFÈRES. 257 l'embouchure de la partie pelvienne ou musculeuse du canal de l'urètre , la seule qui subsiste chez ces ani- maux. Gomme les oviductes s'ouvrent dans l'origine de cette dernière partie, il faut que, dans l'accouple- ment, l'élément mâle du germe soit porté à travers le vestibule, jusqu'à l'entrée du canal de l'urètre, qui rem- place ici le vagin ou le canal génital.] II. Du vagin ou du canal génital. [Nous avons dit que la seconde cavité intermédiaire entre l'oviducte incubateur ou l'utérus, et l'orifice ex- terne de la génération , est le canal génital qui porte le nom de vagin, et qui est particulier aux Mammifères dans le type des Vertébrés.] A. Chez la femme. L'organe principal de l'accouplement est sans doute le vagin , canal destiné spécialement à recevoir la verge de l'homme, et à livrer passage à l'enfant lors de l'accouchement. Il est contenu dans le bassin entre la vessie et le rectum, et descend du col de la matrice, qu'il embrasse, jusqu'à la vulve, où il se termine. Nous avons déjà dit qu'il commence immédiatement en arrière de l'orifice du canal de l'urètre, au-delà de l'hymen , repli membraneux plus ou moins large , de même nature que la membrane interne de ce canal, rougeâtre, sensible comme elle, qui forme une cloison incomplète entre le vagin et la vulve , et rétrécit plus ou moins l'entrée du premier. Ce repli est ordinaire- ment semi-lunaire : alors ses cornes se terminent près de l'orifice de l'urètre. Dans quelques cas, il l'ait tout le tour du vagin, et pré- g. 17 258 XXXIV e LEÇON. ORG. D'ACCOUPLEMENT DES VERTÉBRÉS. sente une largeur presque égale dans toute son étendue. Il n'existe que chez les femmes qui n'ont pas souffert les approches de l'homme ; il se déchire et disparaît par celte cause, et l'on ne trouve plus à sa place que des caroncules charnues, rouges et quelquefois calleuses. Le vagin, dout nous avons déjà indiqué l'étendue et la situation, est formé de parois très extensibles, com- posé d'un tissu fibro-cellulaire serré, pénétré de beau- coup de vaisseaux sanguins. Ces vaisseaux forment au- tour de son origine un plexus remarquable ; il est large d'environ deux centimètres; il est embrassé, dans cette partie , par deux muscles qui descendent sur ses côtés, de dessous le corps du clitoris, et vont se joindre inférieurement au transverse du périnée et à l'extrémité antérieure du sphincter externe de l'anus. Ces muscles répondent au bulbo-caverneux de la verge. Ils resserrent le vagin pendant le coït. Leurs rapports avec le plexus érectile, qu'ils recouvrent, confirme la justesse de la comparaison que nous venons de faire, ce plexus étant l'analogue du bulbe de la verge. La membrane muqueuse qui tapisse les parois du vagin est remarquable par le grand nombre de rides et de plis qu'elle présentent qui ont sans doute pour double usage d'augmenter les frottements lors du coït, et de favoriser l'extension du vagin à l'instant de l'ac- couchement, il y en a de transversales, plus nombreuses, plus larges, vers le commencement du vagin , et de lon- gitudinales, dont deux plus remarquables régnent sur les parois antérieures et postérieures de ce canal, et se terminent à l'hymen. Un grand nombre de cryptes ver- sent, dans l'intérieur du vagin, une humeur muqueuse r SECT. 1. ART. ir. ORfxAïNES FEMELLES DES MAMMIFÈRES. |j>9 qui y parvient immédiatement, ou découle aupara- vant dans les lacunes plus ou moins profondes qui se remarquent particulièrement à la partie inférieure du vagin. La sécrétion de cette humeur augmente beau- coup, toutes les fois que les désirs amoureux ou lacté même du coït gonflent de sang les parties génitales. Enfin, deux petites glandes rondes, analogues à celles dites de Gowper dans l'homme, situées de chaque côté de l'origine du vagin, versent dans ce canal, par un seul conduit excréteur, le liquide quelles produisent. Nous les avons déjà indiquées précédemment (p. 18 i). B. Chez les Mammifères Monadelphes. Le vagin présente de grandes différences dans ses dimensions ; mais en général elles sont plutôt en rap- port, ainsi que celle de la vulve , avec la grandeur du fœtus qui doit le traverser qu'avec celle de la verge qui s'y introduit. 11 est généralement plus étroit que la vulve dans les femelles qui n'ont pas eu de petits. Sa longueur pro- portionnelle change, même dans les genres d'une seule famille. Ainsi dans les sakis et les sajoux, parmi les Singes, il n'est pas plus long que la vulve; tandis qu'il excède de beaucoup cette mesure dans les cynocé- phales. Il n'est guère plus long que la vulve dans X hyène; il n'a que la moitié de cette longueur dans Y ours brun; il est plus du double aussi long dans les chats, les chiens; il est court dans les Tardigrades et les Édentés. L'orifice de la matrice, dans la vulve, qui est confondu avec le vagin, s'y voit précisément à la hau- teur du canal de l'urètre. La paroi qui les séparait l'un de l'autre dans une jeune femelle de tatou se terminait 260 XXXIV e LEÇGiV. ORG. D ACCOUPLEMENT DES VERTEBRES. par une échancrure semi-lunaire , dont les cornes se prolongeaient un peu dans la vulve ou le vagin. Il a généralement des rides ou des plis dirigés dans sa longueur, et dont l'usage est évidemment de favo- riser sa dilatation. Dans Yours , ces rides sont coupées par des fentes profondes et ne forment plus que des crêtes. Il y en a une circulaire qui cache entièrement le museau de tanche, et forme un premier museau, dans lequel celui de la matrice est comme emboîté. Il est percé d'une ouverture en T, qui ne répond pas exac- tement à celle de la matrice. Si l'on se rappelle le pli de l'hymen, que nous avons décrit pins haut, on s'éton- nera des obstacles que la semence du mâle doit ren- contrer avant qu'elle puisse arriver dans la matrice de cet animal. Les rides du vagin ne sont cependant pas toujours longitudinales; elles ont toutes une direction transver- sale dans le marsouin et le dauphin et dans Y hyène y où elles n'existent que dans la première moitié de ce canal. Ses parois ont, d'une manière indubitable, dans les grands animaux , des fibres musculaires longitudi- nales et transversales. , [En décrivant le vestibule génito-excrémentitieî, nous avons déjà parlé de ses limites du côté du vagin , et conséquemment de l'endroit précis où commence ce canal dans la série des Monadelphes; c'est un point d'anatomie que nous croyons avoir éclairé, soit dans notre mémoire sur l'hymen (1), soit clans la rédaction qu'on va lire.] (i) Mémoire sur l hymen, où l'on démontre que la membrane qui porte ce nom chez; la femme existe chez plusieurs Mammifère- , lu à l'in- f SECT. I. ART. II. ORGANES FEMELLES DES MAMMIFÈRES, 2Gl Nous avons dit que le vagin était séparé de la vulve par un étranglement , ou , dans plusieurs cas , par un ou plusieurs plis dirigés en travers , en formant un vé- ritable hymen , qui diminue , à ce qu'il paraît, et s'ef- face même par les approches du mâle ou par le pas- sage des petits lors de la mise bas; il nous reste à le prouver par quelques détails. Dans les loutres , les chiens , les chats, les Rumi- nants, le vagin est bien séparé de la vulve par un cer- cle étranglé, qui rapproche et réunit même, soit im- médiatement, soit par le moyen de petites bandes trans- versales, les plis longitudinaux du vagin qui naissent de ce cercle. Il s'élargit et finit par s'effacer presque entièrement après une ou plusieurs portées. Nous avons trouvé , dans Tours brun, l'orifice de la vulve dans le vagin , réduit à une simple fente transversale, par un repli épais de la membrane interne , formant en dessus une sorte de lèvre. Il en résulte une séparation aussi exacte entre la cavité du vagin et celle de la vulve qu'entre la première et la cavité de la matrice dans d'autres animaux ; ce repli est moins large dans le coati. Dans Yhyène, un repli analogue ? également large et épais, formait deux sinuosités au-dessus l'une de l'autre, saillantes du côté de la vulve , et figurant un bec , entre lesquelles était une fente étroite, transversale, qui conduisait dans le vagin. Dans un jeune Daman , la présence de la membrane de l'hymen était, de même, indubitable. Elle formait un pli circulaire, stitut, classe des sciences physiques et mathématiques, le 3 thermidor an xin (août 1 8o5) , inse'ré dans le 1. 1 des Mémoires des savants étranger s. 262 XXXIY' LEÇON. OEG. D'ACCOUPLEMENT DES VERTEBBÉS. à peu près également large, très mince et resserrant Tentrée du vagin , moins \ à la vérité , que dans les précédents. Steller a vu clans le lamantin du !Sord, à la partie in- férieure de l'entrée du vagin , une membrane forte \ semi-lunaire, qui séparait la vulve du vagin, et rétré- cissait l'entrée de ce dernier canal. On trouve une membrane semblable dzmslesjuments et \esdnesses qui n'ont pas été couvertes. Cette membrane consiste, dans Y ouistiti, le marikina et lecoaïta , en deux replis seriii- lunaires, dont les cornes se réunissent, en haut et en bas, à deux colonnes, qui partagent dans leur longueur les parois supérieure et inférieure de la vulve. Leur bord libre est un peu tourné du côté de celle-ci ; ils interceptent une fente perpendiculaire, ouverte entre le vagin et la vulve. Ces deux replis étaient presque ef- facés dans une vieille femelle de coaïta qui paraissait avoir eu des petits , et dont le clitoris était extraordi- nairement développé. [Lobstein a décrit, en 1818, la membrane de l'hymen dans le phoque à ventre blanc.] Ne peut-on pas conclure de ces faits que l'hymen n'est point un caractère d'organisation propre à l'es- pèce humaine , puisque dans plusieurs Mammifères il existe une membrane parfaitement semblable ou des replis très analogues , et que ces replis paraissent s'ef- facer après lapproche du mâle, ou après les portées, comme ils s'effacent chez la femme après l'approche de l'homme ou après l'accouchement? Quand ils ne dis- paraîtraient pas de suite après que ces causes ont com- mencé d'agir, ils n'en seraient pas moins semblables. Ne sait-on pas que le coït, et même l'accouchement ne détruisent pas toujours la membrane de l'hymen ': SECT. 1, ART. II. ORGANES FEMELLES DES MAMMIFÈRES. 263 Meckel Fa trouvée chez une femme qui avait eu une fausse couche au sixième mois de sa grossesse. Lors- qu'il n'y a qu'un simple étranglement sans repli trans- versal bien marqué, on trouve même encore dans cette disposition un signe de virginité; car cet étranglement disparaît également après les approches du mâle, et surtout après la mise bas. G. Chez les Mammifères Marsupiaux, [La seconde section de cette série, celle des Mono- tremes, n'a pas de vagin; la première section, celle des Didelphes , en possède deux. Nous avons déjà dit que, chez les Didelphes , le ves- tibule génito-excrémentitiel a, sur les côtés, les deux embouchures de deux conduits, qui forment comme deux anses de chaque côté du fond de l'utérus, lesquels vont s'ouvrir dans la cavité incubatrice, un peu au- dessous des oviductes ou des trompes de Fallope. Ces conduits génitaux ne sont pas susceptibles d'extension, comme le vagin desMonadelphes : aussi ne donnent-ils passage qu'à de très petits avortons, qui vont continuer leur développement dans l'organe d'incubation exté*- rieur. Nous avons donc eu tort de dire que, chez ces animaux, le vagin disparaissait. Chez les Monotrèmes , nous avons déjà fait con- naître , en décrivant dans le paragraphe précédent le vestibule génito-excrémentitiel, que le canal de l'urètre y tient lieu de vagin et en remplit les fonc- tions, du moins pour la fécondation ou la transmis- sion du sperme et pour le passage des produits de la génération.] 264 xxxrv* leçon. oro. d'accouplement des vertébrés. SECTION II. DES ORGANES D'ACCOUPLEMENT DANS LA CLASSE DES OISEAUX, [Les Oiseaux mâles et femelles ont pour principal organe d'accouplement le vestibule gênito-excrèmenti- tiel, dont l'orifice transversal, situé à l'extrémité d'un coccyx très mobile, permet au mâle d'aboucher le sien contre celui de la femelle. Celle-ci relève cet orifice avec son coccyx en même temps que le mâle abaisse l'un et l'autre. L'embouchure de Foviducte se trouve ainsi rappro- chée de celle des canaux déférents, et les spermato- zoïdes du mâle peuvent s'y introduire , pour aller fé- conder les ovules. Mais ce vestibule renferme, par exception, une verge ou un clitoris, dont le développement et le plan d'or- ganisation peuvent différer beaucoup. Nous avons donc à faire connaître, dans cette section, le vestibule comme organe d'accouplement, et la verge* ou le clitoris qu'il recèle , dans quelques espèces privi- légiées.] ARTICLE I. DU VESTIBULE GÉNITO-EXCRÉMENTïTÏEL CONSIDÉRÉ COMME ORGANE d'accouplement chez les mâles et chez les femelles de la classe des otseadx. [Nous avons considéré , sous le rapport de ses fonc- tions excrémentitielles (t. IV, partie II, p. 4o3 et f\\ o 1 le vestibule, que nous appelions encore cloaque , pour nous conformer à l'habitude. Tci nous devons îêtn- SECT. ÏT. ART. I. OROr. D'ACCOUPLEMENT DES OÏSKA.UX. 26,"» dier sous celui de ses fonctions génératrices. Dans la description de notre première édition , dont le texte a été conservé dans celle-ci, nous avons eu tort d'en- visager le cloaque comme une simple dilatation du rectum et comme le réservoir des fèces. Cependant . en décrivant celui de X autruche , nous disions immé- diatement que les matières fécales ne passent du rec- tum dans le cloaque qu'au gré de l'animal. M. Geoffroy-Saint-Hilaire, dans sa Philosophie ana- tomique (1), a généralisé cette observation, en démon- trant que, chez aucun oiseau, le prétendu cloaque n'est le réservoir des fèces. Les fonctions génitales du vestibule génito-excré- mentitiel sont, selon nous, les plus importantes; les autres ne sont qu'accessoires et subordonnées. Cette poche se divise plus ou moins distinctement en deux parties crui se suivent. Elle reçoit dans sa pre- mière division , ou la plus avancée et la plus profonde, l'extrémité du rectum, qui s'y termine. Un peu au-delà se voient, dans les mâles, les ori- fices des canaux déférents , à l'extrémité d'une papillo plus ou moins saillante; en dehors de ces orifices, mais un peu plus en avant, sont les embouchures des uretères qui n'ont pas de papille. Chez les femelles , on voit à gauche la large embou- chure de l'oviducte développé, et chez quelques unes à droite et dans la place correspondante, l'orifice très fin d'un petit oviducte droit très rudimentaire. ( Voir notre description des organes éducateurs.) (i) Philosophie anatomique. Des monstruosités humaines , page 334 • Paris, 1822. 166 XXXIV* LEÇON. OflG, D'aCCOUPlEMÏ .■-. ï EkJtft YiifcïÉBRÉS. Un peu plus en dehors, dans la seconde division du vestibule , qui est séparée de la première par un pli transversal , se voit 9 chez beaucoup d oiseaux dans la ligne médiane, un mamelon médian que nou-s regar- dons comme une verge rudimentaire. Ce mamelon appartiendrait , suivant M. Barkow , à la bourse de Fabriciuss. C'est aussi dans cette dernière partie que se trouve l'orifice de la verge du canard et de toutes celles de ce type. Dans le casoar à casque, le vestibule génito-excré- mentitiel s'ouvre en dehors, au centre d'un bourrelet épais formé par le sphincter externe , qui est recou- vert par une peau dure , plissée régulièrement de plis transverses, ondulés, parallèles. La plus grande partie des parois de cette cavité est enveloppée entièrement par la continuation de ce sphincter externe, qui est ici beaucoup moins épais, et qui devient, par sa position profonde, le sphincter in- terne. Ce vestibule , tapissé par la muqueuse , renferme , dans sa division la plus reculée ou la plus externe, une grande partie de la verge. Il a , de chaque côté du corps fibreux de cet organe , une série d'orifices de cryptes considérables , analogues aux glandes prépu- tiales de la verge des mammifères. Au-dessus de la verge, sous la voûte de cette divi- sion du vestibule, il existe un repli de la peau qui la sépare d'une poche plus profonde et plus petite. C'est dans cette poche intérieure que s'ouvrent les uretères, dont les orifices sont percées à sa paroi supérieure; et les canaux déférents , dont les orifices sont à l'exîré- SECT. II. ART. II. VERGE DES OISEAUX. 26* mité d'une papille saillante dans le cloaque, tout près de l'embouchure de l'uretère du même côté. L'orifice du rectum. bordé d'un repli membraneux circulaire, s'ouvre dans la partie la plus profonde de cette seconde division du vestibule. Pour la composition musculaire du vestibule et les changemojnts de forme, de volume et même de posi- tion , que peuvent produire les muscles intrinsèques et extrinsèques, nous renvoyons à ce que nous en avons dit (t. IV, PI. II, p. 4i5 etsuiv.). Au sujet des muscles du vestibule du casoar à cas- que , nous aurions dû placer, à la suite de leur des- cription, les additions suivantes de notre première édi- tion, p. 292.] Le cloaque a d'ailleurs : i° deux abaisseurs qui s'élèvent de la symphyse du pubis en dedans du bas- sin sur les côtés; 2° Deux releveurs qui descendent en arrière, de la base du coccyx sur les côtés. Ils sont hors du bassin; 3° Deux rétracteurs longs et grêles , fixés en avant, de chaque côté de l'épine, en dedans du psoas , et qui se portent de là sous le cloaque, qu'ils doivent tirer en avant. ARTICLE Iï. DE LA VERGE DES OISEAUX. La plupart des oiseaux n'ont qu'une papille vas- culaire, située à la paroi inférieure de Leur vestibule génito-excrémentitiel , et qui est souvent à peine sen- sible hors du temps de l'érection. Ils ne peuvent se produire d'autre irritation dans le coït que celle qui 268 XXXIV e LEÇON. ORG. D' ACCOUPLEMENT DES VERTEBRES. doit résulter de l'abouchement des orifices de leurs vestibules et de l'attouchement de cette papille. Quelques uns ont une verge d'un volume assez consi- dérable, dontl'existence ne paraît pas toujours dépendre de la grandeur de l'animal. Les grands oiseaux de proie n'ont tout au plus que la papille qui vient d'être indiquée; tandis que les canards, qui sont beaucoup plus petits, sont pourvus dune verge très grande. Cette existence paraît encore moins en rapport avec les or- dres dans lesquels on divise cette classe ; car le même ordre, celui des Gallinacés, par exemple, comprend des oiseaux qui ont une véritable verge , le hocko , V outarde, et beaucoup d'autres qui n'en ont pas. Il en est de même des Echassiers , des Palmipèdes et des Passereaux. [On ne connaît, dans ce dernier ordre, que le tisserin aleclo qui en soit pourvu, et le répu- blicain ', Loxia socia, Latham.] Sa structure est loin d'être la même dans tous les oiseaux qui en ont une évidente et développée. A cet égard, elle présente deux modèles extrêmement diffé- rents, et un troisième qui tient de ces deux plans op- posés. Nous décrironsla verge de Y autruche comme type de l'un, et celle du. canard comme exemple de l'autre. La première est d'une grandeur proportionnée à celle de cet oiseau. Sa forme est conique ; son dos est creusé d'un sillon étroit et profond qui règne depuis sa base jusqu'à sa pointe. Les déférents s'ouvrent dans le cloaque vis-à-vis de sa base, de manière que la se- mence tombe directement dans ce sillon. Cette verge est formée: i° de deux corps solides, coniques, entiè- rement composés de substance fibreuse , ou fibro- élastique; ils sont appuyés par leur base en dedans du , SECT. II. ABT. II. VEEGE DES OISEAUX. 269 sphincter du vestibule génito-excrémentitiel, sur sa paroi inférieure. Ces corps solides sont adossés l'un à l'autre, sans se confondre; le droit est plus petit que le gauche, et ne s'avance pas aussi loin dans la verge, sans doute pour donner à cet organe, qui n'est pas sus- ceptible de se ramollir comme celui des mammifères , plus de flexibilité de son côté, afin que l'animal puisse le replier facilement dans son cloaque ; 2° cette verge se compose encore d'un corps fibro-vasculaire, qui forme une saillie considérable le long de sa face inférieute, et en compose toute l'extrémité; 3° elle a enfin une portion composée de cellules , dans lesquelles le sang s'épanche, et qui se voient sous la peau qui tapisse les parois du sillon. Cette dernière semble être l'analogue de la partie vasculaire de l'urètre; tandis que la se- conde paraît remplacer, avec les corps fibreux, le corps caverneux et le gland de la verge des mammifères. [Il y a beacuoup de tissu élastique, soit dans les corps fibreux que nous avons décrits en premier lieu , soit dans la partie saillante inférieure de cette verge. La coupe transversale de chaque corps fibreux montre ce tissu élastique sous forme de lames plates , ou de filets se ramifiant beaucoup entre eux et intercep- tant des mailles ; on y voit aussi celle de quelques branches ou rameaux vascuiaires. Ce sont les corps caverneux des mammifères , avec une plus grande pro- portion de filets tendineux ou élastiques. La partie inférieure saillante de la verge, qui com- mence avant sa courbure dorsale et en constitue l'ex- trémité ou le gland , est molle , plus vasculaire que la première et composée intérieurement d'un tissu jaune '270 XXXIV e LEÇON. ORG. D ACCOUPLEMENT DES VERTEBRES. qui se continue avec les lames élastiques ramifiées des corps fibreux. Nous avons reconnu que la carène de cette portion inférieure de la verge est composée exclusivement d'un tissu élastique ramifié, dont les branches princi- pales sont rondes et dirigées dans le sens de la lon- gueur, et dont les ramifications sont nombreuses. Cette partie élastique forme un cordon cylindrique jusqu'à l'extrémité du gland (1).] La verge de Y autruche se recourbe la pointe en bas, et se replie dans une poche membraneuse située au- dessus de celle où s'arrête l'urine, de manière que l'orifice de cette dernière, qui s'ouvre à la base de la verge , dans son sillon, est alors entièrement fermé. Il faut donc que l'autruche sorte sa verge pour uriner ou pour rendre ses excréments, comme pour le mo* ment du coït. 11 paraît qu'elle y parvient par la simple contraction de son sphincter, qui forme autour du cloaque un cercle muscuîeux extrêmement épais, et embrasse la poche dans laquelle la verge se retire.' [Les muscles du vestibule que nous avons décrits (t. IV, P. II, p. l\\b) doivent aider puissamment à cet effet, en diminuant dans leur action la capacité de ce vestibule, d'avant en arrière et dans sa hauteur.] Deux paires de muscles servent alors à l'y faire rentrer. (i) M. /. Millier, qui a découvert le tissu élastique de cette verge, a a pas distingué ce cordon élastique des ramifications plates et jaunes qui constituent l'intérieur du corps spongieux inférieur, et se continuent avec celles du corps fibreux. (Voir plus bas, ouv. cit., p. 277,) SECT. II. ART. II. VERGE DES OISEAUX. 271 i° L'une descend de dessous le sacrum, où elle se fixe, s'introduit en dedans du sphincter, contourne les côtés de la verge près de sa base , et s'attache en dessous de cet organe dans son premier tiers. 2° L'autre se fixe à la verge un peu plus en avant. Les muscles qui la composent ont deux faisceaux , dont l'un vient de cet endroit , et l'autre de la poche de la verge ; tous deux se réunissent en savançant, et se fixent à l'os des îles en arrière des reins. La première tire la verge près de sa base, et la sou- lève; la seconde agit plus particulièrement sur sa pointe, qu'elle tient courbée en bas. Toutes deux plient cet organe et le retirent ainsi dans sa poche. Le hocko parait avoir la verge conformée comme celle de l'autruche; [mais nous avions tort de classer dans ce type celle du casoar à casque. Nous verrons qu'elle appartient à un type mixte. La verge linguiforme du tinamou se rapporte en- core à ce premier type ( i ). Les verges rudimentaires dont le coq nous fournit un exemple ne peuvent guère être classées qu'avec ce même type. Celle du coq est un petit tubercule conique, peu saillant, qui se voit entre les deux papilles à l'extré- mité desquelles s'ouvre chaque canal déférent. Un réseau de vaisseaux sanguins, que les injections mettent en évidence autour de chacune de ces pa- pilles, éprouve sans doute à l'instant du coït une con- gestion qui en produit l'érection. (i ) Voir ./. MuHer, pi. I , fift. 5 et 6 , crav, cit. plu* bas, f. %yfy. **.- 27*2 XXXIV e LEÇOiX. giîg. d'accouplement des vertébrés. Il a été décrit comme un corps caverneux (1). En arrive-t-il autant au tubercule central, quoique les mêmes injections n'y démontrent pas de réseau vasculaire (p) ? Le second modèle de verge que nous venons de dé- crire est celui que l'on trouve dans les oies , les canards et plusieurs Echassiers , tels que la cicogne , etc. Dans l'état de repos, c'est un simple tube ou cylindre creux membraneux, retiré, sous la fin du rectum , dans une poche particulière , comme la verge des précédents, et formant une courbe qui peut égaler les trois quarts du cercle. Ce tube s'ouvre dans le cloaque par une de ses extrémités, et sa peau se continue avec celle de cette cavité. L'autre extrémité, qui est fermée, tient à une substance cartilagineuse qui s'appuie contre la paroi inférieure du sphincter, et à laquelle les fibres intérieures de ce muscle viennent se fixer. Lorsqu'on ouvre la verge dans cet état , on voit qu'elle est formée de deux portions qui en composent chaque moitié. La partie terminale a des parois plus épaisses, élastiques, un peu glanduleuses vers leur surface interne et légè- rement inégales de ce côté. L'autre, basilaire, présente intérieurement un grand nombre de cannelures et de plis qui se rapetissent à mesure qu'ils s'approchent de la première, et dont la direction est oblique en travers. Cette portion basilaire se déroule au dehors, comme un gant, lors de l'érection; en même temps la partie (i) M. lîarkow, Archives (Tanatomie de Miiller pour 1829. Pi. IX , fig. 20, 21, 22, 23 et 24. (2) Le même auteur prend la papille, généralement considérée parles auatomisles comme un rudiment de verge, pour le mamelon terminal de la buurse de F;ibriciu^. SICT. II. ART. II. VERGE DES OISEAUX. 273 terminale s'introduit successivement dans le cylindre creux que forme la partie basilaire déjà déroulée et retournée, et se retourne à son tour, de manière que sa face interne, dans l'état de repos, devient exté- rieure. La plupart des plis et des cannelures sont beau- coup moins prononcés, lorsque la verge a été poussée en dehors; ils empêchent cet organe de s'étendre eu ligne droite, à cause de leur direction oblique, et l'obligent de se contourner en tire-bouchon. Cela de- vait être ainsi. Gomment le canard mâle aurait-il pu faire entrer, dans le cloaque de la femelle , une verge longue de quatre à cinq pouces? Car telle est sa lon- gueur lorsqu'elle est étendue en ligne droite. Les plus fortes de ces rides se voient sur deux rebords qui in- terceptent un sillon assez profond, creusé dans toute Tétendue de la verge, et au commencement duquel les canaux déférents versent la semence. Cet organe est donc un cylindre creux, composé de deux fourreaux, dont l'un, extérieur ou basilaire, très ridé, est une sorte de ressort très élastique , et dont l'autre, terminal, a des parois plus épaisses, un peu plus glanduleuses, jouit d'une élasticité également remar- quable, et forme proprement le corps de la verge. Nous l'avons trouvé rempli d'une humeur glaireuse, épaisse et filante. Mais par quel mécanisme ce singulier organe sort- il du cloaque? Gomment ces deux canaux, qui n'en forment qu'un seul continu , hors du temps de l'érec- tion , s'introduisent-ils l'un dans l'autre? Et quelle est la force qui les fait rentrer dans leur premier état, après l'accouplement? Leur grande élasticité suffit presque seule à ce dernier effet. Un muscle grêle, S. 18 274 XXXIV e LEÇON. ORG. D* ACCOUPLEMENT DES VERTÉBRÉS. formant un ruban mince, fixé du côté gauche dans l'intérieur du bassin, qui descend de là vers la poche de la verge, et dont les fibres semblent se rendre en partie vers le cylindre intérieur de cette dernière, y contribue sans doute un peu. Doit-on regarder comme servant encore à cet usage un autre muscle grêle, qui embrasse en dessous la base de la verge, se glisse de chaque côté en dedans des deux renflements muscu- leux que nous allons décrire, en montant obliquement en avant, et parvient sur la queue? Ou plutôt ce muscle empêcherait-il la verge de rentrer en serrant de bas en haut l'orifice par lequel elle est passée? Deux muscles extrêmement forts l'expulsent au de- hors. Ils forment deux renflements ovales, très épais, dont les faisceaux sont concentriques et vont de haut en bas, qui sont réunis supérieurement et du côté in- férieur par leurs extrémités , et qui embrassent celle du rectum ainsi que le cloaque, par une face concave où leurs faisceaux forment des colonnes distinctes. Ils recouvrent immédiatement, par cette face, un petit corps de substance rouge, très délicate, qui tient à cette dernière par un grand nombre de filaments fi- breux, et n'est, à ce qu'il paraît, qu'un lacis extrême- ment fin de vaisseaux sanguins. Lorsque ces muscles se contractent , ils doivent serrer la verge avec force , et l'obliger de se dérouler au dehors, comme elle le fait lorsque ion serre le cloaque avec les doigts. Son organisation , qui n'est pas vasculaire, la rend inca- pable dune véritable érection. Elle reçoit cependant plus de sang, pour l'instant du coït , soit par l'irritation que produit la présence de la femelle , soit par la compression du corps vasculaire SECT. II. AKT. II. VERGE DES OISEAUX. 275 qui vient d'être indiqué; mais ce liquide ne doit guère servir qu'à en augmenter la sensibilité., et ne peut la gonfler que fort peu. Un autre effet dû aux muscles précédents, c'est la compression, à ce qu'il nous semble, de l'extrémité des canaux déférents, qui se glissent entre ces muscles et le cloaque, pour se terminer à ce dernier, après avoir éprouvé un petit renflement. [3° Il existe un troisième type qui tient des deux autres, c'est celui de la verge du casoar à casque , dont l'organisation rappelle en partie celui du canard et en partie celui de Y autruche; c'est donc un type mixte qui forme un troisième modèle. Cette verge a deux corps fibreux qui correspondent aux corps caverneux des mammifères et au corps fibreux d'une verge d'au- truche. Ils prennent naissance en dedans du sphincter interne, auquel ils sont attachés dans la ligne médiane inférieure. Ils s'élèvent de cette partie pour traverser le cloaque intérieur et déboucher dans le cloque extérieur; se recourbent de haut en bas et se prolongent jusqu'au dedans du bourrelet cutané qui recouvre le sphincter externe. Us interceptent par leur rapprochement un sillon profond qui répond au dos de la verge, mais qui se contourne en deux spirales avec ces corps fibreux. C'est à leur extrémité que la verge commence à être un canal complet; c'est là que se voit un orifice entouré d'une sorte de prépuce membraneux, par lequel la partie tubuleuse de la verge se déroule au dehors en s'invaginant. 276 XXXIV* LEÇOA. OUG. d accouplement des vebtébues. Tonte cette partie tubuleuse, qui a clans sa cavité un sillon formé par deux plis longitudinaux de la peau intérieure , sort successivement par cette ouverture , de manière que ce sillon vient continuer celui du corps fibreux. La peau est parfaitement lisse dans toute l'étendue de cette première partie, y compris celle des plis lon- gitudinaux qui interceptent le sillon. L'autre partie du [tube de la verge a son origine sous celle des corps fibreux, et s'y trouve fortement attachée. Elle n'est pas régulièrement cylindrique, mais un peu aplatie, en sorte que les deux faces se joignent par un côté étroit formant une carène arron- die, à laquelle répondent intérieurement des plis trans- verses de la muqueuse. Cette membrane y forme de très fins plis en réseau irrégulier , parmi lesquels ceux qui répondent aux arêtes du cylindre sont plus transverses, plus larges, et interceptent de petites poches, d'où sort sans doute une humeur épaisse , qui enduit les parois de ce canal. Un tissu élastique ramifié, formé de faisceaux plais , dont les plus gros sont dirigés dans le sens de la longueur de ce tube, en constitue les parois. Mais cette partie de la verge manque de tissu érec- tile caverneux. On en trouve au contraire à l'intérieur de la partie qui s mvagine, et dans laquelle il devient extérieur par suite de cette invagination. Ce tissu érectile et cette couche spongio-vasculaire sont re- couverts d'un tissu cellulaire feutré. Eu résumé il y a dans ce singulier type : mine partie fibreuse dont l'étal est permanent; 2° une partie SECT. IT. ART. III. DU CLITORIS DES OISEAUX. 277 érectile qui s'invagine dans elle-même et sort par l'o- rifice qui] se voit à l'endroit où elle joint la partie fi- breuse; 3° enfin une partie élastique qui sert à retirer la partie invaginée quand l'érection a cessé. Cette verge a deux muscles protracteurs qui s'atta- chent sur les côtes, en dedans et vers le bas du sphinc- ter intérieur, et se portent de dehors en dedans et en avant sous l'axe que forment les corps fibreux , ou dans la courbure de cet axe, jusqu'à quatre centimètres de leur origine. Ils doivent, par leur action , redresser ces corps et les porter en arrière hors de l'orifice du cloaque. C'est aussi à ce troisième type que se rapporte l'or- ganisation de la verge du Nandou (Bhea airiericana) qui s'éloigne beaucoup sous ce rapport, comme sous plusieurs autres , de l'autruche d'Afrique (i).] 4 ARTICLE III. DU CLITORIS CHEZ LUS FEMELLES DES OISEAUX. Parmi les Oiseaux, il paraît que, Y a ut ruche et le ca- soar sont les seuls où il existe. C'est un petit clitoris ana- logue à la verge du mâle , mais d'une proportion bien moindre, dont le dos a deux replis membraneux qui s'y prolongent dès l'orifice de la vessie, et forment un canal propre, jusqu'à un certain point., à diriger l'urine. Ce clitoris, presque entièrement fibreux, repo- sait, dans une femelle d'autruche que nous avons dis- séquée, sur une langue beaucoup plus grande, que (i) Voir le Mémoire de J. Muller, Sur deux types différents des or- ganes mâles ereftiles des oiseaux de la famille des Autruches. Berlin, i838. \ 278 XXXIV" LEÇON. ORG. D'ACCOUPLEMENT DES VERTÉBR1S. nous avons d'abord prise pour le premier organe , et qui netait que de 3a graisse enveloppée par la peau du cloaque. L'un et l'autre se retirent dans une poche semblable à celle qui recèle la verge du mâle et placée de même au-dessus de la partie du vestibule dans la- quelle s'amasse l'urine ; ils bouchent alors l'orifice externe de celle-ci, et y retiennent l'urine. Il faut donc que le clitoris, comme la verge, sorte de sa poche et se déploie au dehors pour que ces animaux puissent uriner ou rendre leurs excréments solides. ARTICLE IV. DE LA BOURSE DE FABRICIUS. [Nous parlerons ici de la bourse de Fa b ricius comme d'une dépendance du vestibule génito-excrémentitiel , quoique ses usages soient encore problématiques. Voici ce que nous en disions dans notre première édition :] Cet organe est encore un de ceux dont les usages sont absolument inconnus. C'est une bourse membraneuse et glanduleuse qui se trouve dans les oiseaux mâles et femelles, au-dessus de leur cloaque, et qui s'ouvre à la paroi supérieure de ce sac, plus en arrière que le rectum. On ne la trouve pas remplie d'une matière quel- conque qui pourrait la faire considérer comme un organe de sécrétion ou comme un réservoir. Elle reçoit un filet nerveux considérable qui vient des paires sacrées , et une artère également considé- rable qui se détache de l'aorte, au-dessus de la sacrée moyenne. SECT. II. ART. IV. DE LA BOURSE DE FABRICTUS. 279 Dans le canard mâle, cette bourse est à droite de celle qui renferme la verge. M. Blumenbach pense quelle sert aux fonctions mâles de la génération, sans s'expliquer sur cet usage. [Si l'on en juge par son développement, par ses pro- portions beaucoup plus considérables chez les jeunes animaux que chez les vieux, ses usages seraient dans le même rapport avec l'âge que ceux des glandes sus- rénales ou du thymus. La bourse de Fabricius est un organe impair, for- mant un petit cœcum ou une petite poche à parois glanduleuses, composées de cryptes qui s'ouvrent par de très petits orifices dans la cavité commune. Quelquefois ces cryptes donnent dans de petites poches qui font saillie dans cette même cavité et y communiquent par une petite ouverture. La bourse de Fabricius s'ouvre dans la partie la plus reculée du cloaque, à sa paroi dorsale. Cette com- munication est très ouverte chez les jeunes animaux, et la cavité de la bourse pénètre jusqu'à son fond. Plus tard la partie antérieure de la bourse paraît se fer- mer, et plus tard encore la partie postérieure et son orifice dans le cloaque. Cet organe se flétrit, se rape- tisse et s'oblitère entièrement chez les vieux ani- maux (1).] (i) Voir le Mémoire de M. Karkow sur les artères des oiseaux. Arcli. cTanatomie de Meckel pour 1829, p. 44^ e * suiv. '280 XXXIV e LEÇON. ORG. d' ACCOUPLEMENT DES VERTÉBRÉS, SECTION III. • DES ORGANES D ACCOUPLEMENT DANS LA CLASSE DES REPTILES. ARTICLE I. ORCxANES MALES d' ACCOUPLEMENT. [Ces organes peuvent se composer, dans cette classe : i°Du cloaque ou du vestibule génito-excrémenti- tiel; q° D'une ou de deux verges; 3° D'organes accessoires distincts de ceux propre- ment dits de la génération.] I. Du vestibule gènito-excrémentitiel chez les mâles des Reptiles. [Le vestibule génito-excrémentitiel est l'aboutissant, chez les mâles, des canaux déférents. C'est dans ce vestibule que leurs orifices sont en rapport avec la verge unique, ou avec les deux verges, quand elles existent. Il reçoit les fèces alimentaires du rectum, et les fèces urinaires de la vessie, leur réservoir, ou des uretères, quand ce réservoir manque. Tontes ces circonstances peuvent varier chez les Reptiles propres et les Reptiles amphibies ; chez les premiers, suivant qu'il y a une ou deux verges, et chez les derniers, suivant que cet organe exisie ou qu'ils en sont dépourvus, ce qui est le cas le plus général.] A. Dans la, Sous-classe des Reptiles propres. [i° Le cloaque chez les Reptiles propres , à une seule SECT. ITI. AflT. I. ORfxANES MALES DES REPTILES. 281 verge , la renferme entièrement dans l'instant de re- pos : c'est ce qui a lieu chez les Chéloniens et les Cro- codiliens. L'issue de ce vestibule n'est jamais transversale , mais longitudinale, ou ovale, ou circulaire. Dans la grande tortue de terre , nous avons trouvé cette cavité divisée en deux parties : l'une antérieure , cylindrique, dans laquelle le rectum se termine , et dont la muqueuse est plissée en long et revêtue de deux couches de faisceaux musculeux, ayant dans l'ex- terne une direction longitudinale , et transversale ou circulaire dans l'interne. Cette première partie est limitée , en avant et en arrière , par un bourrelet saillant en dedans, produit par ces faisceaux de fibres circulaires formant deux sphincters. La seconde partie , la plus intérieure du vestibule génito-excrémentitiel , a des parois beaucoup plus minces. Les plis longitudinaux de la muqueuse de la première partie s'y terminent promptement , sauf le pli médian qui se déploie autour de l'orifice de l'urètre , en forme de deux larges lèvres; celles-ci se prolongent comme deux replis sur la ligne médiane dorsale de la verge, en faisant moins de saillie, à mesure que la rai- nure qu'ils bordent devient plus profonde. Les orifices des canaux déférents se voient plus haut que celui de la vessie urinaire. C'est dans cette seconde partie que la verge est repliée dans l'état de repos. Chez Jes Crocodiliens , le cloaque des mâles a les mêmes rapports et les mêmes usages; il est, de plus, percé , de chaque côté de la paroi d'où sort la verge , 282 XXXIV e LEÇON. ORG. d' ACCOUPLEMENT DES VERTÉBRÉS. on de chaque côté de celle-ci, suivant les espèces, par les orifices des canaux péritonéaux. Il est encore l'aboutissant des canaux excréteurs des deux glandes spermagènes, décrites dans le précédent article sur les organes préparateurs de la semence. Dans un très jeune caïman [alligator sclerops) j'ai trouvé ce vestibule génito-excrémentitiel divisé en trois chambres distinctes. L'antérieure reçoit le rectum; elle communique par un canal étroit , inférieur, et par des plis longitudinaux, dans la chambre moyenne. Celle-ci est supérieure et profonde de ce côté; un repli trans- versal inférieur la sépare de la troisième. Le bord libre de ce repli est dentelé par des plis longitudinaux qui y aboutissent. C'est cette troisième chambre qui ren- ferme la verge ; tandis que la seconde reçoit les canaux déférents , les uretères et la vessie urinaire. La cannelure du dos delà verge est limitée par deux plis qui se prolongent dans la chambre moyenne, pour la mettre en rapport avec les embouchures des ca- naux déférents. 2° Chez les Reptiles propres qui ont deux verges , les Sauriens moins les Crocodiliens , et chez les Ophi- diens , le vestibule ne les renferme pas; elles ont seule- ment leur issue en dedans des commissures latérales de son orifice. Mais cette issue du cloaque, ou cette entrée, si Ion veut, forme toujours chez ces animaux mâles et femelles une fente transversale bordée de deux lèvres, dont la postérieure est plus ou moins mo- bile. Cette fente transversale a une disposition et des dimensions parfaitement convenables pour la sortie de ces verges chez les mâles et leur introduction dans le cloaque chez les femelles. SECT. III. ABT. I. ORGANES MALES DES REPTILES. 283 C'est la lèvre postérieure, plus ou moins résistante, de cette ouverture qui porte les fèces urinaires ductiles, chez ces animaux, par un plan incliné, vers lune ou l'autre commissure de cette fente, et les contourne en spirale (1). Cette lèvre renferme dans son épaisseur, chez les maies, une série d'orifices qui sont la terminaison des canaux excréteurs d'autant de petites glandes qui ré- pondent à certaines glandes anales des mammifères carnassiers et autres. Il en sort de même une humeur épaisse comme une pommade. On trouve souvent, soit en avant, soit en arrière de cette issue du cloaque, en rapport avec 1 une ou l'autre lèvre, des séries d'orifices cutanés de cryptes, sortes de glandes anales qui paraissent en rapport avec les fonctions de la génération. Les glandes crurales, ou des pores glanduleux ana- logues, rapprochés de l'orifice du cloaque, qui distin- guent presque tous les Lacertiens , beaucoup d'Igua- niens et d'autres Sauriens, se développent beaucoup chez les mâles , au temps des amours (1 ). Cette circonstance me porte à les classer parmi les glandes accessoires de l'appareil de génération. Le Lipide iépidope, le typhlops lumbricalis(pk) les ont en avant. Elles sont en arrière dans Yérix turc (3), etc. Les Lacertiens , les Iguaniens les ont en série et près de la face interne du fémur (4). (i) Voir le t. VII, p. 555, de cet ouvrage. (2) Voir nos planches XXII bis, et XXV du Règne animal, vol. des Reptiles. (3) Ibid., pi. XXVII. (4) De amphibiorum quommdam papillis glanduiisque femoralibus scripsit C. S. Meisner. Basileae, i832. L'auteur nie qu'il en sorte une hu- meur visqueuse, ainsi que l'exprime l'ancien texte des leçons, t. II, 284 XXXIV e LEÇON. ORO. d'accouplement des vertébrés. Le vestibule génito-urinaire des Sauriens propres et des Ophidiens est d'ailleurs une cavité plus ou moins profonde , revêtue de la peau , qui se replie du dehors à travers son orifice, pour la tapisser, et qui y subit un commencement de transformation en membrane mu- queuse. L'embouchure du dernier boyau s'y voit dans la partie la plus avancée. Celle de la vessie urinaire, quand elle existe, est toujours plus en arrière et en bas. C'est vis-à-vis, mais à la paroi supérieure, que sont les orifices des uretères, et plus en dehors ceux des déférents , qui s'ouvrent dans un sillon du cloaque maintenu en rapport avec celui qui commence à la base dorsale de la verge et qui règne jusqu'à son ex- trémité.] B. Dans la Sous-classe des Reptiles amphibies. [1 ° Parmi les Reptiles amphibies , les Ophidio-batra- ciens ou les cécilies ont un cloaque qui se distingue chez les mâles par son étendue et parce qu'il renferme de singuliers organes de copulation que nous décrirons dans le paragraphe suivant. ïl est d'ailleurs l'aboutis- sant de leurs canaux déférents , de leur vessie urinaire et du rectum. Q° Le cloaque des Batraciens anoures est entouré de fibres musculaires obliques. Sa cavité ne se distingue pas de celle du rectum et n'en paraît qu'un dévelop- p. 5y5, reproduit t. III, p. 6i3 de la présente édition. Il ajoute que cela est plus que probable, mais qu'il n'a pu se convaincre de ce fait, malfjrr les recherches les plus multipliées. SECT. JII. ART I. OilGÂÏSES MÂLES DES BEPÏILES. 285 peinent. Sa paroi inférieure montre l'orifice extrême- ment large de la vessie urinaire. Ceux des uretères sé- minaux sont vis-à-vis à la paroi supérieure, dans un repli membraneux saillant qui renferme les deux pa- pilles dans lesquelles ils se terminent. 3° Chez les Batraciens urodèles , le vestibule gé- nito-excrémentitiel présente des différences remar- quables , suivant les sexes et les genres. Chez les mâles comme chez les femelles, ii nous paraît essentiellement organisé pour le rapproche- ment des sexes et la fécondation intérieure, quoique ce rapprochement et cette fécondation soient con- testés, sinon pour les salamandres, où M. de Schreibers la constaté dans la salamandre noire , du moins pour les tritons. Ce vestibule fait une saillie ovale ou sphérique, sous l'origine de la queue, immédiatement en arrière du bassin. Sa cavité débouche au dehors par une fente médiane longitudinale, bordée de deux lèvres ren- trantes , colorées comme la peau , lisses ou hérissées de tubercules ou de papilles , siège probable dune grande sensibilité. 11 existe d'ailleurs des différences remar- quables dans les dimensions de ce vestibule, et sa com- position organique, suivant les genres, les espèces et les sexes, l'époque du rut ou hors de cette époque. Les deux lèvres qui bordent l'entrée du vestibule , que nous désignerons encore sous le nom de vulve, sont parfaitement lisses et non papilleuses chez les mâles de la salamandre commune. En les écartant , on aperçoit, de chaque côté, comme une lèvre intérieure. C'est un repli oblique dont le bord interne paraît di- visé , parce qu'il est l'aboutissant d'une série d'environ '186 XXXIV e LEÇOW. OBG. D'ACCOUPLEMENT DES VERTÉBRÉS. quatorze lames qui garnissent, plus en dedans, ies parois du vestibule. Ces lames sont dirigées verticalement du plafond de cette cavité vers son issue; elles sont pres- sées les unes vers les autres, comme les feuillets d'un livre, et composées de tubes qui paraissent comme des franges, à leur bord libre et inférieur. C'est un appareil glanduleux que nous avons distingué sous le nom de prostate intra-vestibulaire (1). La voûte du vestibule est lisse et forme, dans la ligne médiane, un angle rentrant qui se continue jus- qu'à la commissure postérieure des lèvres qui bordent son issue. Cette disposition semble devoir servir à la direction des fèces alimentaires. La même partie lisse envahit, en arrière, toute la paroi du vestibule, et se trouve limitée par un pli qui recouvre comme une val- vule une fosse dans laquelle ces lames prostatiques sont libres. Ce pli, qui se continue jusqu'à la partie la plus avancée du vestibule, sépare l'orifice du rectum, qui se voit en dedans et en avant, de l'orifice des défé- rents, qui est en dehors et plus en arrière, dans une fos- sette couverte d'une papille. Par cette disposition, la se- mence se trouve immédiatement mélangée, en premier lieu, avec l'humeur des prostates intra-vestibulaires, et, plus en arrière, avec celle des autres prostates , dont les canaux excréteurs s'ouvrent , ainsi que nous l'avons dit (p. 179)7 dans la ligne médiane de la partie la pins reculée du vestibule , par une double série d'orifices. Celui du tronc unique des uretères d'un même côté est un peu pins eu avant que l'orifice du déférent et plus rapproché de l'embouchure de la vessie uriuaire, (1) Pag, 179 de ce volume. SECT. III. ART. I. ORGANES MALES DES REPTILES. 287 avec laquelle il communique par une petite rainure. Dans la Salamandre noire, les lames prostatiques sont pius nombreuses et non frangées à leur bord ; elles tiennent entre elles par des plis transverses qui parta- tagent leurs intervalles en petites cellules. Les lèvres sont d'ailleurs lisses et sans papilles, comme dans la salamandre commune. Chez les tritons, la peau qui recouvre le vestibule est généralement très inégale et hérissée de tubercules et de papilles, beaucoup plus apparents à l'époque du rut et plus développés chez les femelles que chez les mâles, quoique la saillie qui forme le vestibule soit beaucoup plus considérable chez ces derniers. Un peu en dedans de la commissure postérieure, se voit un groupe de longues papilles grêles, qui sont implantées dans une rainure de cette partie» Les parois de ce vestibule, dans le même genre, sont d'ailleurs formées principalement par une calotte glau- duleuse , que nous avons décrite sous le nom de pros- tate vestibulaire. L'appareil lamelleux prostatique qui garnit les pa- rois du cloaque des salamandres est porté, chez les tritons mâles, à l'extérieur de la vulve, sans doute par suite de la présence de la verge, et forme, de chaque côté , une série de palmes attachées à une sorte de lèvre intérieure. Chez les tritons, il faut distinguer le cloaque en deux parties, l'une supérieure, où se termine le rectum, et dans laquelle aboutissent les canaux déférents et les canaux urinaires, à la paroi supérieure, et sous le rectum la vessie urinaire; et l'autre, inférieure, dans laquelle se voit le pénis de ces animaux.] 288 XXXIV* LEÇON. ORG. D'ACCOUPLEMENT DES VERTEBRES. II. De la verge des Reptiles. A. Dans la sous-classe des Reptiles propres. [Parmi les Reptiles propres , les uns n'ont qu'une verge, ce sont les (Vie Ioniens et les Crocodiliens , et cette verge a beaucoup d'analogie, dans sa composi- tion, sinon dans sa forme, avec celle de l'autruche. Les autres en ont deux, construites d'après le type de la verge du canard, ce sont les Sauriens proprement dits et les Ophidiens .] 1. La verge des Chèloniens est plus grande à pro- portion que dans les deux classes précédentes. Elle est longue, à peu près cylindrique et renflée vers le bout, qui se termine en pointe. Un sillon profond règne dans toute l'étendue de sa face supérieure , et s'en- fonce même davantage en s'approchant du gland. Il s'élève ensuite vers le milieu de la face supérieure de ce dernier, où il se termine par un orifice divisé en deux par une papille. Pour peu que les bords de ce sillon se rapprochent, il doivent former un canal complet. Cette verge est composée de deux corps caverneux dont les parois fibreuses se confondent même dans une partie de leur étendue. Ils commencent par deux renflements vasculaires, analogues au bulbe de 1 urè- tre de la verge des mammifères; leur tissu érectile se continue dans deux canaux dont les parois de nature fibreuse , assez minces d'abord , prennent bientôt une épaisseur très considérable , eu même temps que leur cavité diminue. Tout le renflement que forme le .. 363. SECT. IV. ART. II. ORGANES DE PRÉHENSION. 305 pulation, elle pût être portée parle mâle à Ventrée du cloaque de la femelle. Son développement proportionnel , dans le squale pçlerin, a été trouvé très considérable et lui donne le caractère dune véritable verge. Elle a au moins o m , o5 de long; sa forme est conique, et elle se divise à son extrémité en plusieurs laciniures (1). Sou côté droit, près de sa base, avait une grande ouverture ovale, pour l'issue de la semence.] ARTICLE IL DES MEMBRES ACCESSOIRES, QUI DISTINGUENT LES MALES DES SÉLACIENS ET DES CHIMÈRES. Nous décrirons, dans cet article , les membres acces- soires des Raies, des Squales et des Chimères. Ces membres, qui sont propres aux mâles, se trouvent pla- cés de chaque côté de la queue, en arrière du bassin. Ils égaient, dans la raie ronce, les deux tiers de la longueur de la queue, et tiennent au bassin par l'inter- médiaire delà nageoire ventrale, qui est reculée sur les côtés de l'anus. [Il nous sera facile de démontrer, par la composition et les rapports de leurs cartilages et de leurs muscles , qu'ils ne sont qu'une extension ou une dépendance de cette nageoire. Elle se compose, en effet, chez les mâles comme chez les femelles des Raies et des Squales . de deux cartilages qui lui servent de base du côté interne, et qui sont articulés bout à bout. (i) Dessins inédits de MM. Cuvier et Laurillard, et Mémoire sur le squale pèlerin, par M. |de Blainville. Annales du Muséum , i. XVIII. Paris, 1811-1812. 8. 20 306 XXXIV e LEÇON. OEG-. D' ACCOUPLEMENT DES VERTEBRES. Le premier de ces cartilages, sorte de fémur -, s'ar- ticule au bassin et porte, avec le second ? le tibia ^ les rayons de la nageoire abdominale. Un troisième cartilage réunit cette n